Intervention de Jean-Paul Dufrègne

Séance en hémicycle du jeudi 21 décembre 2017 à 9h30
Projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 - projet de loi de finances pour 2018 — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Paul Dufrègne :

Pas dans mon département !

Moyens en baisse, disais-je, avec des suppressions d'emplois et de trésoreries, créant un véritable désarroi parmi les personnels, comme c'est le cas dans mon département, l'Allier.

Cette réduction de moyens ne permettra pas non plus de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, qui coûtent 60 à 80 milliards d'euros par an au pays, soit l'équivalent du déficit budgétaire.

Que dire de la mise en péril de l'hôpital public, qui s'amplifiera avec ce budget, accentuant le mal-être des personnels de santé ? Ils n'en peuvent plus et ne soigneront pas seulement avec des mots de compassion.

Que dire des politiques en matière d'aménagement du territoire et de logement, notamment en direction des territoires ruraux, lesquels sont oubliés par la République ? Là encore, des mots, rien que des mots.

Ce budget, annoncé comme celui du pouvoir d'achat des ménages, ne l'est décidément pas. Je pourrais reprendre mes propos et ceux de mes collègues qui se sont succédé à cette tribune hier soir pour dénoncer, encore une fois, les conditions dans lesquelles nous avons eu à examiner l'ensemble des documents budgétaires.

Mais, plutôt que tout cela, je préfère m'en remettre au bon sens paysan et à sa grande lucidité, que savait si bien narrer l'écrivain Émile Guillaumin, voisin de mon village, dans son chef-d'oeuvre La Vie d'un simple. Dans ce livre, Émile Guillaumin raconte la vie de Tiennon, un métayer pauvre de l'Allier, la vie de labeur d'un petit paysan exploité par des propriétaires malhonnêtes, avares et avides. Il mettait en lumière une domination sociale mais aussi culturelle, exposant clairement les relations de classe entre paysans et bourgeois.

Tiennon, un « simple », est parfaitement conscient de la situation de domination à laquelle il est réduit. Au moment où il est chassé par un propriétaire indigne de la métairie et de la terre qu'il a travaillée pendant vingt-cinq ans, il fait un bilan, constatant que la vie est bête et triste pour le paysan : celui-ci ne profite d'aucune des douceurs de l'existence, chaque saison apportant son lot de labeurs qui l'enferment dans sa condition et sa dépendance au pouvoir des plus riches.

Face aux politiques libérales et d'exclusion qui sont menées, beaucoup aujourd'hui pourraient porter ce prénom de Tiennon. Émile Guillaumin rata de peu le prix Goncourt ; cette loi de finances pour 2018 ne l'aura à l'évidence pas non plus. Mais elle est bien la preuve qu'entre 1904 et 2018, si beaucoup de choses ont changé, d'autres ont, malheureusement, peu évolué. Persuadés que d'autres choix sont possibles, nous voterons contre ce projet de loi de finances pour 2018 – au bonheur des riches !

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