Intervention de Général Jean-Pierre Bosser

Réunion du mardi 13 février 2018 à 17h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre :

S'agissant de l'amélioration de la capacité opérationnelle, les équipements dont nous disposions il y a quarante ans répondaient à des cahiers des charges inférieurs, compte tenu de la capacité de nos ingénieurs d'aujourd'hui à concevoir des matériels plus autonomes, mieux protégés et plus performants en matière de tir. À moyens budgétaires équivalents, un Griffon est bien supérieur à un VAB Ultima reconstruit ! Le modèle économique retenu ne fait donc pas débat. Nos soldats méritent d'être mieux protégés et d'avoir des armes plus performantes pour remplir leurs missions. Nous avons précisément les moyens d'améliorer cette capacité opérationnelle sans que cela nécessite pour autant de hausse budgétaire pour l'instant. La question était de savoir quel serait le rythme de renouvellement de ces matériels. L'accélération de ce rythme était pour moi aussi importante que le remplacement – acquis sur le principe – du segment médian, le plus fragile. Il s'agit donc d'acter un nouveau modèle économique qui vise davantage à moderniser qu'à régénérer et à accélérer le rythme si possible.

En matière d'équipement, nous disposons aujourd'hui de plusieurs gammes de matériels. Globalement, le haut du spectre, assuré par le char Leclerc et le VBCI (véhicule blindé de combat de l'infanterie), ne pose pas de problème, si ce n'est celui de la modernisation de la tourelle et des systèmes de tir. Le niveau médian – avec notamment le VAB et l'AMX-10 RC– pose, lui, un problème majeur. C'est donc sur ce niveau médian, le plus engagé en opérations, que l'effort va être porté dans l'armée de terre.

Vous m'avez posé une question sur le moral. Il est vrai, Madame la députée, que le moral est de la responsabilité réglementaire du chef d'état-major de l'armée de terre. Chaque année, j'établis le rapport sur le moral de l'armée de terre. Ce rapport sur le moral est d'autant plus intéressant qu'il est le fruit de l'exploitation de plus de 150 rapports provenant de toutes les unités : je radiographie tous les régiments de l'armée de terre. Comme ce rapport est en cours de rédaction, je n'ai pas encore communiqué officiellement sur la manière dont l'armée de terre percevait son moral. Je peux néanmoins vous dévoiler quelques tendances majeures. L'année dernière, le rapport sur le moral était plutôt bon, du fait de la redynamisation de la FOT qui passait de 66 000 à 77 000 hommes. Cette année, il est plutôt bon aussi et à la hausse – car les annonces de la loi de programmation militaire peuvent contribuer à améliorer le moral de nos soldats – mais avec des réserves, parce que nos hommes attendent maintenant les effets physiques de cette loi. Par exemple, j'étais ce matin à Lille au commandement des forces terrestres. Lorsque j'ai interrogé des soldats sur leur perception du plan famille annoncé à l'automne 2017, ils m'ont répondu qu'ils n'en percevaient pas encore les effets à ce stade. Mais qui pouvait penser qu'on arriverait à mettre à exécution ce plan en quelques semaines ? Il faut donc être très attentif à notre communication autour de ces projets car nous allons forcément créer de l'attente. Or, sans explication sur le cadre espace-temps et les temps de latence dont je vous ai parlé, il y aura des déceptions ; nous nous sommes attelés à expliquer cela à nos régiments.

Le rapport sur le moral comprendra un volet important concernant les familles. Cela va d'ailleurs dans le sens de la question qui m'a été posée sur le recrutement, la fidélisation et la reconversion. La ministre a très bien résumé la situation par la formule : « on recrute un soldat, on fidélise une famille ». Le plan famille a, lui aussi, créé une forte attente. Il vise bien, lui aussi, à remonter le moral de nos troupes. J'en profite pour souligner, à propos du moral, que quand nos soldats rentrent d'opération, ils passent par un sas, ce qui leur permet de basculer de théâtres d'opérations parfois assez durs à la vie normale avec leur famille.

Vous m'avez posé une question sur la défense contre les armes chimiques et bactériologiques. Durant la guerre froide, faire face à la menace nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC) était un savoir-faire régulièrement entretenu. Je pense que nous avons les outils nécessaires pour faire face à ce type de menaces. Par exemple, s'agissant du territoire national, nous sommes parmi les pays les plus performants au monde en matière de détection d'agents chimiques. Nous avons une base de données, détenue à la fois par les sapeurs-pompiers de Paris et par les unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (UIISC), permettant de détecter rapidement des agents et d'établir un diagnostic efficace. Encore faut-il nous préparer et organiser notre réponse en cas de risque pou de menace NRBC. Ma priorité n'est donc pas tant de renforcer nos équipements que d'organiser des exercices adaptés sur cette thématique. C'est tout l'objet de Sentinelle nouvelle génération. Lors de mon audition devant vous en octobre dernier, je vous avais expliqué l'articulation du nouveau dispositif en trois échelons : le premier composé d'hommes déployés de façon permanente sur des sites jugés sensibles, le deuxième davantage dédié à l'anticipation autour de ce que j'avais appelé les « scénarii potentiels de crise », et enfin le troisième composé d'une réserve stratégique.. Il est vrai qu'on communique assez peu sur le NRBC, menace jugée par certains anxiogène pour la population. Or j'ai le sentiment que les Français attendent la meilleure protection possible et que si on leur explique qu'on se prépare à certains scénarios, ils seront plutôt rassurés qu'anxieux.

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