Intervention de Didier Guillaume

Réunion du mardi 11 décembre 2018 à 16h15
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation :

Le parc et le château. Il y a peut-être un coup à jouer. (Sourires.)

Vous avez raison, monsieur Hetzel, et c'est pour cela que je me suis toujours battu quand j'étais parlementaire pour que l'enseignement agricole ne quitte pas le ministère de l'agriculture. Sinon, avec 16 000 agents d'un côté et 1 million de l'autre, on aurait du souci à se faire… Il faut absolument batailler pour garder et développer cet enseignement. En même temps, nous travaillons avec le ministère de l'éducation nationale – j'ai déjà donné quelques exemples sur lesquels je ne vais pas revenir – et avec le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Il y a des coopérations avec les organismes d'enseignement supérieur et de recherche. J'étais encore avec Mme Vidal tout à l'heure, et je vais répondre à la question posée par Mme Hérin. Il existe des passerelles.

Le dossier de Champignelles est le premier que j'ai eu à traiter. C'est un sujet important pour tous les parlementaires de l'Yonne, et vous savez qu'un membre du Gouvernement vient aussi de ce département. Je suis tombé, comme par hasard, sur le maire de cette commune en arrivant au Congrès des maires. C'est un sujet important. Vous savez que le conseil d'administration de l'école a approuvé, le 22 novembre dernier, le transfert de l'activité de production animale de Champignelles vers Maisons-Alfort à la rentrée 2020 – il y avait 27 voix pour, 2 abstentions, 6 voix contre et un vote blanc – ainsi que le transfert de l'activité équine de Maisons-Alfort à Goustranville en Normandie, chez le président Hervé Morin, où est déjà implanté le Centre d'imagerie et de recherche des affections locomotrices équines.

On m'a présenté deux solutions. Ou bien on prenait la décision arbitraire de maintenir l'activité alors que tous les voyants techniques clignotaient - il n'y a pas assez de personnels et le travail de recherche n'est pas suffisamment important - ou bien on essayait une mutation pour garder ce bout de filière, étant entendu, comme je l'ai dit à mes interlocuteurs – sans être forcément très convaincant, je l'avoue humblement – qu'il n'est pas question de laisser le site de Champignelle sans rien. À la rentrée 2020, il y aura donc un déménagement en Normandie et à Maisons-Alfort, et un travail est mené en parallèle par les services du ministère et par le préfet de l'Yonne pour assurer la reconversion de ce site. Il ne s'agissait pas d'un déménagement du territoire ; c'était tout simplement que ce site n'était plus viable et que l'on ne trouvait plus les ressources humaines nécessaires. Par ailleurs, l'élevage aux alentours ne produisait pas suffisamment dans cette région à prédominance céréalière. J'en suis désolé, mais ce que nous faisons est logique et la consigne est de veiller à la reconversion des quatorze personnes concernées.

À Mme Thill, je réponds que nous tâchons au maximum de diversifier les filières ; c'est d'ailleurs avec raison qu'elle a évoqué la dimension internationale de la question. Il faut savoir que notre filière agricole est le champion d'Erasmus + : l'enseignement agricole représente 2 % des élèves en France et 8 % des élèves partant en Erasmus. Il m'a ainsi été donné de voir des jeunes des MFR de la Drôme engagés dans des partenariats avec l'Inde et le Togo par exemple. Cela démontre une grande ouverture d'esprit, et nous devons poursuivre le développement de cette dimension internationale.

C'est à juste titre que Mme Anthoine et M. Reiss ont évoqué les préoccupations du syndicat des Jeunes Agriculteurs sur la complexité accrue des métiers. C'est une réalité, c'est pourquoi je considère que le volet formation dispensé par nos établissements d'enseignement agricole doit être plus important que par le passé.

