Intervention de Jean-Michel Blanquer

Séance en hémicycle du vendredi 15 février 2019 à 9h30
Pour une école de la confiance — Article 6 quater

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse :

Vous avez envie, on le voit bien, de glisser vers des arguments qui n'ont pas lieu d'être et portent sur un sujet tout autre, alors même que ce gouvernement, j'y insiste, démontre son soutien à l'école primaire rurale.

Nous n'avons aucunement l'intention d'affaiblir l'école primaire rurale, tout au contraire. J'aimerais que l'on ne se trompe pas de débat. Oui, il faut défendre l'école primaire rurale. On le fera d'abord et avant tout par le renouveau démographique, c'est l'élément structurel, et on y arrivera d'autant mieux que l'on aura créé une école primaire rurale attractive. C'est ce que je m'efforce de faire en tenant un discours volontariste et optimiste sur les écoles primaires rurales, en allant les visiter, en expliquant, comme l'un d'entre vous l'a dit, qu'une école primaire à classe unique peut très bien réussir et être attractive, de même que des regroupements pédagogiques réussissent et sont attractifs. Il faut faire preuve d'un très grand pragmatisme sur le terrain pour identifier les solutions adéquates.

Notre volonté s'exprime notamment par les contrats départementaux de ruralité, processus lancé par le gouvernement précédent et que nous accentuons. Dans ces contrats, nous détaillons une stratégie qui vise précisément à aider l'école rurale. Depuis dix-huit mois, nous y avons ajouté une dimension qualitative beaucoup plus affirmée, et nous allons très vraisemblablement l'accentuer encore dans les temps qui viennent, notamment pour garantir la cohérence de l'action en matière de services publics de proximité. Telle est notre intention, et il n'y en a pas d'autre. Il ne sert donc à rien d'essayer de faire peur aux gens en disant que nous faisons autre chose que ce que nous voulons faire.

Maintenant que j'ai établi de manière claire, nette et précise que nous défendons l'école primaire rurale, à quoi sert l'article 6 quater ? Quelle est notre intention avec cet article ?

Il y a, c'est vrai, une filiation. Il arrive parfois que des parents renient leur progéniture, notamment dans le monde politique et syndical. Que chacun prenne ses responsabilités. Pour ma part, je sais lire depuis plusieurs décennies, et j'ai lu, au cours de ces décennies, les papiers de nombreuses personnes qui plaidaient en faveur de ce que nous sommes en train de réaliser. D'ailleurs, elles regrettaient souvent que personne n'ait le courage de le faire. Pourtant, au moment où quelqu'un a le courage de le faire, elles ne l'ont pas. Chacun est libre de juger, en conscience, ce qu'il en est.

Une réflexion très approfondie sur ces questions a donc été menée en France depuis plusieurs décennies. Elle a abouti en particulier à la notion de socle commun de connaissances, de compétences et de culture, aujourd'hui consacrée dans le code de l'éducation. Il en découle une certaine vision de la vie de l'enfant et de l'adolescent : on considère qu'il y a une première partie de la vie, qui correspond à l'école primaire et au collège, c'est-à-dire à la scolarité obligatoire, pendant laquelle on doit donner aux enfants les éléments essentiels qui leur permettront ensuite de vivre leur vie scolaire et leur vie tout court.

Cela implique qu'il y ait une certaine unité de la vision pédagogique et éducative de ce qui se passe à l'école primaire et de ce qui se passe au collège, mais aussi une certaine cohérence et un certain continuum entre l'école primaire et le collège. Il ne s'agit pas de confondre les deux – il y a bien une spécificité de l'école primaire, je le dis en permanence, et une spécificité du collège, bien entendu – , mais nous devons chercher des continuums, faire en sorte qu'il n'y ait pas de trou d'air entre le CM2 et la sixième.

Comme vous l'avez rappelé, monsieur Juanico, de nombreuses initiatives ont été prises en ce sens. Nous ne faisons qu'approfondir le sillon. Nous ne partons pas de zéro : nous avons une certaine expérience. Les lycées français à l'étranger – on considère souvent qu'ils réussissent très bien – et les EPLEI, que nous avons évoqués tout à l'heure, créent un tel continuum.

Nous ne voulons pas imposer de plan en la matière. D'ailleurs, si notre idée cachée était d'affaiblir les écoles primaires rurales, le dispositif serait imposé. Or ce n'est pas du tout le cas : nous fournissons un élément supplémentaire dans la boîte à outils dont disposent les acteurs, pour réaliser des choses qui ont bien réussi, on l'a constaté, dans certains endroits.

En réalité, les regroupements d'écoles et de collèges ont déjà été expérimentés, aussi bien en milieu rural qu'en milieu urbain, et nous savons quel a été leur impact. En milieu rural, un tel regroupement peut précisément contribuer à sauver une école ou un collège. Néanmoins, il faut dire les choses : du point de vue pédagogique, l'école primaire rurale réussit mieux que la moyenne, mais le collège rural réussit moins bien que la moyenne. Si l'on veut maintenir non seulement des écoles primaires rurales mais aussi des collèges ruraux, il faut des effets de masse critique, dans certains endroits.

1 commentaire :

Le 21/06/2019 à 13:08, Laïc1 a dit :

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"faire en sorte qu'il n'y ait pas de trou d'air entre le CM2 et la sixième."

M. Blanquer devrait lire les programmes du CE2 à la 6ème, et il verrait que dans tous les domaines, notamment en maths et en français, ce sont les mêmes thèmes qui y sont développés. Donc de trou d'air, il n'y a pas, il n'y a pas vraiment de progression, plutôt du vrai sur-place.

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