Intervention de Jean-Michel Blanquer

Réunion du mardi 3 octobre 2017 à 17h15
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale :

Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, je suis très heureux de vous retrouver au sein de votre commission pour faire un point approfondi sur tous les enjeux scolaires, et plus généralement ceux relatifs à la jeunesse.

Comme je vous l'avais dit au cours de ma précédente audition, l'objectif est de bâtir l'école de la confiance, c'est-à-dire une école qui fait confiance à la société, dans une société qui fait confiance à son école ; une école qui a confiance en elle-même, ce qui suppose d'abord et avant tout la confiance des institutions envers les acteurs du système scolaire, à savoir les professeurs et les personnels non enseignants du système scolaire. C'est le message principal que je passe en permanence.

Au début du mois de juillet dernier, je me suis ainsi adressé à tous les professeurs et tous les personnels de l'éducation nationale pour les assurer de ma confiance. Il s'agit d'installer une logique où les acteurs seront libres de faire des propositions, d'être créatifs, d'innover dans un système où le travail en équipe est chose naturelle et où l'institution tend, non à contrôler, mais à soutenir, en vue d'obtenir des résultats au service des élèves.

À terme, l'objectif est que nos élèves aient confiance en eux-mêmes et s'insèrent dans un monde qui est en train de changer profondément. Il faut qu'ils acquièrent des compétences fondamentales – acquisition des savoirs fondamentaux, culture générale, capacité d'adaptation – afin de devenir des citoyens et de bons professionnels dans la vie concrète qui les attend.

On peut faire le bilan de la rentrée à la lumière de cet objectif. Comme je l'ai dit très rapidement dans l'hémicycle tout à l'heure, la confiance naît du respect des engagements qui ont été pris : en ce début du mois de septembre, nous avons fait ce que nous avions dit que nous ferions. C'est d'autant plus important que l'on parle du système scolaire, sujet crucial pour toute société, et que nous avions été en butte à une sorte de scepticisme : certains doutaient que l'on puisse faire en trois mois ce qui avait été annoncé par le Président de la République. Or nous l'avons fait, ce qui permet de relativiser les critiques qui s'expriment à présent.

Nous avons en effet mené à bien le dédoublement des classes de cours préparatoire en réseaux d'éducation prioritaire renforcés (REP+). Cette opération a pu s'effectuer dans 85 % des cas par la division des classes en deux. À ce propos, je tiens à saluer l'action des maires qui, toutes tendances politiques confondues, ont accepté de jouer le jeu. La France est tout de même un beau pays car si elle débat beaucoup et se divise souvent, elle sait se comporter quand l'essentiel est en jeu – en l'occurrence l'intérêt des élèves.

De nombreux maires, avec lesquels j'ai discuté, ont exprimé leurs difficultés, voire leur désaccord sur tel ou tel point. Mais à chaque fois, ils ont fait ce qu'il fallait. C'est d'autant plus louable que le dédoublement des classes de CP sera suivi l'année prochaine d'un dédoublement des classes de CE1 dans les REP+ afin que les élèves concernés bénéficient de la même mesure l'année prochaine. Puis nous dédoublerons les classes de CP en réseaux d'éducation prioritaire (REP). Cela nécessitera un nouvel effort, non seulement de la part de l'éducation nationale – cela se traduit dans le projet de loi de finances et dans toutes les mesures d'accompagnement qualitatif que nous sommes en train de prendre – mais aussi de la part des communes qui devront trouver les moyens de faire face à cette situation.

C'est un nouveau défi, mais nous avons un an pour le relever. Je suis donc très confiant, d'autant que l'État, fidèle à la logique partenariale que j'ai évoquée, accompagnera l'effort des collectivités. Nous avons commencé à en parler sur le plan technique.

La rentrée s'est caractérisée aussi par une volonté d'assouplir les rythmes scolaires. Là encore, cela semblait difficile à réaliser en peu de temps. Mais certaines communes avaient le désir profond de revenir à la semaine de quatre jours. C'est ainsi que 43 % d'entre elles l'ont fait, ce qui concerne environ 30 % des élèves – la plupart de ces communes étant de petite taille.