Afin de tenir compte des évolutions constatées, les référentiels ont été revus afin que les agriculteurs de demain soient de meilleurs techniciens et de meilleurs gestionnaires. Dans le cadre du parcours d'installation, les dotations jeune agriculteur (DJA) comportent d'ailleurs une aide à la formation à la gestion, que nous avons mise en place avec les Jeunes Agriculteurs. La formation à la gestion est indispensable.

Mme Brugnera m'a interrogé sur les relations qu'entretiennent l'éducation nationale et l'enseignement agricole ; ce sujet a déjà été évoqué, c'est pourquoi je n'y reviens pas.

En revanche, je peux lui indiquer qu'un travail important a été mené afin de mieux prendre en compte la place des femmes dans l'agriculture ; une convention a d'ailleurs été passée à cet effet entre Marlène Schiappa et Stéphane Travert au printemps dernier. La place des filles au sein de l'enseignement agricole est importante : elles représentent 51 % des élèves. Cependant leur répartition varie beaucoup en fonction des filières. J'ai ainsi récemment constaté qu'une filière vétérinaire comptait 98 % de femmes contre 2 % d'hommes. Le problème est que lorsqu'on leur demande ce qu'elles veulent faire, les trois quarts des intéressées déclarent souhaiter s'installer comme vétérinaire en ville… La difficulté rencontrée par cette formation est donc réelle : nous manquons aujourd'hui de « vétos » de campagne. Il ne s'agit pas de revenir au modèle d'antan du vétérinaire disponible sept jours sur sept, régulièrement évoqué par Gérard Larcher ; mais un vrai travail reste à conduire sur cette question.

Enfin, nous sommes bien évidemment prêts à répondre aux demandes des agricultrices pour les services de remplacement lors des congés de maternité, ce qui fait l'objet de la convention que j'ai évoquée. Cela est indispensable ; si nous souhaitons conserver des femmes dans l'agriculture, la condition féminine doit impérativement être prise en compte dans la transition sociale. Il n'y a pas que L'Amour est dans le pré : il y a aussi la réalité du terrain…

Madame Cazarian, vous avez évoqué la baisse du nombre d'élèves dans l'enseignement agricole, dont vous avez par ailleurs souligné la qualité, ainsi que le lien entre celui-ci et l'éducation nationale. Je n'ai pas d'élément supplémentaire à apporter à ce sujet ; je partage en tout cas vos appréciations.

Monsieur Kerlogot, je vous confirme que le modèle agricole comme le modèle alimentaire évoluent ; des gens souhaitent manger moins de viande, d'autres souhaitent ne plus en manger, d'autres veulent être végétariens. M. Lejeune a constaté que des établissements scolaires proposent des menus végans ; ces cas doivent nous être signalés. L'expérimentation de distribution de repas végétariens a été décidée dans le cadre de la loi EGALIM, mais pas de repas vegan. À titre personnel, je suis opposé aux repas végans dans les cantines scolaires. Chacun a le droit de faire ce qu'il veut, de manger de la viande ou pas, d'être végan ou végétarien ; mais je me suis toujours opposé aux menus sans porc dans les écoles, car je considère que cette pratique stigmatise les enfants du fait de la religion de leurs parents ou de leurs choix alimentaires, alors que l'offre est suffisamment diversifiée dans les cantines scolaires.

Je demeure partisan de la liberté et du respect des uns et des autres. Vous évoquiez des associations minoritaires avec raison ; mais, si je respecte ceux qui font ces choix alimentaires, je ne peux pas respecter les gens qui mettent le feu à un abattoir. Je ne mets en cause aucune association en particulier, mais un abattoir a bel et bien été incendié dans l'Ain ; des gens qui attaquent les abattoirs, des gens qui entrent dans les élevages, cela n'est pas possible, ce n'est pas la République ! Chacun est bien libre de faire ce qu'il veut, mais personne ne peut imposer à autrui un changement de civilisation.

