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Intervention de Anne-Christine Lang

Séance en hémicycle du lundi 11 février 2019 à 16h00
Pour une école de la confiance — Présentation

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAnne-Christine Lang, rapporteure de la commission des affaires culturelles et de l'éducation :

Dans ce contexte, j'ai la conviction qu'il est indispensable de tout mettre en oeuvre pour renouveler le pacte de confiance entre les acteurs et de renforcer le contrat passé entre la nation et son école.

La confiance, c'est d'abord celle que chaque famille doit pouvoir placer dans l'école. C'est la promesse républicaine de l'égalité des chances. C'est pourquoi nous voulons abaisser à 3 ans l'âge de l'instruction obligatoire pour mettre, dans notre pays, tous les enfants sur la même ligne de départ. Car, nous le savons, notre système éducatif est l'un des plus inégalitaires au monde. Les causes, nous les connaissons : ce sont souvent les inégalités précoces, qui s'installent dès le plus jeune âge. Certains nous demandent de renoncer à cette disposition qui, à les en croire, ne servirait à rien, sous prétexte que plus de 97 % des enfants sont déjà scolarisés entre 3 et 6 ans. Nous estimons, pour notre part, que 26 000 élèves éloignés de l'école, ce n'est pas rien, surtout lorsqu'on sait que ce sont les plus défavorisés.

Au-delà, ce que nous voulons, c'est conforter, renforcer, consacrer l'école maternelle. Il faut prendre la maternelle au sérieux et en faire l'école de l'épanouissement et du langage, autrement dit le fer de lance dans la lutte contre les inégalités. Parce qu'elle vient parachever l'oeuvre républicaine initiée par Jules Ferry en 1882, poursuivie par Jean Zay en 1936 et par le général de Gaulle en 1959, la loi « pour une école de la confiance » est bien une réforme de justice sociale.

Pouvons-nous aller plus loin ? Une récente étude de l'INED – Institut national d'études démographiques – confirme l'importance des inégalités dès la petite enfance et nous alerte sur celles qui frappent les enfants les plus pauvres avant même la maternelle. Dans la même perspective, le plan pauvreté préconise une prise en charge globale des enfants de 0 à 6 ans et l'édification de passerelles entre le monde de la petite enfance et celui de l'école, alors que la scission institutionnelle entre ces deux mondes est un obstacle à la prise en charge en continu des enfants et de leur famille. Je proposerai des amendements visant à poser les premières pierres de ce chantier qui, me semble-t-il, est encore devant nous.

La confiance, c'est aussi celle que nous voulons accorder aux acteurs de terrain, aux personnels, aux élèves et à leur famille, aux maires, aux associations et à tous ceux qui s'engagent au quotidien pour l'avenir de nos jeunes, et donc pour celui du pays.

Il faut tout d'abord faire confiance aux enseignants qui, jour après jour et dans des conditions parfois difficiles, oeuvrent à l'éducation de nos enfants : c'est sur eux que tout repose – sur leur dévouement et sur leur professionnalisme qui, je n'ai pas peur de le dire, sont bien souvent exemplaires. C'est cet engagement que vise à reconnaître l'article 1er, lequel entend aussi rappeler le respect dû aux enseignants. Il est intolérable, par exemple, de voir des enseignants agressés en tant que tels, comme ce fut encore le cas la semaine dernière à Grenoble et à Béziers. En outre, ce texte leur offre plus de liberté pour innover et expérimenter, car ce sont eux qui connaissent les solutions les plus adaptées aux besoins des élèves. Le texte prévoit aussi de réformer la formation des enseignants, afin que celle-ci réponde pleinement, en termes de qualité et de contenu, à leurs attentes et à leurs exigences.

Il nous faut aussi faire confiance aux parents, qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants, et en faire des membres à part entière de la communauté éducative, plus que ce n'est le cas actuellement. L'école gagnerait à davantage s'appuyer sur eux et à nouer, entre adultes, une relation de confiance au bénéfice de l'enfant. Ce texte leur permettra de s'impliquer davantage, et ce, dès les premières années – c'est là tout l'enjeu. En outre, lors de la phase d'évaluation, et surtout d'autoévaluation, les parents auront eux aussi leur mot à dire sur la vie de leurs enfants à l'école. Nous avons également souhaité ouvrir le champ des expérimentations à la relation unissant l'école aux parents, afin de laisser les communautés éducatives inventer de nouveaux modes de participation des parents à la vie des établissements.

Il nous faut enfin faire confiance aux élèves, qui sont souvent les grands oubliés des textes sur l'éducation, alors que ce sont les premiers concernés. Sans démagogie et sans chercher à vouloir à tout prix parler en leur nom, il faut leur permettre de prendre une place plus active dans la vie de l'établissement. Ils demandent qu'on les écoute, qu'on leur donne voix au chapitre sur leurs conditions de vie et d'étude au sein d'un établissement où ils passent le plus clair de leur temps. C'est pourquoi j'ai souhaité, par un amendement déposé en commission, que soit organisée dans tous les établissements, pendant la phase d'autoévaluation de ces derniers, une consultation de l'ensemble des élèves.

Il me semble d'autant plus indispensable de réaffirmer l'importance de la notion de confiance qu'on observe aujourd'hui, bien au-delà de l'école, une grande défiance à l'égard tant des institutions que des paroles officielles et de tout détenteur d'une autorité. Je le dis avec une certaine solennité : nous qui sommes, à un titre ou à un autre, engagés sur les questions d'éducation, nous avons une responsabilité individuelle et collective à l'égard de notre jeunesse. Il nous faut faire preuve de discernement dans nos prises de position et veiller à ne pas participer à la propagation de la défiance à l'ère du soupçon généralisé.

Revenons par exemple sur la polémique qui est née de l'article 1er. Je comprends naturellement l'attachement des enseignants à leur liberté d'expression, et je le partage. Mais quand le Conseil d'État énonce, dans son avis, que cet article n'a pas de portée normative directe, quand le ministre s'engage, devant les députés, à ce qu'il ne serve pas à sanctionner les personnels, quand nous-mêmes votons en commission un amendement visant à rappeler qu'il n'instaure aucune obligation nouvelle, …

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