Intervention de Franck Riester

Réunion du mercredi 21 novembre 2018 à 16h30
Délégation aux outre-mer

Franck Riester, ministre de la culture :

Concernant l'inscription des yoles martiniquaises au Patrimoine mondial de l'UNESCO, vous le savez mais je voulais le redire, le dossier de candidature est l'une des six candidatures françaises en cours d'instruction par les services au titre du Patrimoine culturel immatériel. Je rappelle que l'UNESCO permet l'inscription d'un dossier national, pour la France, tous les deux ans.

Le dossier martiniquais porte sur l'inscription au Registre des bonnes pratiques de sauvegarde de l'Unesco. Un autre dossier sur les six accompagnés en 2017 et 2018 concerne aussi les outre-mer. Ils sont donc potentiellement deux sur six. Ce dernier concerne la reconnaissance du ori Tahiti, danse de Tahiti et de l'archipel de la Société. Alors, madame Sage, vous ne m'avez pas fait de démonstration d'ori Tahiti, mais j'y compte bien, prochainement et avec grand plaisir, si je me rends en Polynésie – ou pas, d'ailleurs, car la démonstration peut aussi se faire ici, à Paris ! (Sourires.)

Son inscription est donc proposée à inscription sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Le comité du patrimoine ethnologique et immatériel (CPEI) rendra un avis sur ces deux dossiers, entre autres, vendredi 23 novembre. Il s'agit d'un avis obligatoire, préalable à la décision ministérielle de transmission à l'UNESCO. Sachant que la pratique de la yole de Martinique a d'ores et déjà fait l'objet d'une inscription à l'Inventaire français en juin 2018, il s'agit bien évidemment d'un dossier que je suis et que je vais continuer de suivre de près, tout comme celui concernant la Polynésie. Je vous tiendrai informés de la suite donnée à ces dossiers.

Monsieur Adam, les spécificités importantes de la Guyane doivent conduire à y modifier et adapter la politique de l'État en matière culturelle. Parmi les expériences et initiatives que je trouvais assez remarquables, et dont je parlais précédemment, je citerai les bibliothèques, les bibliobus. Je ne sais pas où cela en est, nous devrons en reparler. Vous m'avez proposé tout à l'heure dans l'hémicycle que nous puissions en discuter prochainement afin que je sache où cela en est, comment les aider et les accompagner davantage, si cela se révèle nécessaire. Des projets sont lancés à Saint-Georges-de-l'Oyapock, à Mana, à Saint-Laurent-du-Maroni, à Kourou. Je pense vraiment qu'il faut adapter ces dispositifs : la bibliothèque est souvent la tête de proue de la culture pour nos compatriotes, partout. Nous devons donc mettre en place des dispositifs et accompagner les collectivités dans ces dispositifs particuliers, bien spécifiques.

Je pense au festival Mapa buku Festi qui a été, en 2018, l'occasion pour la bibliothèque municipale de Maripasoula d'emmener en pirogue pendant quatre jours une dizaine de dessinateurs de bandes dessinées dans les villages amérindiens du Haut-Maroni, où ont été organisés de nombreux ateliers. Vous devez connaître cela par coeur. Il ne faut pas ce soit anecdotique, mais je pense que cela ne l'est pas. Je suis vraiment demandeur de vous appuyer et d'appuyer les collectivités sur d'autres projets de ce type, en travaillant en contractualisation entre l'État et les collectivités. Un dispositif existe déjà : le contrat territoire-lecture. Il a été relancé en 2017 avec Saint-Georges-de-l'Oyapock. À mon avis, il faut poursuivre ces contrats à l'avenir si vous pensez que c'est le meilleur dispositif.

Plus largement, à propos du Pass culture, il est vrai que, dès lors que se posent des questions de fracture numérique, l'application pose problème dans la mesure où il s'agit d'une application numérique. Mais c'est justement pour cela que le choix a été fait de la Guyane, afin que nous soyons confrontés à des problèmes auxquels on ne pense pas forcément à Paris, à des problèmes d'accès numérique et d'accès aux contenus culturels.

Chère Frédérique Dumas, effectivement, pour pouvoir utiliser les 500 euros mis à disposition des jeunes, encore faut-il avoir des offres culturelles à proximité et, pour cela, il faut trouver des dispositifs spécifiques et il ne faut pas que pour avoir l'information, la seule possibilité soit internet. Mais c'est tout l'intérêt de l'expérimentation faite en Guyane. Je suis très preneur d'échanges avec vous sur le sujet et je souhaite que l'équipe du Pass culture puisse travailler avec vous pour adapter celui-ci aux spécificités de la Guyane et, plus largement, aux territoires ultramarins.

