Intervention de Bruno Bilde

Séance en hémicycle du jeudi 6 décembre 2018 à 15h00
Reconnaissance des proches aidants — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBruno Bilde :

C'est une réalité partagée : chaque famille française est aujourd'hui concernée, de près ou de loin, par l'accompagnement d'un proche en situation de dépendance. Notre pays compte actuellement 1,3 million de personnes âgées dépendantes, et ce nombre va inévitablement évoluer dans les prochaines années, à mesure que se poursuit le vieillissement de la population.

Selon l'INSEE, la part de la population de plus de 75 ans devrait augmenter de 72 % d'ici à 2060 ; le nombre de personnes de plus de 85 ans devrait, quant à lui, tripler. La même étude nous apprend que, dans cinquante ans, notre pays pourrait compter 200 000 centenaires, soit treize fois plus qu'aujourd'hui.

À l'énumération de ces quelques chiffres, on comprend aisément pourquoi la prise en charge de la dépendance constitue l'un des défis majeurs de notre société. Cet enjeu de civilisation a été compris et analysé très tôt par le Rassemblement national, qui demandait, dès 2013, un grand débat national. Lors de la campagne présidentielle de 2017, Marine Le Pen s'est engagée à créer une cinquième branche du régime général de la sécurité sociale, dédiée à la dépendance. Elle prévoyait également une analyse approfondie des besoins liés à la dépendance dans tous les domaines, pour être en mesure, à moyen terme, d'adapter les politiques aux évolutions démographiques. Nous ne pouvons que déplorer le temps perdu par les derniers gouvernements, de droite et de gauche, qui se sont désintéressés de la question, par facilité, incompétence ou lâcheté.

En 2011, Nicolas Sarkozy tentait d'expliquer ainsi l'enterrement d'une réforme qu'il s'était pourtant juré de conduire : « Je ne voulais pas le faire alors que la France n'avait pas résolu son problème de déficit. » Aujourd'hui, madame la secrétaire d'État, vous reprenez cette stratégie de communication, qui dissimule un vide sidéral et des promesses toujours trahies. Ce sont non pas les tables rondes, les colloques et les conférences qui vont régler le problème de la dépendance, mais des mesures ambitieuses, assorties de moyens financiers à la hauteur des enjeux. Le quinquennat d'Emmanuel Macron sera jugé aussi sur cette question cruciale.

Cette année, la France consacre seulement 1 % de la richesse nationale au financement public de la dépendance ; c'est très peu. Les dépenses à la charge des familles sont actuellement estimées à environ 7,2 milliards ; elles vont exploser dans les prochaines années, passant à 16 milliards à l'horizon 2060. À l'aune des difficultés croissantes de nos compatriotes, qui s'expriment partout en France au travers des gilets jaunes, ces charges vont devenir insoutenables pour les familles, qui n'auront plus les moyens d'accompagner leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents. L'État ne peut plus faire peser ce lourd fardeau « naturel » sur les épaules des proches aidants.

La présente proposition de loi, adoptée par le Sénat, est ancrée dans la vie quotidienne des 11 millions de proches aidants, qui consacrent chaque jour leur temps, leur énergie et leurs économies à l'accompagnement du dernier âge de ceux qu'ils aiment. Tout ce qui peut favoriser et aider nos compatriotes aidants est à plébisciter. Ainsi, les mesures proposées par la sénatrice Jocelyne Guidez vont dans le bon sens. Oui, il faut rémunérer le congé de proche aidant, actuellement non indemnisé et trop peu utilisé par les salariés. Oui, il faut une meilleure identification des proches aidants. Oui, il faut valoriser l'action de celles et ceux qui contribuent à donner une dimension concrète au beau mot de solidarité.

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