Intervention de Général Jean-Pierre Bosser

Réunion du mardi 13 février 2018 à 17h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre :

Au cours de la formation initiale, c'est en effet bon d'être en groupe ; mais quand on compte huit ans de service, on aspire à un peu plus d'espace personnel. Et c'est plus à partir du grade de caporal-chef que de celui de première classe que l'on peut s'attendre à disposer d'une chambre individuelle.

En ce qui concerne les capacités interarmes liées à l'engagement dans le nord de l'Europe, nous sommes ici confrontés à un nouveau théâtre d'engagement. Les forces en présence sont plutôt de type régulières, préparées pour la haute intensité, et c'est pourquoi nous y avons déployé avec les Britanniques en Estonie des chars Leclerc et des véhicules blindés de combat d'infanterie (VBCI). Avec mon homologue allemand Jörg Vollmer, nous sommes convenus de modifier légèrement l'architecture de nos forces et donc de déployer, à titre expérimental, un détachement de chasseurs alpins. Les VBCI ont été mis au hangar et les chasseurs alpins en question circulent à bord de véhicules à haute mobilité (VHM). En effet, en Lituanie plus encore qu'en Estonie, les conditions de mobilité sont très réduites du fait de la géographie – il y a une coupure humide, autrement dit un fleuve, tous les dix kilomètres, ce qui nécessite des moyens de franchissement – et du fait de l'hiver – l'importante épaisseur de la neige nécessitant l'utilisation de moyens particuliers. Pour ce qui est en particulier des capacités de franchissement, nos pays comptaient l'un sur l'autre ; seulement, les restrictions capacitaires ont affecté les mêmes secteurs de chaque armée, si bien que les armées britanniques, allemande et française sont toutes trois fragiles en matière de franchissement et aucune ne peut vraiment aider l'autre. Le système de franchissement léger (SYFRAL) fait par conséquent partie des objectifs de remontée en puissance de l'armée de terre. Nous avions un peu perdu de vue cette particularité du centre-Europe puisque, depuis vingt ans, nous faisons la guerre plutôt en Afrique subsaharienne où le franchissement n'est pas un facteur déterminant. J'attends donc avec intérêt le retour d'expérience de nos chasseurs alpins concernant la mobilité, l'équipement pour les grands froids et les systèmes de vision nocturne puisqu'il fait plus souvent nuit que jour dans ces pays à cette saison. Cet espace est très intéressant pour nous.

J'en viens aux infrastructures, pour nous une « zone de risque » dans le cadre de la LPM. Il faut savoir de quoi l'on parle et où se trouvent les moyens. Je rappelle que le chef d'état-major des armées a perdu les leviers de commande de l'infrastructure puisqu'elle est désormais entièrement du ressort du service d'infrastructure de la défense (SID). L'infrastructure compte quatre familles : celle concernant la vie courante des soldats – leurs chambres, plus généralement les locaux dans lesquels ils vivent, étant entendu que le retour au régiment est de plus en plus important – ; celle qui concerne le caractère opérationnel – on pense aux champs de tir, aux camps d'entraînement – ; celle que je qualifierai de capacitaire – comme, par exemple, les infrastructures destinées à abriter les engins du programme Scorpion ou le NH90, ou pour les autres armées de la base aérienne ou du quai qui accueille un bâtiment – ; enfin l'infrastructure liée au patrimoine, aux musées, en particulier, qui, pour l'armée de terre, revêtent un intérêt certain. Nous allons devoir gérer ces quatre familles en tenant compte, à périmètre équivalent, de la forte pression exercée sur l'armée de terre par les autres armées dans le domaine de l'infrastructure capacitaire : on pense à l'entretien des bases aériennes impliquées dans la dissuasion ou aux quais des sous-marins du programme Barracuda. Je reste donc vigilant.

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