Un de mes conseillères a dans son portefeuille le dossier du bien-être animal et de la lutte contre la maltraitance. Lorsqu'il s'est agi de fermer l'abattoir du Boischaut, dans l'Indre, je n'ai pas hésité une seule seconde, car des pratiques intolérables y avaient été constatées ; mais je me bats pour ouvrir un abattoir à Rethel, dans les Ardennes, et je ne suis pas sûr d'y parvenir.

Nous n'acceptons pas l'intégrisme : notre filière d'élevage bovin a un rôle et représente des emplois ; c'est une tradition et il faut la développer. J'ajoute que la notion de bien-être animal est désormais intégrée dans nos lois, et partant, dans l'enseignement agricole. Nous ne pouvons plus faire comme avant, et je n'entends pas montrer du doigt ce qui se faisait dans le temps : quand j'étais petit, j'habitais non loin d'un abattoir et il m'est souvent arrivé d'y aller avec mon voisin qui était boucher charcutier. Mais on ne travaille plus de la même façon aujourd'hui, on ne peut plus accepter ce qui était accepté par le passé.

Des gens sont tentés par la transition alimentaire et veulent manger différemment, mais c'est leur problème. De nombreuses mesures ont été adoptées : les diplômes de l'enseignement agricole sont en cours de rénovation ou sont déjà rénovés afin d'y intégrer le bien-être animal, notamment au sein des filières professionnelles ayant vocation à former les agriculteurs de demain. La formation agricole a opéré sa mue, et l'enseignement supérieur offre des programmes spécifiques.

Ainsi AgroSup, qui intègre l'école vétérinaire de Lyon, a ouvert une chaire de bien-être animal qui capitalise les connaissances, dispense des formations et sensibilise les acteurs au bien-être animal. C'est entré dans les moeurs, on ne fera pas machine arrière, il faut aller dans cette direction. Mais cela se fera dans le cadre des lois de la République, sans intégrisme ni sectarisme, en respectant tout le monde ; c'est seulement à cette condition que l'on parviendra à vivre ensemble. Sinon, on aura du mal…

Comment répondre aux besoins d'emplois alors que le nombre des élèves diminue dans l'enseignement agricole ? La question est complexe, monsieur Sorre : globalement la disposition de nos établissements d'enseignement permet de répondre, car le taux de réussite aux examens est très élevé et beaucoup de jeunes sont disponibles sur le marché ; c'est tant mieux, et cela montre qu'il y a une réponse aux besoins. Je n'ai pas de réponse particulière à apporter, si ce n'est qu'en renforçant la communication, nous parviendrons peut-être à créer plus de lien dans les territoires, ce qui pourrait permettre de combler le déficit. Comme aurait dit ma grand-mère, c'est le chat qui se mord la queue…

Vous avez, madame Hérin, évoqué le projet de fusion des trois fleurons de notre enseignement supérieur agricole que sont AgroParisTech, Agrocampus Ouest et Montpellier SupAgro. Mais les choses ont évolué ; pas plus tard que ce midi, avec Mme Vidal, nous avons réorienté notre réflexion à la demande de mon ministère afin d'avancer. L'Institut agronomique, vétérinaire et forestier de France, ex-Agreenium, que vous avez mentionné, s'est beaucoup développé après l'entrée en vigueur de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt ; à sa tête se trouve d'ailleurs une personne de très grande qualité reconnue par l'ensemble du milieu. Toutefois, si Agreenium joue un rôle, il n'en est pas moins au milieu du gué, il faut être attentif à la façon dont évoluent les choses.

Dans le cadre de la fusion de ces trois grandes écoles, l'idée était de tout regrouper au sein de grands organismes et des universités. Mais nous avons reconsidéré la question – c'est tout chaud, après les directeurs des établissements concernés, qui viennent juste d'être prévenus par téléphone, vous êtes les premiers à être informés : notre objectif est de constituer le « high level » de la recherche et de l'enseignement supérieur ; lorsque nous fusionnons l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) avec l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (IRSTEA), c'est pour en faire le référent mondial, alors que l'INRA constitue déjà la référence européenne. Ce sont deux établissements très différents : 10 000 agents pour l'INRA, qui s'intéresse notamment à l'étude des sols, 1 000 pour l'IRSTEA, spécialisé dans les recherches sur les ressources en eau de surface, les systèmes écologiques aquatiques et terrestres, les espaces à dominante rurale, les technologies pour l'eau, les agrosystèmes et la sûreté des aliments.

