Intervention de Valérie Boyer

Séance en hémicycle du mardi 19 juin 2018 à 15h00
Moyens nécessaires à la participation du ministère de la justice à l'effort national de lutte contre le terrorisme — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaValérie Boyer :

Monsieur le président, madame la garde des sceaux, monsieur le rapporteur spécial, mes chers collègues, Toulouse, Charlie Hebdo, Hyper Cacher, Villejuif, Saint-Quentin-Fallavier, Bataclan, Stade de France, Magnanville, Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray, Marseille, Paris, Trèbes et tant d'autres sites en France et ailleurs… Et, récemment encore, des attaques au cutter ! En France, les attentats ont fait 253 morts depuis 2012. Hommes, femmes, enfants, je veux à cet instant que nous ayons une pensée pour chacun d'entre eux et pour leurs familles.

Je veux également rendre hommage à nos services de renseignement et à nos forces de l'ordre, qui font au quotidien preuve de sang-froid, de professionnalisme et de dévouement. Après les marches blanches, les bougies et les minutes de silence, nécessaires au rassemblement, il est temps de passer à l'action.

Au lendemain des commémorations du 18 juin, les mots du général de Gaulle prennent aujourd'hui tout leur sens. Pour que la France soit grande, disait-il, il faut qu'elle ne tremble pas ; il faut que « l'État tienne les rênes », « qu'il soit la force qui soulève la vague, mais aussi la digue qui contient la marée ». Contenir la marée, c'est mener pleinement cette guerre contre le terrorisme islamique.

Oui, nous avons affaire à un troisième totalitarisme : après le communisme et le nazisme, voici le totalitarisme islamiste. À droite comme à gauche, nous avons parfois su mettre nos divergences de côté pour avancer ensemble. Mais l'unité nationale ne se décrète pas, elle se construit. Nous devons aller plus loin, mes chers collègues, et nous devons surtout faire preuve de lucidité. Pouvons-nous espérer que ces drames soient derrière nous ? Non. Nous pouvons gagner la guerre sur le terrain, mais il est plus difficile de mener une guerre morale. L'organisation État islamique se vante d'aimer la mort comme nous aimons la vie, et ces barbares nous ont bien fait comprendre qu'ils ne rendront pas les armes.

En matière de lutte contre le terrorisme, nous devons d'abord nous réarmer moralement, sans tomber dans le déni, l'angélisme ou dans une forme de déculpabilisation de ce terrorisme. Contrairement à ce que prétend le chef de l'État, la France n'a pas sa part de responsabilité ! Disons les choses sans trembler : c'est l'islam radical, l'islam politique, et non les religions en général, qui pose aujourd'hui un problème à la France. Nous devons avoir une tolérance zéro à l'égard de l'islam radical, qui est l'inspirateur de ce totalitarisme. Cette haine de notre civilisation, de ce que nous sommes, prend directement racine dans le communautarisme, qui marque son territoire dans nos quartiers et qui est en train de conquérir les territoires, et même les espoirs.

Prenons quelques secondes pour réfléchir à ce qui se passerait si le rappeur « islamo-racaille » Médine se produisait au Bataclan ! Ce serait vraiment un renoncement culturel et une atteinte à la mémoire de nos victimes, à la mémoire de nos martyrs du terrorisme. J'espère que cette manifestation sera interdite.

C'est avant tout en réaffirmant nos valeurs, en luttant contre les discours de haine, contre l'antisémitisme, en assumant notre histoire, que nous gagnerons. Cette histoire est marquée par nos héros du passé. On sait, depuis les philosophes des Lumières, que la raison doit l'emporter sur l'obscurantisme, et Napoléon nous a légué une société fondée sur les règles de droit, où la protection de la loi prévaut sur la loi du plus fort. La société française tout entière doit se mobiliser contre ce totalitarisme.

Enfin, le principe de précaution doit prévaloir. Pourtant, le mercredi 6 juin, madame la garde des sceaux, vous avez annoncé qu'une vingtaine de détenus djihadistes seront libérés cette année, et que 450 personnes sortiront de prison d'ici la fin de l'année 2019. Comment pouvez-vous faire preuve d'autant de naïveté face à ces barbares ? Ces fanatiques détestent ce que nous sommes, et nous devons mener une guerre totale contre eux.

En premier lieu, nous devons les combattre sans relâche et sans pitié hors de nos frontières. Ces traîtres et leurs complices ne doivent pas revenir sur notre territoire. Nous devons refuser d'accueillir des terroristes qui se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité, au motif qu'ils ont un passeport français. Et nous devons empêcher de nuire ceux qui sont sur notre territoire. Il faut que tous ceux qui représentent une dangerosité évidente soient interpellés, qu'il y ait une enquête et qu'ils soient jugés pour intelligence avec l'ennemi si l'on établit la preuve qu'ils ont des rapports avec l'État islamique. Il devient urgent de construire davantage de places de prison et de quartiers réservés pour éviter la radicalisation des détenus de droit commun.

Nous ne parlons pas de crimes ordinaires commis sur le sol français. Nous sommes en guerre. Il n'y a aucune alternative. Cette guerre s'étend de l'Asie du Sud-Est jusqu'à l'Afrique occidentale, en passant par le Proche-Orient. Nous savons tous ici que la menace est toujours présente et elle le sera probablement pendant de nombreuses années. Dire le contraire serait irresponsable.

Alors oui, nous devons permettre à la justice de prendre toute sa part à la lutte contre le terrorisme. On ne peut, d'un côté, inquiéter les Français avec la libération de l'ami de la famille Abdeslam – l'actualité nous rattrape ! – et, de l'autre, ne pas prouver concrètement que l'on donne à la justice tous les moyens de lutter contre le terrorisme. Notre objectif est de flécher et de pérenniser de façon transparente les moyens de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Nous avons fait preuve d'unité nationale, puisque plus de dix lois ont été votées en cinq ans pour renforcer notre arsenal de lutte contre le terrorisme, mais il faut aller plus loin.

C'est pourquoi nous devons unanimement soutenir cette proposition de résolution de notre collègue Patrick Hetzel et du groupe Les Républicains. Pour conclure, j'aimerais reprendre des mots de Simone Weil : n'oublions jamais que la France peut retrouver, « au fond de son malheur, une inspiration conforme à son génie ».

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