Je ne reviens pas sur tous les arguments qui ont été échangés sur les rythmes scolaires, car nous en avons déjà beaucoup parlé à l'occasion de notre précédente réunion. Je rappellerai simplement que je n'exprime aucune préférence pour une semaine de quatre jours ou quatre jours et demi, et que je ne me livre à aucune incitation ni dans un sens ni dans l'autre. Dans un certain nombre de cas, la réforme des rythmes de 2013 s'est bien passée et a permis des progrès intéressants, ce qu'il convient de saluer. Mais dans d'autres cas, les activités périscolaires étaient de faible qualité, ce qui a conduit à des situations d'inégalités, dont les communautés éducatives et les collectivités concernées ont souhaité sortir.

Je précise que nous maintenons le Fonds de soutien de l'État aux communes qui conservent le système des quatre jours et demi. C'est un signal supplémentaire qui montre que nous ne cherchons pas spécialement à faire sortir de ce mode de fonctionnement les communes et les communautés qui s'y sentent à l'aise.

J'ajoute que nous avons eu connaissance d'un rapport de notre direction de l'évaluation et de la prospective (DEP), qui avait été commandé par ma prédécesseure. Il montre, à partir d'une étude très robuste, qu'en matière de résultats des élèves, il n'y a pas de différence entre une organisation sur quatre jours ou sur quatre jours et demi. Ce sujet ne saurait donc faire l'objet d'une quelconque querelle – comme nous savons si bien les engager… Chacun doit prendre ses responsabilités localement pour choisir ce qui convient le mieux à sa communauté éducative. Ensuite, nous aurons à travailler tous ensemble sur les contenus scolaires et extrascolaires de la nouvelle situation.

Voilà pourquoi, en tant que responsable de l'éducation nationale, mais aussi de la jeunesse et de la vie associative, j'annoncerai prochainement un plan « mercredi », qui permettra de travailler sur les contenus périscolaires, en étant attentif à leur qualité. Je pense notamment aux fameux plans éducatifs territoriaux (PEDT) qui avaient accompagné la réforme de la semaine des quatre jours et demi, mais qui étaient finalement assez formels ; nous allons faire en sorte de renforcer la qualité de leur contenu. Nous élaborerons aussi de nouveaux outils qualitatifs pour les communes qui sont revenus aux quatre jours.

C'est une tâche à dimension ministérielle, mais aussi interministérielle, comme vous l'avez constaté en auditionnant la ministre de la culture ainsi que celle des sports. Avec l'une comme avec l'autre, nous nous sommes entendus pour travailler et faire travailler nos administrations ensemble. Cela se traduira par la mobilisation des institutions culturelles et des clubs sportifs pour enrichir ces propositions du mercredi, a fortiori vis-à-vis des publics les plus fragiles.

Après avoir fait le bilan de la rentrée, nous devons nous tourner vers l'avenir, c'est-à-dire la préparation de la rentrée 2018, et voir tout ce qui peut être fait localement pour améliorer la qualité des activités culturelles et sportives. Je m'y attacherai.

Sans doute avez-vous vécu dans vos circonscriptions la rentrée en musique, que nous avons mise au point avec Mme Françoise Nyssen ; vous avez été nombreux à y prendre une part active, et je vous en remercie. Par cette initiative, il s'agissait de montrer que la rentrée peut être un moment de bonheur, un moment de joie, un moment collectif.

Là encore, nous avons dû faire les choses rapidement : on peut s'en féliciter, tout en reconnaissant les limites de l'exercice. Voilà pourquoi nous allons mieux préparer la prochaine « rentrée en musique ». En outre, des mesures seront prises en faveur de la musique à l'école dès cette année. Cela fera l'objet d'un plan sur lequel nous travaillons, et qui pourra grandement contribuer au progrès de l'éducation artistique et culturelle dans nos établissements scolaires. Je pense à la constitution systématique d'une chorale dans chaque école et chaque collège de France, et à d'autres dispositions de ce type qui ouvriront la voie.