Pour sa part, AgroParisTech va rejoindre Paris-Saclay Université, qui, par la volonté de l'exécutif et celle de Mme Pécresse, est appelé à devenir le porte-avions, un leader international. Il n'y aura pas d'autres fusions avec d'autres universités ; en revanche nous fusionnons Montpellier SupAgro et Agrocampus Ouest. Ces organismes resteront sur leurs sites, mais ils n'auront plus qu'un seul conseil d'administration afin d'être beaucoup plus efficaces. La nouvelle structure travaillera en relation avec l'université de Montpellier, mais restera un établissement d'enseignement agronomique supérieur reconnu ; c'est un changement matriciel. La commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale est donc la première informée de cette évolution ; si vous étiez déjà au courant, c'est qu'il y aura eu des fuites…

Avec cette réforme, nous avons atteint l'équilibre, chacun doit s'y retrouver et il ne faut pas que les uns l'emportent sur les autres ; lorsque l'on échange avec de grandes universités étrangères, il est préférable de parler de Paris-Saclay Université que de tel ou tel organisme intermédiaire.

M. Reiss s'est inquiété de savoir si la réforme du bac général ne risquerait pas de faire perdre sa spécificité à l'enseignement agricole ; avec les CFA, nous parviendrons à former tous les élèves, ce qui ne me semble pas possible avec le seul bac général.

À Mme Calvez, qui semble bien connaître la question, je réponds que nos écoles constituent déjà des mini-campus, mais je vois bien que cette réponse ne la satisfait pas. Nous avons 192 sites, avec des exploitations, de la formation pour adulte, des CFA : pour nous, ce sont bien des mini-campus ; et nous étudions avec le ministère de l'éducation nationale la mise en réseau de leurs campus et de nos mini-campus. Ce n'est pas la réponse que vous attendiez, madame Calvez, mais c'est celle que je vous fais…

3 commentaires :

Le 03/01/2019 à 16:51, Laïc1 a dit :

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" mais je me suis toujours opposé aux menus sans porc dans les écoles, car je considère que cette pratique stigmatise les enfants du fait de la religion de leurs parents ou de leurs choix alimentaires,"

Cela signifie-t-il que M. est opposé aux doubles menus religieux dans les écoles ?

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Le 03/01/2019 à 16:54, Laïc1 a dit :

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"Nous n'acceptons pas l'intégrisme : notre filière d'élevage bovin a un rôle et représente des emplois "

Et que dire de l'élevage porcin ? Cet intégrisme qui refuse le porc dans nos cantines scolaires, qui va chercher le porc jusque dans les mousses au chocolat, c'est cela que les vrais républicains refusent opiniâtrement.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Le 03/01/2019 à 17:00, Laïc1 a dit :

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" J'ajoute que la notion de bien-être animal est désormais intégrée dans nos lois, et partant, dans l'enseignement agricole. Nous ne pouvons plus faire comme avant, et je n'entends pas montrer du doigt ce qui se faisait dans le temps : quand j'étais petit, j'habitais non loin d'un abattoir et il m'est souvent arrivé d'y aller avec mon voisin qui était boucher charcutier. Mais on ne travaille plus de la même façon aujourd'hui, on ne peut plus accepter ce qui était accepté par le passé."

Que M. aille faire un tour dans les abattoirs halal ou casher, il sera édifié. On dénonce partout la souffrance animale, ou nulle part. Les exceptions religieuses sont interdites par la laïcité. L'étourdissement animal préalable est obligatoire, point final.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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