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Intervention de Anne Genetet

Réunion du jeudi 22 novembre 2018 à 10h00
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAnne Genetet, députée, rapporteure :

- Je voudrais rappeler que l'objectif de cette note était strictement scientifique, et non politique. La difficulté que j'ai rencontrée dans ce travail était de disposer de références scientifiques de qualité. Le paradoxe est qu'on a beau rencontrer des chercheurs et les interroger, quand on leur demande de sourcer leurs affirmations, ce n'est pas toujours aussi évident que l'on pourrait s'y attendre.

En tout état de cause, lorsque j'évoque par exemple l'importance de la rentabilité financière ou des rendements, il ne s'agit nullement de porter un jugement de valeur positif, je ne vise que des données et des faits. C'est la stricte réalité scientifique. Cette très forte rentabilité est bien réelle et documentée.

Je rappellerai rapidement que l'huile de palme est un produit qui a des qualités intrinsèques particulières, lesquelles expliquent sa présence forte et croissante dans le monde entier. Là aussi, cela n'est pas un jugement de valeur, mais une réalité. Ses propriétés physiques, chimiques, rhéologiques, font qu'elle a trouvé dans l'alimentation une place qu'aucun autre aliment n'occupait, sauf peut-être le beurre avec sans doute plus de risques pour la santé que l'acide palmitique contenu dans l'huile de palme, pour un coût supérieur, et en plus avec d'éventuels problèmes de disponibilité, qui sont apparus il y a quelque temps.

Les données de rendement sont variables en fonction du type de culture. De plus, cette culture est extrêmement concentrée géographiquement, en particulier sur des zones de forêts primaires qui aujourd'hui ont été détruites. 45 % des plantations actuelles de palmiers à huile se trouvent sur des parcelles de terre qui en 1989 étaient encore des forêts primaires, alors qu'il faut cinq à sept siècles pour les reconstituer. Cette forêt primaire est donc, hélas, quasiment perdue.

En même temps, il faut aussi avoir à l'esprit, pour citer quelques chiffres, que la culture du palmier à huile ne représente que 6,6 % de la surface des oléagineux cultivés dans le monde pour presque 40 % de la production totale d'huile végétale.

Pour résumer la note, j'ai souligné les propriétés de l'huile de palme, et décrit les surfaces utilisées avec de réelles difficultés pour chiffrer, mesurer, avoir des données sourcées sur l'impact environnemental. La dimension environnementale doit être prise au sens large, en prenant en compte les populations locales. On manque d'études publiées sur ces sujets et on voit bien que les pays producteurs n'ont pas les ressources financières pour mettre en place des outils scientifiques de surveillance, d'évaluation, et donc de contrôle. Je pense que nous avons un rôle à jouer en la matière et qu'il faut y réfléchir. Nous y avons un intérêt collectif réel, car les impacts environnementaux sont certains.

J'ajouterai qu'un point a attiré mon attention : la révision de la directive européenne récemment adoptée souhaite prendre en compte le critère du CASI (changement d'affectation des sols indirect), avec une modulation entre impact faible, modéré ou fort. La définition des critères serait fixée en fonction des meilleures données scientifiques disponibles, ce qui me semble assez flou. Une réflexion est à mener sur les critères précis de cette évaluation du changement d'affection des sols indirect.

À titre plus personnel, l'élaboration de cette note m'a fait me poser beaucoup de questions sur la notion de biocarburant qui reste un carburant pour moteur thermique, avec des émissions de dioxyde de carbone. Qu'on y mette 5 %, 10 %, d'huile de palme, d'éthanol, cela ne change pas le fait qu'il s'agit toujours d'un moteur thermique et, à mon avis, cela ne répond fondamentalement pas au problème des émissions de gaz à effet de serre.

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