L'assouplissement de la réforme du collège a été le troisième point fort de la rentrée. Le rétablissement de toutes les classes bilangues était l'un de nos objectifs : nous l'avons atteint puisque, aujourd'hui, pratiquement 100 % de ces classes ont été rétablies, et de nouvelles classes ont même parfois été créées. Je ne reviendrai pas sur les arguments qui avaient été avancés à ce propos car nous gagnerons tous à nous tourner vers l'avenir. Je tiens néanmoins à partager avec vous ma conviction que cette mesure joue en faveur de l'égalité, car elle renforce l'attractivité des établissements qui en ont le plus besoin. Cela inspirera les prochaines mesures que nous prendrons – dont vous êtes évidemment partie prenante – et qui doivent permettre à chaque établissement de France d'avoir un projet éducatif qui fait envie, qui créée des logiques collectives et de la mixité sociale. Cela suppose d'apporter une attention particulière aux territoires les plus fragiles, non seulement les territoires relevant de l'éducation prioritaire, mais aussi les territoires ruraux qui constituent pour moi une priorité, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire.

J'en viens à la quatrième mesure qui était emblématique de cette rentrée : la mise en place de « Devoirs faits ». Nous avions dit que le dispositif serait prêt pour le retour des vacances de la Toussaint, et c'est effectivement ce qui va se passer. Mon ministère a publié un « Vade-mecum du devoir fait », c'est-à-dire une sorte de mode d'emploi pour l'ensemble des acteurs, notamment les principaux de collège et leur corps professoral, pour détailler à la fois l'esprit et les modalités de cette mesure.

L'esprit, vous le connaissez car nous en avons souvent parlé : il faut que les élèves fassent des exercices car cela améliore leur autonomie et leur développement, mais ceux-ci doivent pouvoir être faits au sein de l'établissement. Toutes les familles de France pourront demander à bénéficier de ce dispositif. Ce sera possible dans tous les collèges au retour des vacances de la Toussaint. Les professeurs, actuellement mobilisés moyennant des heures supplémentaires, seront en première ligne. Ils superviseront les différents acteurs dont les assistants d'éducation – ce qui préfigure une réforme des assistants d'éducation – ainsi que les services civiques et l'ensemble des acteurs associatifs. Il n'est évidemment pas question de revenir sur ce qui se faisait déjà – puisqu'il existait déjà des formules de soutien scolaire – mais de l'englober, de le renforcer dans une logique quantitative et qualitative d'ensemble, afin d'assurer du soutien scolaire à tous les élèves.

En fait, nous allons tirer de nombreux fils, dont le soutien aux élèves. Je pense d'abord aux mesures de prévention du redoublement. On a beaucoup commenté ce que j'avais dit sur ce dernier. Précisons que je n'ai jamais dit que le redoublement était souhaitable, mais simplement qu'il pouvait être une solution envisageable, et qu'il était absurde de s'en priver. Évidemment, moins il y en a, mieux on se porte. Mais l'important est de prévenir le redoublement, par exemple en proposant de manière assez volontariste la mesure « Devoirs faits » dès la fin du premier trimestre aux élèves les plus en difficulté.

Cela m'amène à vous parler de l'année 2017-2018 puisque, après avoir fait le bilan de la rentrée de septembre 2017, il me faut naturellement anticiper sur la rentrée suivante. Quelques mots donc de ce qui est « dans les tuyaux » et que nous devons partager, afin d'élaborer ensemble ces politiques.

Il y a d'abord la réforme du système d'admission post-bac (ou APB) qui est menée par ma collègue Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Je suis cette réforme avec beaucoup d'attention et nous en parlons souvent ensemble, pour assurer une cohérence.

C'est dans cet esprit que je déclencherai comme convenu, courant octobre, une concertation sur le baccalauréat. Nous souhaitons en effet engager au début de l'année 2018 une réforme qui aboutira à un nouveau baccalauréat en juin 2021. Celle-ci aura des effets en amont : sur la classe de terminale en 2020-2021, sur la classe de première en 2019-2020, et peut-être quelques effets sur la classe de seconde en 2018-2019 – effets nécessairement limités, en raison des délais impartis. Vous connaissez les grands principes de la réforme du baccalauréat, qui ont été exposés au cours de la campagne présidentielle : un contrôle final portant sur quatre matières et un contrôle continu sur les autres matières. L'objectif est de faire du baccalauréat un levier de réussite pour l'enseignement supérieur. Il reste évidemment beaucoup de points à préciser, et c'est ce que la concertation doit permettre, en lien avec votre commission.

