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Intervention de Bastien Lachaud

Séance en hémicycle du jeudi 18 janvier 2018 à 15h00
Modalités de dépôt de candidature aux élections — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBastien Lachaud :

Dans cette affaire, alors que les faits étaient établis et reconnus par leur auteur à la télévision, et que la volonté de nuire était évidente, le procureur s'était refusé à donner un avis. Son autorité de tutelle n'avait apparemment pas donné de consigne visant à dissuader les fraudeurs. Cette décision est d'autant plus regrettable que cette année, une affaire de même nature a causé, à juste titre, l'annulation de l'élection législative de la première circonscription du Territoire de Belfort.

Mais ce texte aurait pu surtout montrer plus d'ambition en proposant des remèdes à la crise démocratique profonde que traverse notre pays. Car il ne suffira pas d'assurer que les candidats aux élections le sont de leur plein gré ; cette exigence minimale ne sauvera pas la Ve République et ses institutions vermoulues. Le constat n'est pas nouveau : année après année, le nombre des citoyennes et citoyens qui s'écartent des urnes continue d'augmenter. Bien sûr, nous le regrettons, mais qui parmi nous pourrait dire qu'ils n'ont pas de bonnes raisons de le faire ? La démocratie est verrouillée et les voix singulières n'ont pas grande chance de se faire entendre dès lors qu'elles pourraient mettre en danger l'oligarchie. Les exemples sont hélas bien trop nombreux des moyens employés pour dissuader le peuple de se mêler de ses affaires.

Citons par exemple l'obligation d'obtenir 500 parrainages d'élus pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle. Cette barrière opposée à d'éventuelles candidatures de fantaisie n'en finit pas, scrutin après scrutin, de montrer sa nocivité. Systématiquement, elle devient la cause d'un feuilleton médiatique qui occulte toute question de fond. Au détriment des questions de fond également, des candidats dont la candidature trouve un écho populaire indéniable voient leur campagne paralysée ; leurs propositions sont écartées aussi longtemps que possible du débat. Quelle banque accepte de prêter à un candidat tant qu'il n'a pas eu les parrainages ? Aucune. Si le législateur tient tellement à cette idée de parrainage, pourquoi ne pas substituer au parrainage par des élus l'idée d'un parrainage par des citoyens ? Il faut mettre fin à l'entre-soi de l'oligarchie pour rendre à la vie politique son intérêt et redonner son plein sens à la démocratie.

Autre verrou qui ferme le jeu politique et auquel ce texte aurait pu s'attaquer : la répartition du temps de parole. Le mouvement En Marche avait protesté durant l'élection présidentielle à ce sujet, à juste titre. Pourtant, le Gouvernement prévoit d'utiliser lors des prochaines élections un mode de calcul du temps de parole qui, si l'on en croit le journal Marianne, ferait passer le temps d'antenne de la majorité de vingt à cinquante et une minutes, et celui de la France insoumise de vingt à deux minutes, alors que ces deux mouvements ont obtenu respectivement 24 et 19,6 % des voix à l'élection présidentielle. La disproportion entre ces deux écarts fait scandale. Ce genre de manoeuvres nuit manifestement à l'expression d'une pluralité d'opinions ; mais dans un second temps, ce sont l'écoeurement ou, pire, le cynisme et l'indifférence qui naissent chez nos concitoyens et qui font courir un véritable danger à la démocratie. Une fois encore, les donneurs de leçon d'hier ne se soucient guère de cohérence lorsqu'il s'agit de défendre leur intérêt particulier au détriment de l'intérêt général.

La République a besoin, pour vivre, d'un véritable débat, d'une véritable confrontation des points de vue, mais tout est fait pour réduire cette confrontation à néant. N'entend-on pas régulièrement évoquer l'idée de ne plus distribuer la propagande électorale aux citoyens, au nom d'un bien médiocre prétexte d'économies ? Au début de cette législature même, il a fallu encore une fois protester et faire valoir combien cette mesure eût été, si on l'avait prise, un déni de démocratie.

Mais la possibilité laissée aux citoyens de confronter les points de vue n'est pas l'affaire seulement de la campagne officielle. Le pluralisme des idées n'a pas beaucoup de défenseurs dans l'État, mais il en a peut-être encore moins dans les médias. Une élection en a donné une illustration criante : la campagne référendaire de 2005, qui avait vu une armée d'éditorialistes zélés militer en faveur du « oui » tandis que celles et ceux qui défendaient le « non » étaient invariablement stigmatisés de toutes les façons possibles et imaginables. À les entendre, les grenouilles et les sauterelles auraient dû s'abattre sur notre pays à l'issue du vote. Mais la volonté populaire était de toute façon de peu de poids face à l'obstination du pouvoir : elle a été bafouée, deux ans après, avec l'adoption du traité de Lisbonne, décidée par ceux qui brandissent aujourd'hui une consultation taillée sur mesure pour défendre le projet de Notre-Dame-des-Landes, et en critiquent l'abandon.

Certes, toutes les élections ne donnent pas lieu à un déchaînement de conformisme aussi caricatural. Cependant le sort réservé aux opinions hétérodoxes n'est guère enviable. L'autoproclamé « cercle de la raison » agit avec efficacité pour intimider les réfractaires et les tourner en dérision.

Surtout, avec l'organisation économique du système médiatique, la concentration des titres de presse entre les mains de quelques milliardaires et l'exploitation généralisée des journalistes et pigistes – massivement embauchés sous des statuts précaires, notamment comme autoentrepreneurs, pressés de faire vite et pas cher tout en servant les intérêts des commanditaires de publicité en tout genre – , tout concourt à faire du débat public un champ lisse de conformisme, miné de polémiques navrantes.

On voudrait dire aux journalistes, pour paraphraser un personnage célèbre : « Soyez la lumière du monde », éclairez vos contemporains, mais on est bien forcé de constater que l'absurdité domine dans le système médiatique et que la recherche aveugle du profit conduit à mettre la lumière « sous le boisseau ».

Enfin – et c'est bien entendu le coeur du problème auquel notre pays doit faire face – , ce sont les institutions elles-mêmes qu'il faut refonder en passant à une VIe République.

Certains se sont félicités de voir entrer la « société civile » à l'Assemblée nationale. « Société civile » c'est l'expression que le macronisme, par un scrupule d'honnêteté – il faut lui reconnaître au moins cela – , a choisi de substituer au mot « peuple ». À vrai dire, en effet, le peuple n'est pas véritablement entré à l'Assemblée nationale en 2017. Qu'est-ce donc qu'un peuple aussi majoritairement composé de membres des classes aisées ?

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