Intervention de Général Richard Lizurey

Réunion du mardi 16 octobre 2018 à 17h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale :

Madame la rapporteure, je vous remercie pour les encouragements que vous prodiguez à la gendarmerie, qui sont extrêmement appréciés, sachez-le. Les moyens qui nous sont accordés témoignent de la reconnaissance du travail qu'elle accomplit : je peux vous garantir que les militaires et les personnels civils y sont particulièrement sensibles parce qu'ils leur permettent de travailler mieux.

Pour ce qui est de la création d'une loi de programmation de sécurité intérieure, je partage votre analyse et votre souhait. Il me semble important de tracer des perspectives. Cela a du sens et ce n'est pas pour rien que les armées se dotent de lois de programmation militaire. Nous pourrions définir ensemble les objectifs stratégiques, le niveau de sécurité que nous voulons garantir à nos concitoyens, puis déterminer les besoins et enfin définir les moyens à attribuer et les évolutions à mettre en place en matière d'organisation et de personnels.

Le bien-être de nos personnels est un enjeu d'importance, particulièrement cette année où la gendarmerie a déjà connu vingt-neuf suicides. En dix ans, c'est la deuxième fois que nous enregistrons de tels chiffres, ce qui me préoccupe beaucoup. Ces actes individuels ne me semblent pas refléter un malaise général à la gendarmerie mais ils doivent nous mobiliser : il faut réfléchir aux moyens d'éviter ces dramatiques passages à l'acte.

Plusieurs pistes s'offrent à nous.

Il y a d'abord la mise à disposition de nouveaux outils pour les personnels et l'amélioration des infrastructures – vous avez évoqué les efforts consentis en matière d'immobilier. Les familles sont très présentes au sein de l'univers de la gendarmerie : qu'elles puissent être logées dans des conditions normales est un élément déterminant. Autre élément déterminant : le sens de la mission. « Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour » disait un grand auteur. Donner à nos personnels les moyens de travailler au service de la population contribue à leur bien-être.

Pour ces deux raisons, j'ai lancé depuis quelques mois un chantier portant sur l'évolution des astreintes afin que chaque militaire ait davantage de temps à accorder à sa famille et trouve un plein sens à son action. Les permanences se multiplient tous azimuts, dans toutes les unités, et concernent chaque jour un tiers des 100 000 civils et militaires, ce qui est beaucoup trop. Certes, elles garantissent une grande réactivité mais compte tenu de la réalité des besoins, nombre d'entre elles se révèlent inutiles. Elles apparaissent dès lors comme des contraintes et suscitent des interrogations.

Le bien-être passe aussi par la perspective de l'avancement, qui permet à chacun d'être reconnu dans son métier grâce à l'ascenseur social. Je souhaite que toutes les personnes qui rentrent dans la gendarmerie, dès lors qu'elles en ont l'ambition, puissent monter en grade, de gendarme adjoint volontaire jusqu'à général. Chaque année, la liste d'aptitudes comprend des gens qui ont commencé à la base.

Le bien-être se manifeste, en outre, par la solidarité dans les moments difficiles – aujourd'hui, c'est vers les brigades de l'Aude confrontées aux inondations que nous nous tournons. On a coutume de dire que la gendarmerie est une famille. Cela a des mauvais côtés mais aussi des bons et mon travail consiste à développer ces bons côtés.

Sanctuariser les crédits consacrés à la réserve, suggérez-vous, Madame la rapporteure. Oui, mais il ne faut pas oublier que je dois rester dans les limites de l'enveloppe initiale qui m'a été accordée par la loi de finances. Cela m'impose d'avoir recours à certains leviers de gestion, dont font partie les crédits de la réserve opérationnelle. J'essaierai de limiter leur impact mais je n'ai pas d'autre choix.

Quant au statut militaire, il apporte un avantage décisif dans la gestion de crise. Après le passage de l'ouragan Irma, je n'ai pas pu projeter de personnels civils car leur statut ne le permet pas. Les personnels des corps de soutien comme les mécaniciens ou les spécialistes radio ont pu, eux, être envoyés sur place car ils sont militaires. Dans la sphère « environnement », nous devons donc continuer à avoir moitié de personnels civils, moitié de personnels militaires, soit 5 000 et 5000, afin d'assurer une pleine efficacité opérationnelle.

Pour ce qui est du décret de 1993, Monsieur Thiériot, je vais essayer d'être synthétique. Une fois le principe de la construction d'une brigade notifié, il fait l'objet d'une validation au niveau du ministre et le programme de construction suit son cours. Il ne peut être stoppé que si la collectivité territoriale ou l'opérateur le décide. Lorsque la gendarmerie relevait du ministère de la Défense, son opérateur était le service d'infrastructure de la défense (SID) ; depuis qu'elle est rattachée au ministère de l'Intérieur, elle dépend des SGAMI. Certains sont en mesure de conduire toutes les opérations de construction qui leur sont confiées. Celui de Paris a des difficultés pour gérer la totalité des chantiers, très nombreux dans la région parisienne. Cela explique qu'il y ait ici ou là des retards mais cela n'implique nullement que le programme de Guignes soit remis en cause, il est simplement décalé.

Madame Mauborgne, pour les hélicoptères, je dois rendre hommage à mes spécialistes. Notre conception de l'entretien des appareils privilégie l'autonomie : dans chaque section aérienne, le travail des pilotes et des mécaniciens permet d'atteindre ce taux de disponibilité de 90 %. En outre-mer, nous avons mis en place depuis de nombreuses années un système de maintien en condition opérationnelle local. Contrairement à la sécurité civile, nous ne faisons pas revenir les appareils en métropole. Cela limite les coûts de transport comme les périodes d'indisponibilité. Nous recevons également l'appui très efficace de la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la Défense (SIMMAD).

