Intervention de Général Jean-Pierre Bosser

Réunion du mercredi 19 juillet 2017 à 9h15
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre :

Mesdames et Messieurs les députés, je souscris pleinement à ce que vient de dire M. le président.

Les comptes rendus d'auditions sont lus par nos soldats bien sûr, mais ils peuvent également l'être par nos adversaires. Quand je m'exprime ici, vous avez le droit et le devoir de tout savoir, et je vous dirai toujours la vérité. Mais dès lors qu'une information pourrait être utilisée contre nous par quelqu'un d'autre, je souhaite qu'elle ne figure pas au compte rendu. C'est une règle somme toute assez simple que vous comprendrez tous ici.

Cela dit, je suis ravi d'intervenir ce matin devant une commission presque totalement renouvelée. Je connais assez peu d'entre vous. Il est très intéressant pour moi de vous rencontrer ici, mais aussi dans les semaines et les mois à venir « sur vos terres », dans vos circonscriptions, car la relation n'est pas toujours la même au niveau central et au niveau local. Lors de mes visites fréquentes dans les régiments, j'invite systématiquement les élus et les parlementaires à déjeuner. Si vous l'acceptez, vous serez bien évidemment les bienvenus à cette occasion. Et les portes de l'armée de terre vous sont évidemment toujours ouvertes.

De plus, nous avons imaginé à votre intention une journée de rencontre le 19 septembre, à Satory, où nous vous présenterons l'armée de terre de façon un peu plus détaillée que ce que je vais pouvoir faire ce matin en quelques minutes. Je vous encourage à venir nombreux ce jour-là.

Je commencerai ma présentation par une petite introduction. Étant le premier chef d'état-major d'armée à passer devant votre commission, je me suis octroyé la possibilité de vous préciser ce que représente cette fonction. Le chef d'état-major des armées est très présent mais derrière lui, d'autres personnes oeuvrent à l'engagement des forces. C'est notre métier majeur.

Dans une première partie, je vous donnerai quelques chiffres sur l'armée de terre aujourd'hui, et je vous dirai comment je la perçois. Dans une deuxième partie, je vous dirai en quoi cette armée de terre est nouvelle, c'est-à-dire quelles sont les ruptures auxquelles nous avons dû faire face les deux dernières années, et qui influent largement sur son organisation, son état d'esprit et son emploi. Et je terminerai, dans une dernière partie, par nos ambitions et les défis qui se posent à nous.

Je ne développerai pas forcément dans le détail chacune de ces parties, mais j'espère vous donner, au travers de cette courte présentation, les premières bases de compréhension d'une armée qui représente à elle seule 50 % des personnels en tenue du ministère des Armées. C'est donc une armée qui pèse dans les armées.

La mission du chef d'état-major de l'armée de terre est de fournir au chef d'état-major des armées des hommes bien équipés, bien entraînés, bien commandés, pour pouvoir remplir toutes les missions décidées par le président de la République. À cette fin, chaque armée doit s'appuyer sur une organisation ; pour l'armée de terre, c'est le modèle « Au contact » que nous avons mis en oeuvre depuis maintenant deux ans.

Pour remplir cette mission, il lui faut des ressources humaines, dont le périmètre de responsabilité va du recrutement à la reconversion, en passant par la gestion ; des cycles de préparation opérationnelle – je m'entraîne, j'interviens, je récupère ; des équipements suffisants, en quantité comme en qualité ; et puis, un exercice du commandement marqué. En effet, le chef d'état-major est responsable à la fois des sanctions et des récompenses, et donc de la discipline d'une manière générale, et c'est lui qui est regardé dès lors que, dans une armée, un événement difficile se produit.

Depuis deux ans, l'armée de terre est revenue sur un point fondamental de l'ordonnance de 1959 portant organisation générale de la défense, à savoir que « la défense a pour objet d'assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population ».

C'est vrai que jusque-là les Français voyaient leur armée de terre d'assez loin. Ils la voyaient souvent en Afrique, aux informations nationales. Ils la percevaient difficilement. Bien sûr ils la voyaient au cours des prises d'armes, mais c'est une vision partielle, on voit des militaires sur les rangs, ils partent en chantant… Aujourd'hui, l'armée de terre est déployée dans nos rues, sur le territoire national, elle est « au contact ».

Le retour au premier plan de cette mission de protection du territoire national et des Français est important culturellement parlant, par rapport aux vingt années pendant lesquelles l'armée professionnelle s'est construite autour des opérations extérieures – et moins sur le territoire national et sa défense.

En tant que chef d'état-major de l'armée de terre, j'exerce mes responsabilités sur 137 000 « terriens », dont 105 000 sont directement « chez moi », dans l'armée de terre, y compris 8 500 personnels civils ; cela représente 50 % des personnels en uniforme du ministère. Cette armée a vingt ans de professionnalisme. Vingt mille hommes sont déployés en permanence.

En 2016, plus de 15 000 hommes – certains payés à hauteur du SMIC – ont passé plus de 150 jours en dehors de la garnison. C'est une forte pression. Je précise que 100 % de nos militaires du rang sont contractuels – 75 % des personnels de l'armée de terre si l'on prend en compte les officiers et les sous-officiers de carrière.

Le recrutement se monte à environ 20 000 personnes par an : 15 000 engagés volontaires et 5 000 réservistes. Nous sommes donc un recruteur massif.

L'armée de terre, c'est 80 régiments – le régiment en étant la brique constitutive.

Nos engagés sont des gens jeunes – car nous avons un impératif de jeunesse dans l'armée de terre. Ils ont en moyenne vingt-sept ans. Ils sont volontaires, et ce n'est pas pour rien qu'on les appelle les engagés volontaires de l'armée de terre (EVAT). Ils sont courageux. Ils sont de leur génération, ils sont capables de mener des actions de combat de haute intensité dans la boucle du Niger. Dès lors qu'ils sont blessés, ils savent remonter la pente. Ils sont disponibles. Depuis 2015, l'armée de terre s'est déployée plusieurs fois dans l'urgence, à hauteur de 10 000 hommes, sur le territoire national. Ils sont également disciplinés et rustiques. Ils peuvent combiner la rusticité et la haute technologie, car ils sont très à l'aise avec tout ce qui touche à la digitalisation.

Ils combinent des savoir-faire et des savoir-être, une combinaison qui est le fruit d'une formation initiale assez longue. Je vous livre cette anecdote : lorsqu'elle est venue à Satory, la Ministre est montée dans un véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI). Elle a tendu la main à un garçon du 16e bataillon de chasseurs, qui fermait la rampe arrière du VBCI. Alors qu'il était en tenue de combat complète, avec son gilet et son arme, il a ôté son gant pour lui serrer la main. Je trouve que c'est une attitude remarquable, dans le monde dans lequel on vit…

De fait, nos soldats sont regardés et admirés par nos concitoyens et par les autres armées étrangères. Il est vrai qu'ils véhiculent des valeurs de courage, de discipline, d'honneur, dont nous n'avons pas le monopole et dont nous ne revendiquons pas l'exclusivité, bien sûr, mais que nous essayons de porter à un haut degré. Pour finir, ils ont des familles particulièrement dignes. Il faut souligner à cet égard que le choix de la carrière militaire est au moins autant un choix de vie que de métier.

Au-delà du soldat, il y a le régiment, la brique qui le rattache au territoire. Nous avons 80 régiments, et 80 garnisons. Par exemple, le 92e régiment d'Infanterie (RI) totalise 146 années de présence à Clermont-Ferrand. Si vous dites aux Clermontois qu'on va enlever ou déplacer le 92e RI, ce serait un très mauvais signal !

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