Intervention de Général Jean-Pierre Bosser

Réunion du mardi 13 février 2018 à 17h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre :

L'idée de renforcer le binôme prévention-intervention est celle du CEMA. Il s'agit d'améliorer les capacités des forces de souveraineté et de présence pour pouvoir agir plus rapidement et plus efficacement dans certaines régions du monde, et pour pouvoir rejouer des opérations telles que Serval. Je préfère donc laisser le CEMA vous répondre plus précisément sur ce point.

En matière d'accès à l'information, l'armée de terre a un problème de fond. Traditionnellement dans notre organisation, l'information circule verticalement et passe par les chefs. Or, aujourd'hui dans notre société, n'importe qui a accès à l'information directement et horizontalement sur son téléphone portable, via les sites d'information ou les réseaux sociaux. Qu'on soit militaire du rang, caporal, adjudant, capitaine ou colonel, on a accès à l'information de la même façon et au même moment. Il y a deux manières de résoudre le problème. La première consiste à développer le réseau de travail dont nous disposons, l'Intradef, qui n'est que très peu accessible pour une grande partie de l'armée de terre. En effet, nous avons très peu de postes informatiques. Si vous visitez un régiment, vous voyez que ceux qui disposent d'un poste informatique relié à Intradef sont le chef de corps, le bureau opération-instruction (BOI), les capitaines et parfois les chefs de section – mais pas les niveaux inférieurs qui regroupent 70 % de la base de l'armée de terre. La première solution serait donc de développer ce dispositif du haut vers le bas. La seconde, que va choisir l'armée de terre, consiste à complètement changer de dispositif et à passer par un support et des applications pour informer directement nos soldats via Internet.

Nous allons créer prochainement un nouveau pilier au sein de l'état-major : un pilier « Numérisation ». Nous y inclurons de nouveaux systèmes dont l'un concernera le recrutement. Nous entendons développer le recrutement à partir de supports portables de manière à établir un lien direct entre le jeune qui souhaite intégrer l'armée de terre, et son recruteur, alors qu'il lui faut aujourd'hui prendre rendez-vous – première de plusieurs étapes qui rappellent celles de l'ancien service national, un processus qui nous laisse penser que nous souffrons d'une très grande perte de ressource : nous ne parvenons pas à capter suffisamment l'attention des jeunes désireux d'intégrer l'armée et nous disposons à cet égard de chiffres assez éloquents.

Dans le même ordre d'idées, en quoi les outils informatiques pourraient-ils faciliter l'accès de nos familles à certains interlocuteurs ? Le service du commissariat des armées (SCA) est en train de développer un portail destiné à faciliter l'arrivée de nos familles dans les garnisons lors d'une mutation. Néanmoins, les systèmes informatiques ne feront pas tout : quand on arrive quelque part, il est toujours préférable de rencontrer une personne qui vous écoute, répond à vos questions et soit susceptible de vous orienter plutôt que sur un répondeur ou un site Internet. Nous avons dit à la ministre des Armées que nous souhaitions que le plan famille soit incarné sur le terrain et nous comptons par conséquent sur les commandements des bases de défense, sur les responsables de garnison, sur les chefs des bureaux logement…

On m'a par ailleurs interrogé sur les drones. L'armée de terre en dispose de trois familles : d'abord les drones tactiques – actuellement le système de drone tactique intérimaire (SDTI) et, demain, le Patroller ; puis les drones utilisés au niveau de la compagnie ; enfin les mini-drones ou les nano-drones, que nous souhaitons développer. Les drones font plutôt partie, selon moi, de la boîte « Innovations » : si le successeur du SDTI est annoncé – je viens d'évoquer le Patroller –, celui du drone de reconnaissance au contact (DRAC) l'est lui aussi. En revanche, pour ce qui est de la famille des petits drones, nous accusons un certain retard. Ainsi, dans le cadre de l'opération Barkhane, nous nous efforçons de doter nos unités élémentaires d'un petit appareil. En outre, les forces spéciales, au profit desquelles la boîte « Innovations » a été très souvent sollicitée, ne seront pas les seules à bénéficier de l'effort concernant les drones, ce sera également le cas des forces conventionnelles : avoir un drone à l'avant d'un convoi logistique est tout de même une bonne idée.

Vous m'avez ensuite demandé si le projet d'élargissement des bases de défense était susceptible de perturber le devenir de nos personnels civils. Il ne faut pas avoir de craintes à ce sujet : il n'y a pas de relation de cause à effet entre une éventuelle évolution de la cartographie des bases de défense, qui vise en fait à en réduire le nombre, c'est-à-dire à avoir des chefs portant la double casquette de chef d'unité et de chef de base de défense, et le risque que pourraient courir certains personnels civils en matière d'affectation géographique. Seule ici est concernée l'architecture, l'organisation des travaux. Je le répète, je n'ai aucun retour faisant part de craintes. Reste qu'à la question de savoir s'il existe un projet de transformation de l'organisation territoriale du soutien, la réponse est affirmative, avec un objectif double : il s'agit d'une part de rendre notre organisation territoriale plus cohérente et plus lisible, d'autre part de mieux reconnaître le rôle et les responsabilités des commandants de formations opérationnelles dans le soutien.

En ce qui concerne la qualification d'éléments du programme Scorpion par la DGA, il s'agit de marcher du même pas pour atteindre des objectifs communs. Nous avons ainsi imaginé, avec le DGA, oeuvrer en commun pour réaliser une revue de programme par industriel afin de connaître, pour quelques objets clefs, les raisons pour lesquelles on a pu accumuler des retards et afin de ne pas reproduire le mécanisme qui y a conduit. L'idée générale est de tirer des enseignements utiles pour ne pas gêner la remontée en puissance envisagée. Nous nous sommes d'ailleurs réunis récemment pour en discuter, mais je ne suis pas en mesure de vous indiquer quels objets sont concernés car nous ne les avons pas encore validés, et je ne veux pas citer d'industriel a priori. Je souhaite en tout état de cause que pour chaque famille d'industrie, nous déterminions un objet dont nous examinerons les délais de production depuis le moment de sa conception.

J'en viens aux équipements de protection. Les gilets pare-balles étaient autrefois gérés en pool parce que nous n'en avions pas suffisamment pour équiper la totalité de l'armée de terre. J'ai souhaité que ces gilets fassent désormais partie du paquetage, c'est-à-dire que chaque soldat en soit doté individuellement. De la même façon qu'on a ses chaussures de marche et son treillis, on devra par conséquent avoir son gilet, réglé à sa taille, et qu'on gardera pendant toute sa carrière, le modulant à sa guise. Voilà qui s'inscrit dans le projet de placer la LPM à hauteur d'homme.

Je pense avoir répondu à l'ensemble des questions.

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