Il y a ensuite une réforme parallèle à celle-ci, à laquelle j'attache la plus grande importance : celle de la voie professionnelle, du CAP au BTS. Nous déclencherons de la même façon une concertation en la matière. Ces formations doivent devenir des outils performants, assurant la réussite et l'insertion de nos élèves. Notre objectif sera de rendre l'enseignement professionnel très attractif et très adapté au XXIe siècle. Les pistes de réflexion que nous avons dégagées me rendent optimiste. Si l'enseignement professionnel est assimilé de plus en plus aux grands enjeux de la révolution numérique, de la transition écologique et des savoir-faire à la française, il deviendra cette voie d'excellence que l'on recherche depuis si longtemps. Nous suivrons donc le même calendrier : déclenchement de la réflexion au mois d'octobre, conclusions au début de l'année 2018, pour des résultats opérationnels au cours des années suivantes. Au risque de paraître bien ambitieux, je dirais que c'est un sujet « d'union nationale ». Je pense que grâce à la discussion, à la concertation, en se fondant sur les expériences que nous avons connues, et en s'inspirant de ce qui a réussi dans d'autres pays, nous pourrons servir l'intérêt général et faire bouger les lignes.

Les sujets ne manquent pas et je pourrais développer encore mon propos. Mais mieux vaut laisser du temps à nos échanges. L'important est de voir qu'il y a à la fois une philosophie et une méthode. La philosophie, c'est la confiance, qui débouche sur la volonté de donner plus de liberté aux acteurs, cette liberté étant au service de tous les élèves de France, a fortiori des élèves les plus défavorisés. C'est le sens de plusieurs des mesures dont je viens de parler, aussi bien passées, présentes que futures.

Si j'insiste tant sur les savoirs fondamentaux, c'est pour des raisons non seulement pédagogiques – certes importantes pour moi – mais aussi sociales. Plus nous serons efficaces sur le plan pédagogique – ce qui suppose d'atteindre les objectifs de l'école primaire : savoir lire, écrire, compter et respecter autrui – et plus nous le serons sur le plan social, dans la mesure où ce sont d'abord élèves les plus défavorisés qui en bénéficieront.

2 commentaires :

Le 18/10/2017 à 09:49, Laïc1 a dit :

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" La philosophie, c'est la confiance,"

Plus on fait de philosophie, et moins on a confiance en ses idées et en soi.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Le 27/08/2018 à 08:13, Laïc1 a dit :

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" La philosophie, c'est la confiance,"

Il faut que l'Education nationale se ressaisisse, et cesse de faire la promotion d'un enseignement nocif et destructeur, car formés à partir de raisonnements a priori, c'est-à-dire de raisonnements non pas bâtis sur des faits, mais sur des idées nébuleuses et purement verbales. Que M. Blanquer lise la "phénoménologie de l'esprit" de Hegel, ou encore "L'être et le néant" de Sartre, et qu'il ose venir dire ensuite à l'Assemblée nationale que la philosophie, c'est la confiance.

C'est surtout une belle escroquerie intellectuelle, un produit pure université, qui n'existe que dans, par, et pour l'université, qui n'a pas aucun sens pratique pour la population, laquelle est obligée du coup de penser par elle-même si elle veut penser, ce qui est certes bien d'un certain côté, mais sans aucune reconnaissance officielle de sa pensée, et sans valorisation par débats de cette pensée, puisqu'il n'y a qu'une seule pensée officielle reconnue : ce tissu d'inepties appelé philosophie.

Un penseur tel que Paul Nizan avait d'ailleurs décrit la philosophie comme une ineptie sciemment entretenue par l'ordre bourgeois au pouvoir pour empêcher le peuple de penser. Non contents d'êtres les maîtres de l'argent, les bourgeois devaient aussi être les maîtres de la pensée, d'où l'intérêt de conserver la philosophie comme instrument de répression de la libre pensée, malgré toutes les invraisemblances évidentes constitutives de ce moyen intellectuel de répression intellectuelle.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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