Intervention de Jean-Michel Blanquer

Séance en hémicycle du mardi 12 février 2019 à 15h00
Pour une école de la confiance — Après l'article 1er

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse :

Je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet, y compris en commission, en m'appuyant en particulier sur mon expérience comme recteur de Guyane. J'ai en effet constaté les bienfaits de ce que l'on appelle l'uniforme, c'est-à-dire une tenue qui peut varier d'un établissement à l'autre, mais qui crée une identité commune et permet de gommer les différences, avec les vertus qui ont été énumérées et dont je suis tout à fait conscient. J'ai souvent encouragé cette évolution, et je continue à le faire.

Cela étant, je souscris aux arguments de Mme la rapporteure, qui sont les miens depuis toujours : je pense qu'il serait contreproductif et peu adaptée d'imposer de manière uniforme – c'est le cas de le dire ! – une tenue à l'échelle nationale. Par contre, il faut en ouvrir la possibilité aux établissements. C'est pourquoi je suis d'accord avec l'amendement de Mme Brenier, mais que je considère comme déjà satisfait. Ainsi, au sein de l'internat d'excellence de Sourdun, la communauté éducative s'est saisie du sujet et a voté en ce sens. Comme je l'ai dit en commission, les élèves en sont fiers aujourd'hui. Il faut examiner la question sérieusement, sachant que cette appropriation par les élèves mais aussi par leurs parents est un élément éducatif essentiel.

Bien entendu, il y a également une dimension sociale, qui a été évoquée : le port d'un uniforme peut permettre de gommer les différences sociales, face à la course aux vêtements de marque qui malheureusement caractérise souvent nos sociétés. Mais il y a aussi une dimension financière, puisque cette mesure suppose évidemment de prévoir les modes de financement des uniformes. Cela peut être décidé établissement par établissement, sur la base des fonds sociaux ou encore de la participation volontaire des collectivités locales. Mais si nous prenions une disposition législative, je vois d'ici les oppositions qui s'exprimeraient sur l'aggravation des dépenses pour les collectivités locales, sollicitées par les familles.

Bref, tous les sujets de ce type nécessitent un grand pragmatisme au niveau local. Je tiens à redire à quel point je suis favorable aux initiatives allant dans ce sens. Je sais qu'à la rentrée prochaine, il y en aura encore de nouvelles. Faisons confiance aux vertus, déjà démontrées, des expérimentations. Si l'uniforme s'avère déjà une bonne expérience pour des établissements, ce devrait être contagieux pour les autres. C'est la meilleure manière de défendre cette idée. Voilà pourquoi j'émets un avis défavorable sur ces amendements, même si je demeure convaincu que le port de l'uniforme continuera à se développer dans notre pays comme dans un grand nombre d'autres.

1 commentaire :

Le 23/02/2019 à 15:17, Laïc1 a dit :

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" le port d'un uniforme peut permettre de gommer les différences sociales, face à la course aux vêtements de marque qui malheureusement caractérise souvent nos sociétés."

Vous n'avez qu'à interdire la société de consommation si vous ne voulez pas que les enfants portent des marques.

De toute façon, les marques ne sont qu'un prétexte pour uniformiser l'apparence des enfants, rendre tout le monde pareil, pour mieux nier le droit à la différence que l'école prétend promouvoir mais qu'il ne fait que combattre dans les faits.

Et puis les marques n'existent que dans les quartiers aisés : dans les quartiers pauvres, dans les REP +, il n'y a pas de marque, car les parents ne sont suffisamment aisés (quoique certains aient beaucoup d'argent jusque dans les REP +) pour que leurs enfants aillent avec des marques à l'école. Et c'est précisément dans ces quartiers pauvres que la droite et ses alliés d'extrême droite veulent en priorité instaurer les uniformes.

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