Par ailleurs, je pense que nous pouvons partager le constat – et vous l'avez dit, d'une certaine façon – que la réponse apportée par France Ô n'était pas à la hauteur de l'ambition que l'on peut avoir. Je suis pour ma part convaincu que, même s'il y a moins de chaînes, il est possible d'avoir une présence plus forte de l'outre-mer dans les programmes de France Télévisions et de Radio France. Les efforts sont faits spécifiquement pour Radio France, mais il doit être possible également de faire bien mieux au niveau de France Télévisions. C'est un enjeu majeur pour nous.

Plus largement, madame Pau-Langevin, c'est l'objectif de la diversité qui est associé à cet enjeu. Croyez-moi, je suis intimement convaincu de la nécessité de faire en sorte que la culture et les politiques culturelles soient des moyens pour que notre République soit davantage en paix avec sa diversité et pour que chaque citoyen, quels que soient son histoire, son parcours et l'endroit où il vit, dans l'Hexagone ou bien outre-mer, puisse se sentir un citoyen comme un autre, considéré et respecté comme un autre, visible comme un autre. L'audiovisuel public est un levier exceptionnel pour cela. Soyez convaincue lorsque j'affirme que je mettrai toute mon énergie pour que, concrètement, les choses changent en la matière.

Pour revenir sur le Pass culture, celui-ci sera expérimenté et il faudra qu'il puisse être utilisé y compris dans les zones dites « blanches », où l'accès numérique est difficile. Car, à terme, l'objectif est de ne plus avoir de zones blanches. Ce sera sans doute très compliqué dans certains territoires. L'accès au très haut débit doit être possible pour toutes et pour tous ; c'est un engagement très fort de l'État, un engagement qui est souvent relayé par les collectivités territoriales, tant dans l'Hexagone qu'en outre-mer. Il n'est donc pas question de faire le Pass culture sans application parce qu'il n'y aurait pas d'accès numérique. Cette application est une bonne application ; nous verrons après l'expérimentation si ce que l'on imagine se conclut vraiment, si ce Pass culture est perçu comme un outil qui trouve ses publics et si cette application est utilisée de façon pertinente par les jeunes. Cela reste à démontrer mais on ne peut, en tout cas, censurer préalablement cet outil au prétexte que certaines zones ne sont pas desservies. Mieux vaut se battre pour qu'il y ait de moins en moins de zones qui ne soient pas desservies par le numérique.

Puis, il est vrai que dans un certain nombre de cas, il faut trouver des dispositifs parallèles pour informer les jeunes sur les différentes offres culturelles et veiller à ce qu'il y ait le maximum d'offres culturelles partout. C'est ce dont nous avons parlé précédemment.

Concernant la diversité, je vous en ai dit un mot avec beaucoup de force, et je suis vraiment convaincu de ce que j'ai dit.

Le nom de Maryse Condé, cela m'évoquait quelque chose. On me dit effectivement que nous avons publié un communiqué de presse félicitant Mme Condé pour cette récompense amplement méritée. Peut-être la nouvelle n'a-t-elle pas été suffisamment relayée, vous avez raison. Il faudra peut-être aller plus loin. Je suis tout disposé à réfléchir avec vous aux voies et moyens pour y parvenir.

Pour ce qui est de la Cité des outre-mer, tout d'abord, je vais entrer plus avant dans le dossier. Il est vrai que je n'ai pas étudié en détail ce qu'était le projet… les projets, puisque vous dites que cela dure depuis vingt ans. Nous en avons, en effet, entendu parler en commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Mais je vais examiner la question très précisément pour avoir un avis plus affûté. Je peux d'ores et déjà vous dire en tout cas, que l'idée d'une Cité des outre-mer qui s'entende autour d'un dispositif numérique ne me paraît pas devoir être mise de côté. Aujourd'hui, le numérique, internet, les réseaux sociaux sont des espaces publics où les jeunes vont beaucoup – et pas seulement les jeunes ! Parfois, mieux vaut mettre beaucoup de moyens dans le numérique plutôt que de mobiliser des moyens lourds pour des lieux ou des sites qui, en termes de fréquentation, ne sont pas à la hauteur de ce qu'on pourrait obtenir, à budget égal, avec le numérique.

Je vais donc étudier le dossier de près et je vous en reparlerai. Je suis tout disposé à organiser une réunion au ministère pour traiter spécifiquement de cette question, avec celles et ceux d'entre vous qui seraient intéressés afin que nous ayons une belle ambition autour de ce projet.

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