Intervention de Michel Larive

Séance en hémicycle du mercredi 20 décembre 2017 à 15h00
Organisation des jeux olympiques et paralympiques de 2024 — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMichel Larive :

Nous sommes en droit de nous questionner sur la légitimité relative d'un tel accord et sur la valeur du mandat ainsi donné pour déroger au droit commun.

Pour honorer les termes de ce contrat, vous prévoyez de contourner la réglementation nationale de la publicité, en levant l'interdiction d'affichage sur nos monuments historiques, sur nos sites classés et dans nos parcs nationaux. Vous désirez instaurer des clauses qui font sortir du champ judiciaire des pans entiers du droit commercial. Pour tenir les délais qu'on vous impose, vous voulez simplifier les règles d'aménagement, d'urbanisme et de protection de l'environnement. Vous souhaitez réduire les procédures de concertation et accélérer celles de l'expropriation. Le grand bénéficiaire de votre projet, c'est le capitalisme triomphant. Les entreprises du CAC 40 et d'ailleurs vous remercient notamment pour les plus de 3 milliards d'euros qui leur reviendront directement et, bien sûr, pour l'exonération fiscale accordée pendant les Jeux.

Vos Jeux devraient coûter 6,5 milliards d'euros, dont une bonne partie sera financée par le contribuable français. J'emploie le conditionnel car quand on connaît la différence entre le budget initial et le budget final des olympiades précédentes, on est en droit de douter de la pertinence de cette enveloppe. Londres a dépensé 14 milliards d'euros au lieu des 6 milliards prévus. À Sotchi, ce furent 37 milliards d'euros au lieu de 8 milliards d'euros. À Pékin, on a dépensé douze fois le budget initial. Je rappelle que 6,5 milliards d'euros suffisent pour construire vingt-cinq hôpitaux de taille moyenne.

Il y a quelque chose d'indécent, par exemple, dans le fait qu'à Rio, la moitié des sportifs engagés vivaient avec moins de 500 euros par mois, tandis que les droits de retransmission, qui ont représenté 73 % des revenus du CIO pour la période 2009-2012, ont atteint 5,2 milliards de dollars.

Le Canard enchaîné révélait dernièrement que les salaires envisagés pour le duo dirigeant du Comité d'organisation des JO, formé par Tony Estanguet et Étienne Thobois, atteindraient des montants très élevés : 452 000 euros annuels, sans que l'on puisse préciser si c'est du net ou du brut, pour le triple champion olympique et futur président, et 383 000 euros pour son directeur général.

L'impact social et environnemental de cet événement sera, lui, beaucoup plus négatif que ce que vous nous donnez à espérer. Outre la pollution visuelle émanant de la multiplicité des publicités autorisées, par dérogation au code de l'environnement, la pression immobilière générera fatalement une augmentation des loyers. À Londres, les loyers ont été multipliés par cinq autour du village olympique. Le risque d'une gentrification de certains quartiers est réel.

Les collectivités locales et territoriales investiront à hauteur de 209 millions d'euros pour la région Île-de-France, 145 millions d'euros pour la ville de Paris et 135 millions d'euros pour le département de Seine-Saint-Denis. Ces dépenses exceptionnelles seront supportées par les populations concernées, à travers la levée de l'impôt. Grenoble a mis seize années pour se défaire de la pression fiscale occasionnée par le déficit de ses Jeux olympiques.

Les Jeux olympiques se sont toujours accompagnés de conditions de travail déplorables pour celles et ceux qui oeuvrent à la construction des infrastructures dédiées à l'événement. À Londres, les ouvriers étaient entassés dans des baraquements par groupes de dix, avec une douche pour soixante-quinze individus. Nous espérons que les délais imposés par le contrat de ville hôte que vous avez signé ne justifieront pas de tels abus.

Dans le même ordre d'idées, des milliers de bénévoles, passionnés par le sport, prendront part à l'organisation de ce grand événement. Les tâches qui leur sont fréquemment affectées et l'amplitude horaire de leur disponibilité sont souvent discutables. Ils n'ont aucun statut social défini et, aux yeux de certains, cela suffit pour les considérer comme corvéables à merci.

Madame la ministre, je le répète, nous aimons le sport pour ce qu'il a de fédérateur et pour les valeurs humaines qu'il véhicule, …

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.