Intervention de Jean-Luc Mélenchon

Séance en hémicycle du mardi 9 octobre 2018 à 15h00
Lutte contre la manipulation de l'information — Motion de renvoi en commission (proposition de loi ordinaire)

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Luc Mélenchon :

Le même manque de sérieux vise la Chine. À tout propos, la commission voit la main des Russes, des Chinois ou de je ne sais qui encore, pour faire plaisir à quelque énergumène des ambassades qui lui demande de réaliser ce travail. Tout cela n'a aucun sens !

Les articles 4, 5 et 6 de la proposition de loi étendent les pouvoirs du CSA pour interdire ou suspendre le conventionnement de chaînes placées sous l'influence d'un État étranger – nous n'avons pas fini de rire – ou participant à des entreprises de déstabilisation. Quelles chaînes sont visées ? Tout le monde les connaît, il n'y a aucun mystère. Pourquoi ne pas les avoir nommées ? Sputnik et Russia Today sont seuls visées. Il ne reste plus qu'à espérer que personne, à l'étranger, n'aille retourner contre nous nos propres arguments. En effet, toutes les chaînes internationales qui émettent depuis la France et qui sont la propriété de l'État, puisqu'elles sont publiques, pourraient être, elles aussi, décrétées, à juste titre, comme étant sous l'influence d'un État étranger. Car c'est bel et bien le cas : chacun sait combien les chaînes du service public qui émettent vers l'étranger, comme Radio France internationale, sont indépendantes, honnêtes et nullement engagées.

Supposons qu'une de ces chaînes viennent à dénoncer comme insupportable ou indigne le sort qui est réservé, en Arabie Saoudite, à M. Badaoui, qui a déjà reçu 50 coups de fouets et en attend encore 950. L'État saoudien serait autorisé à avancer qu'il s'agit d'une information venant d'un État étranger et non d'une information objective concernant la situation particulière de cette personne. La demi-mesure d'humour, avec laquelle j'évoque ce cas, n'ôte rien au caractère abominable de cette information.

Enfin, le texte confie aux GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon – le soin de mettre en oeuvre la censure et de protéger avec bienveillance les informations en s'assurant de leur qualité. Cette trouvaille s'appelle la censure privée. Si vous vous demandez à quoi correspond une censure privée, vous en aurez un avant-goût en allant sur Facebook, en vue de partager une information en provenance d'un site humoristique comme Le Gorafi. Vous verrez aussitôt apparaître un message vous informant qu'il s'agit d'un site humoristique : vous étiez certainement trop stupide pour le comprendre tout seul ! Arrivent alors deux informations sûres et garanties, correspondant à ce qu'il faut penser sur le sujet. Vous aurez le droit à un article signalé du Monde et à un autre article signalé de Minute, deux journaux dont la ligne éditoriale n'est pas politiquement orientée et ne professe que de vraies vérités pures. C'est pourquoi je préfère acheter plusieurs journaux afin de recouper les vérités vraies...

1 commentaire :

Le 11/10/2018 à 22:48, Laïc1 a dit :

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"Supposons qu'une de ces chaînes viennent à dénoncer comme insupportable ou indigne le sort qui est réservé, en Arabie Saoudite, à M. Badaoui, qui a déjà reçu 50 coups de fouets et en attend encore 950. L'État saoudien serait autorisé à avancer qu'il s'agit d'une information venant d'un État étranger et non d'une information objective concernant la situation particulière de cette personne. La demi-mesure d'humour, avec laquelle j'évoque ce cas, n'ôte rien au caractère abominable de cette information"

On ne peut pas dire que le sort de M. Badaoui émeuve particulièrement le gouvernement français : la défense des valeurs de la république et des droits de l'homme, ce sont juste des effets d'annonce pour se donner bonne conscience, et qui ne sont suivis d'aucune application pratique.

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