Monsieur Cubertafon, je pourrais vous répondre que l'augmentation des effectifs prévue dans chaque budget n'est jamais suffisante. Toutefois, l'accroissement de 643 équivalents temps plein pour 2019 nous permettra de renforcer nos unités : 100 seront injectés dans les vingt départements prioritaires en matière de police de sécurité du quotidien et les autres seront intégrés dans des brigades soumises à d'importantes tensions opérationnelles. Il est important de noter que 70 % de l'augmentation de la population concernent des zones qui relèvent de la gendarmerie. Auparavant, l'exode rural drainait les populations vers les villes tandis qu'aujourd'hui, beaucoup de citadins viennent s'installer dans des zones périurbaines ou rurales. Dans les années à venir, il nous faudra être en mesure d'accompagner cette évolution démographique. Les effectifs dont nous disposons actuellement nous permettent de faire face mais cela n'empêche pas de procéder à de nécessaires redéploiements ici ou là.

Quant aux recrutements, Monsieur Pueyo, ils sont marqués par des disparités certaines. Nos bassins de recrutement se situent essentiellement dans les métropoles et les grandes villes, ce qui conduit à une asymétrie car les bassins d'emploi sont souvent ruraux. Nous devons apprendre à nos jeunes recrues à parler avec une population qu'ils n'ont pas l'habitude de côtoyer, comme les agriculteurs. Bon an mal an, nous parvenons toutefois à recruter : le taux de sélection est de quatre pour un pour les sous-officiers et d'un peu moins de deux pour un pour les gendarmes adjoints volontaires. Je n'ai pas d'inquiétudes particulières à ce sujet.

C'est votre question sur le renseignement territorial qui m'inquiète car elle montre que les relations entre élus et gendarmerie ne se nouent pas comme il le faudrait. La base de l'action de la gendarmerie est le contact avec les élus, qui constituent pour elle des interlocuteurs majeurs à même de l'éclairer sur la manière dont elle fait son service. Dans le cadre de la police de sécurité du quotidien en 2018, nous avons souhaité que chaque maire ait un gendarme référent. Il reste apparemment des marges de progression. Depuis cette année, nous avons décidé d'organiser chaque semestre des réunions de travail réunissant l'ensemble des maires des communes relevant d'une compagnie territoriale pour que le commandant de compagnie et les commandants de brigade rendent compte de leur activité. Nous devons continuer à travailler dans cette voie. Ces contacts contribuent au développement du renseignement territorial.

Je me suis rendu en Haute-Saône pour voir de plus près comment fonctionnait le dispositif FLAME. Je dois dire qu'il m'a enchanté, d'autant qu'il est uniquement animé par des réservistes. Il inspirera sans doute d'autres compagnies. Il correspond à une approche sur-mesure en matière de police de sécurité du quotidien. Je considère qu'une fois que j'ai « donné les clefs du camion » à chacun des 350 commandants de compagnie, il est de leur responsabilité de s'organiser comme ils l'entendent et qu'ils sont libres de s'inspirer ou non des bonnes pratiques. S'ils prennent des options qui ne sont pas les bonnes, des corrections pourront toujours être apportées après retour d'expérience. Chacun a droit à l'erreur.

Ajoutons que la Haute-Saône va aussi innover l'année prochaine en expérimentant le dispositif GenDrive, qui consiste à implanter un poste de gendarmerie au sein d'un centre commercial.

Tous les terminaux NéoGend, soit 67 000, ont été déployés avant le 31 décembre 2017. Chaque gendarme départemental est désormais doté d'un smartphone, qui comprend la totalité des bases de données nécessaires, tandis que chaque escadron de gendarmerie mobile dispose de deux ou trois tablettes collectives. Tous les trois ans, ces équipements seront renouvelés, opération qui ne posera pas de problèmes particuliers puisqu'ils sont loués.

La brigade numérique est née d'un constat : nombre de nos concitoyens ont des difficultés pour accéder aux services publics de gendarmerie parce que les brigades sont fermées la nuit, le week-end, que leurs horaires d'ouverture sont mal connus et qu'il n'est pas toujours facile de s'y rendre durant la semaine. Pour leur offrir un moyen d'interagir avec nous, nous avons créé cette plateforme animée par des gendarmes spécialement formés, qui s'occuperont aussi de la future plateforme de signalement des violences sexuelles. Depuis Rennes, ils répondent vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux internautes de toute la France qui se sont connectés à partir du site gendamerie.gouv.fr.

Par ailleurs, nous avons lancé avec la préfecture du Loir-et-Cher une expérimentation consistant à implanter dans les maisons de services au public des bornes interactives afin que tous ceux et toutes celles qui n'ont pas d'équipement internet chez eux puissent avoir accès à la brigade numérique.

Vous évoquiez également, Monsieur Chassaigne, la difficulté d'obtenir des informations sur les horaires d'ouverture. Nous travaillons à améliorer les choses. La plateforme animée par la brigade numérique servira même en 2019 à prendre des rendez-vous avec les gendarmes de chaque brigade territoriale.

Quant aux 150 PSIG-Sabre, ils représentent un PSIG sur trois, ce qui est une bonne proportion. Cela dit, pour atteindre l'objectif opérationnel qui nous a été fixé – chaque point du territoire doit pouvoir bénéficier d'une intervention spécialisée de premier niveau dans un délai de vingt minutes –, nous procéderons à des aménagements complémentaires et nous créerons sans doute d'autres PSIG car nous constatons qu'il y a dans certaines zones des petits déserts.

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