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Intervention de Marc Jedliczka

Réunion du jeudi 24 janvier 2019 à 9h30
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Marc Jedliczka, porte-parole de l'association Negawatt :

Vous avez, dans votre propos introductif, évoqué la nécessité d'une perspective à long terme. L'association Negawatt, que je représente, partage totalement ce point de vue : il n'est pas possible de se projeter dans l'avenir immédiat, notamment sur les thématiques de l'énergie et du climat, si l'on ne dispose pas d'une vision à long terme du système énergétique vers lequel on se dirige. Cela doit tenir compte en premier lieu des usages, mais englober aussi la production et les questions de ressources, y compris physiques, minérales.

L'hydrogène apparaît comme la potentielle clé de voûte d'un système énergétique 100 % renouvelable, sur tous les vecteurs. Néanmoins, nous ne le percevons pas comme un vecteur à usage final dans tous les domaines.

Dans le domaine de l'industrie ou pour les services rendus au système électrique, le potentiel de l'hydrogène nous apparaît comme une évidence absolue. Dans le secteur de la mobilité en revanche, nous sommes plutôt réticents à l'idée de généraliser l'hydrogène. On n'imagine pas un réseau hydrogène allant jusqu'à transformer le parc complet des véhicules légers. Il est plus pertinent de réserver l'hydrogène aux véhicules lourds, dont les trains. L'hydrogène constitue en effet, comme cela vient d'être souligné, une alternative à l'électrification. Il est également très performant pour les bateaux.

À une période où les budgets sont contraints et les ressources économiques et physiques limitées, nous souhaitons alerter les décideurs publics et les inciter à investir l'argent public au meilleur endroit, à ne pas se disperser. Il va falloir faire des choix. De notre point de vue, l'hydrogène, tout comme les autres vecteurs, doit indéniablement occuper une place, mais pas toute la place. Aucun des trois grands vecteurs de réseau – quatre si l'on compte la chaleur – ne doit avoir une logique de monopole. C'est à l'interaction entre tous ces vecteurs qu'il convient de travailler. L'hydrogène constitue, de notre point de vue, un vecteur intermédiaire dans les réseaux.

M. Olivieri citait précédemment GRHYD et Jupiter 1000. Il me semble important de préciser qu'il existe une différence majeure entre ces deux démonstrateurs. GRHYD est basé sur le principe de l'injection d'hydrogène dans le réseau de gaz, dans une proportion limitée, de façon expérimentale. Il n'est en effet pas question d'avoir 20 % d'hydrogène partout dans le réseau gazier. Jupiter 1000 représente l'étape suivante, celle de la méthanation, qui consiste à combiner du dioxyde de carbone avec de l'hydrogène pour produire du méthane. Il s'agit d'une solution catalytique.

Il faut par ailleurs savoir que des solutions biologiques commencent à émerger en termes de recherche et développement, qui peuvent fonctionner avec le dioxyde de carbone issu du biogaz, composé quasiment à parts égales de méthane et de CO2. Il existe aujourd'hui des installations capables d'extraire le CO2 du biogaz, afin de l'injecter dans le réseau de gaz sous forme de biométhane, à 97 % de pureté. Il est ainsi possible d'utiliser ce dioxyde de carbone avec des solutions biologiques qui présentent un continuum technologique avec la production de biogaz. Ces solutions émergentes en sont au stade des premiers démonstrateurs au niveau européen et mondial. En France, des travaux de recherche sont menés dans ce domaine, autour de l'identification de bactéries. Nous avons notamment participé, avec l'Institut national des sciences appliquées de Toulouse, à des travaux de laboratoire qui nous semblent très prometteurs, dans la mesure notamment où les outils industriels issus de ces recherches sont maîtrisables par les territoires, échelon auquel s'accomplira l'essentiel de la transition énergétique. Pour les acteurs des territoires, cette démarche est finalement moins liée au changement climatique ou à l'écologie qu'à des enjeux de développement et de valorisation des richesses locales. Or les techniques de méthanation biologique seront accessibles à terme à ce type d'acteurs. Il s'agit aujourd'hui d'aider et d'accompagner ce mouvement. Nous souhaitons pour notre part alerter sur la nécessité d'investir le peu de moyens dont on dispose au bon endroit. L'hydrogène doit, dans ce modèle, avoir toute sa place, mais rien que sa place. Il ne doit pas prétendre à équiper l'ensemble des véhicules légers. Il serait en outre également absurde de financer un troisième réseau, dans la mesure où le réseau gazier fonctionne très bien et mérite d'être optimisé tel qu'il est aujourd'hui.

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