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Intervention de Philippe Boucly

Réunion du jeudi 24 janvier 2019 à 9h30
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Philippe Boucly, président de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible (AFHYPAC) :

L'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible (AFHYPAC) compte 120 membres, dont une vingtaine de grands groupes, une soixantaine de PME-PMI et des centres de recherche dont la fédération FCLAB, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ou le CNRS. Notre spécificité réside par ailleurs dans la présence en notre sein de collectivités territoriales, puisqu'à ce jour neuf régions sont adhérentes de l'AFHYPAC.

L'hydrogène est la clé de voûte de la transition énergétique, car il permet d'intégrer dans les réseaux d'énergie les énergies renouvelables, par essence variables, et ce faisant de les valoriser. Il s'agit, à notre connaissance, du seul moyen d'envergure permettant de stocker de grandes quantités, dans la durée. Cela permet également, comme nous l'avions montré dans une étude prospective menée en amont du plan national hydrogène et publiée début 2018, de décarboner l'ensemble des secteurs d'activité. Cette étude avait permis de mettre en lumière le fait qu'à l'horizon 2050, l'hydrogène pourrait représenter 20 % de la consommation finale d'énergie et contribuer à réduire les émissions de dioxyde de carbone de 55 millions de tonnes, c'est-à-dire de parcourir environ un tiers du chemin entre un scénario de référence de type business as usual et un scénario de type « Accord de Paris ». Nous ne nous sommes en effet pas placés dans l'objectif de neutralité carbone en 2050 affiché par le Gouvernement, mais plutôt dans la perspective de l'Accord de Paris.

La France dispose, en matière d'hydrogène, d'une filière dynamique, dont les acteurs sont présents sur toute la chaîne de valeur. Parmi les grands groupes adhérant à l'AFHYPAC, figurent notamment Total, EDF, Engie, Air liquide, la SNCF, la RATP, Keolis, Transdev, Faurecia, Plastic Omnium et Michelin. Nous comptons également, comme je le mentionnais en introduction, une soixantaine de petites et moyennes entreprises (PME) et petites et moyennes industries (PMI), ainsi que plusieurs collectivités engagées. Les territoires sont extrêmement motivés par le développement de l'hydrogène, qui pourrait leur permettre de répondre aux problématiques de qualité de l'air, de déchets, d'emploi, de bruit, etc. Nous avons publié il y a deux ans une plaquette énumérant l'ensemble des projets à l'oeuvre dans les territoires.

Notre objectif est de consolider une filière française de l'hydrogène compétitive. Nous nous heurtons toutefois, ainsi que le laisse entendre le titre de la réunion de ce jour, à divers freins. Nous sommes ainsi confrontés à des modes de soutien inadaptés, ainsi qu'à une absence de suivi des objectifs ou de leurs modalités d'atteinte.

Les technologies de l'hydrogène sont matures : la France compte un grand nombre de démonstrateurs, comme le montre la plaquette à laquelle je faisais précédemment référence. Elles sont toutefois encore émergentes, donc coûteuses, et soumises à ce que les économistes qualifient de « traversée de la vallée de la mort ». Or il n'existe pas à ce jour de véritable schéma pour couvrir par exemple le risque de faible utilisation des équipements au cours de la période de montée en régime. Une station de recharge hydrogène ne devient en effet rentable qu'à partir d'un taux d'utilisation d'au moins 70 %, ce qui est rarement le cas lors de son implantation. Cette difficulté se rencontre dans de nombreux autres domaines, dépourvus également de schéma permettant de « dérisquer » l'activité.

La situation évolue toutefois, puisque la banque des territoires, la Caisse des dépôts, réfléchit à la mise en oeuvre de ce type de moyens ; ce n'est toutefois pas encore effectif. Le rapport Canfin-Zaouati évoque par ailleurs la création de France Transition, susceptible d'intervenir également en ce sens. Il convient en outre de signaler l'existence, dans certains cas, d'avances remboursables. Ce n'est toutefois pas un réel soutien pour les PME-PMI, dans la mesure où ces fonds sont considérés comme une dette.

Nous observons en outre un manque de visibilité dans le temps des dispositifs de soutien. Ainsi, les bonus pour les véhicules propres sont annuels. Le plan national hydrogène, s'il a le mérite d'exister, n'apporte pas non plus d'éléments de visibilité à long terme. Nous avions, lors de la préparation de ce plan, milité pour que le soutien de 100 millions d'euros s'effectue sur une période de cinq ans, soit 500 millions au total, proposition qui n'a finalement pas été retenue. Le jour du lancement de ce plan, le ministre avait indiqué que le plan de soutien à la filière hydrogène s'élevait à 100 millions d'euros par an. Renseignements pris, 50 millions d'euros devaient provenir du programme d'investissements d'avenir (PIA) et 50 autres millions de l'ADEME. Nous avons alors contacté l'ADEME, qui nous a indiqué que 20 millions d'euros seraient débloqués en 2019, 20 millions en 2020 et 10 millions en 2021, ce qui ne correspondait pas aux annonces. Il s'avère que le budget de l'ADEME, que nous avons consulté, a augmenté pour le fonds « Chaleur », ce qui est très bien, et que les montants concernant l'hydrogène figurent dans la ligne air-mobilité, qui est certes passée de 20 à 30 millions d'euros, mais qui couvre tous les sujets de mobilité propre. À ce jour, je ne suis par conséquent pas en capacité de vous dire quel montant sera consacré au soutien du développement de l'hydrogène en 2019. Cela nous semble relativement grave, dans la mesure où l'ADEME a lancé dans le même temps son premier volet des appels à projets pour la mobilité, avec un fort écho puisque nous avons déjà reçu 24 projets, sachant que l'appel compte trois échéances, les 11 janvier, 3 mai et 8 novembre. J'ignore comment tout cela va être financé.

Le plan national hydrogène affiche par ailleurs un certain nombre d'objectifs, repris dans la présentation de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Comment les atteindre ? J'ai été désagréablement surpris d'entendre Mme Vieillefosse préciser que ces objectifs étaient indicatifs : il est en effet difficile d'atteindre une cible mobile ! Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, des dispositifs tels qu'une obligation pour les fournisseurs d'intégrer du gaz propre ? La France entend être un leader de la transition énergétique, mais ne soutient pas véritablement son industrie.

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