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Intervention de Nicolas Bernet

Réunion du jeudi 24 janvier 2019 à 11h00
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Nicolas Bernet, directeur de recherches, directeur du laboratoire de biotechnologie de l'environnement de l'INRA :

Je vous remercie de m'avoir invité à participer à cette table ronde. Je dirige à l'INRA un laboratoire qui travaille depuis plus de trente ans sur la méthanisation et qui développe aujourd'hui de façon plus large le concept de bioraffinerie environnementale, visant à valoriser les déchets et résidus organiques pour produire non seulement de l'énergie, mais aussi des molécules d'intérêt, des matières fertilisantes et autres.

Le concept de méthanisation a beaucoup évolué depuis une vingtaine d'années. Initialement développé dans un objectif de traitement des effluents, par la mise au point de procédés d'épuration, il n'accordait que relativement peu de place à la valorisation du biogaz. Aujourd'hui, le contexte a complètement changé, puisque la méthanisation a pour objectif la production de biogaz, associée à celle d'un co-produit, le digestat, qu'il ne faut pas négliger dans la mesure où l'essentiel de la matière organique qui entre dans un méthaniseur se retrouve non sous la forme de biogaz, mais d'un digestat qu'il convient ensuite de valoriser. Le contexte a également fortement évolué par le biais de la valorisation du biogaz, avec la possibilité de l'injection, qui représente aujourd'hui un booster important du développement de la filière.

Les objectifs fixés passent par un développement important de la méthanisation agricole. Il apparaît ainsi dans les différents scénarios envisagés que l'agriculture fournira l'essentiel des substrats à la méthanisation, non seulement à travers divers co-produits, d'effluents d'élevage notamment, mais aussi via le développement des cultures intermédiaires à vocation énergétique. Le lien entre le développement de la méthanisation et l'agriculture est donc un point très important, non seulement à cause des gisements, qui viendront essentiellement de l'agriculture, mais aussi de la problématique des digestats. C'est dans ce contexte qu'une convention a été signée en 2018 entre GRDF et l'INRA, dans le but de mener des recherches visant à développer la méthanisation.

La modification du contexte conduit parallèlement à une évolution des questions de recherche traitées dans les laboratoires. Il convient de signaler que les laboratoires effectuant des recherches en méthanisation mènent également des recherches plus académiques. Il ne peut en effet y avoir de bonne recherche finalisée sans, en amont, une recherche académique, et sans un continuum entre les deux. Cela permet de proposer des solutions et des améliorations dans le domaine de la méthanisation, avec notamment la mise au point de procédés nouveaux comme la méthanisation en voie sèche, qui pose des questions de recherche assez spécifiques, et tout ce qui concerne la problématique des pré-traitements, le pilotage des installations, la valorisation des digestats et le couplage de procédés.

Ce changement de contexte est également associé à une évolution au niveau des partenariats de la recherche. Le laboratoire de biologie de l'environnement (LBE) que je dirige avait par exemple auparavant pour partenaires essentiellement des industriels de l'assainissement et du secteur agroalimentaire ayant des effluents à traiter. Aujourd'hui, nombre de nos partenaires sont des acteurs de l'énergie et du gaz, notamment GRDF. Il est important de maintenir une collaboration entre les différents partenaires, de la recherche jusqu'aux acteurs de la filière, afin de favoriser son développement.

Il existe aujourd'hui en France une douzaine de centres de recherche et de transfert sur la méthanisation, auxquels ajoutent des laboratoires travaillant en aval, par exemple sur la valorisation agronomique des digestats, notamment à l'INRA. Pour favoriser les interactions entre le monde de la recherche et la filière, sont organisées depuis plusieurs années déjà des journées « recherche et innovation ». Dans cette même logique, un centre technique du biogaz et de la méthanisation a été créé récemment à l'initiative notamment d'un certain nombre d'organismes de recherche et du club biogaz de l'Association technique énergie environnement (ATEE), afin de promouvoir la filière et de favoriser l'émergence d'améliorations et les interactions avec la recherche.

Le rôle de la recherche est également important dans l'évolution des réglementations. Je pense par exemple au statut des digestats.

Elle tient enfin une place considérable en matière d'acceptabilité sociale de la méthanisation. On assiste en effet progressivement à l'émergence de collectifs qui s'opposent aux projets de méthanisation. Or des travaux de recherche sont nécessaires pour apporter des réponses argumentées dans ce débat, concernant notamment l'impact de la méthanisation sur la matière organique des sols, sur la fertilisation, en comparaison avec d'autres types de matière organique non méthanisée, sur la biologie des sols, le développement des cultures intermédiaires ou encore l'analyse environnementale de ces filières.

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