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Intervention de Gaétan Monnier

Réunion du jeudi 31 janvier 2019 à 9h30
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Gaétan Monnier, directeur du centre de résultat transports d'IFP Énergies nouvelles (IFPEN) :

L'IFPEN est un établissement public de recherche, de formation et d'innovation dans les domaines de l'énergie, de la mobilité et de l'environnement. Dans le domaine de la mobilité, l'IFPEN participe au développement des mobilités propres et économes en explorant différentes pistes complémentaires. Pour nous, il n'existe pas de solution unique de mobilité propre. Il ne s'agit pas d'opposer les solutions les unes aux autres mais bien de les considérer comme complémentaires, avec une transition à gérer, pour passer des solutions de mobilité actuelles, largement thermiques, à des solutions du futur, largement électriques.

Par mobilités propres, nous entendons des solutions à faibles émissions de CO2, de polluants et à faible consommation d'énergie. Pour nous, les principaux freins à la transition énergétique pour les véhicules particuliers sont le prix, la facilité d'usage et l'accessibilité. Un enjeu important pour rendre la transition énergétique acceptable par les citoyens est de développer des technologies à prix abordables pour le plus grand nombre et répondant le plus simplement possible aux besoins des usagers. C'est sur ces énergies que nous focalisons nos travaux.

Par ailleurs, il convient, à nos yeux, de distinguer le parc installé de véhicules et son évolution. Des solutions pour une mobilité propre existent pour les deux typologies de parcs.

Pour le parc installé, les principaux freins au changement nous paraissent être le coût d'investissement et la disponibilité des technologies. Afin de rendre les véhicules existants moins polluants au moindre coût, une solution rapide existe déjà visant à aider le conducteur à mieux utiliser son véhicule et à devenir un éco-conducteur pour les émissions de CO2 et de polluants. L'IFPEN a développé une application d'éco-conduite librement téléchargeable, GECO Air, destinée à accompagner le bénéfice de consommation et d'émissions. Par le simple fait d'adapter au mieux son comportement au volant, un conducteur peut réduire significativement ses émissions de CO2. Nous l'avons même démontré dans le cadre d'utilisation avec des poids lourds.

Un autre levier pour décarboner la mobilité de manière transparente pour l'usager est la poursuite de la banalisation de l'utilisation des biocarburants, notamment ceux de deuxième génération et ultérieurs pour éviter d'entrer en concurrence avec l'alimentation. Dans ce domaine, la France, et en particulier l'IFPEN, ont fait des efforts considérables de recherche technologique et sont aujourd'hui prêts à déployer à l'échelle industrielle, en complément des biocarburants existants, ces nouvelles solutions. Ce déploiement créerait sur le territoire national des emplois industriels et agricoles non délocalisables. Par ailleurs, il existe en France une filière agricole et industrielle pour les biocarburants conventionnels qui représente 25 000 à 30 000 emplois. C'est sur cette filière que la filière des biocarburants avancés doit appuyer son développement.

Afin que ce déploiement industriel soit effectif, il convient de mettre en place un cadre réglementaire et fiscal idoine, c'est-à-dire stable et de long terme, étant donné le niveau d'investissement en jeu. Il faut notamment instaurer des cibles d'incorporation ambitieuses, des mécanismes de soutien aux investissements, une fiscalité dédiée, et structurer la filière biomasse. Il faut enfin reconnaître un avantage aux constructeurs permettant une incorporation élevée des biocarburants.

J'en viens à l'évolution du parc.

Toute mesure incitant à remplacer un véhicule ancien par un véhicule plus récent, neuf ou d'occasion, nous semble efficace. Il en va de même pour la promotion du covoiturage ou des modes de mobilité douce. À ce propos, l'IFPEN travaille également avec une PME française qui a produit le premier GPS européen, Geovelo.

L'électrification de la motorisation est pour nous de nature à réduire les émissions de CO2. Une hybridation, même modeste, va dans le sens de la mobilité propre. Cependant son application cible, le véhicule électrique, se heurte aujourd'hui à des problématiques de prix et d'autonomie. Pour pallier ces inconvénients, IFPEN se penche sur la conception de moteurs électriques plus efficients, donc moins chers à réaliser que des moteurs classiques à aimant permanent, et présentant des rendements très élevés, c'est-à-dire une consommation énergétique moindre pour une puissance donnée, quel que soit l'usage. Nous industrialisons ces moteurs avec différents partenaires et avons notamment équipé les premiers véhicules électriques de la société Aixam depuis 2017.

Je souhaite également souligner le fait qu'en matière de véhicules propres, il importe, comme le disait mon collègue de l'ADEME, de réaliser des analyses globales de cycles de vie. Une étude menée récemment par IFPEN avec l'ADEME montre que, pour les véhicules particuliers ou les véhicules utilitaires, la solution hybride rechargeable est parfaitement capable de réduire la pollution locale et les émissions de gaz à effet de serre pour un coût d'usage très compétitif.

Enfin, dans le cadre de l'hybridation, la consommation des motorisations thermiques peut encore être sensiblement améliorée. Il ne faut pas le négliger. Au-delà de la combustion même, sont développées des solutions afin de récupérer l'énergie thermique perdue pour la transformer en électricité, ce qui procure un gain de consommation de 3 % à 5 %. Une solution alternative pour le véhicule propre pourrait être de combiner l'hybridation, l'utilisation de biocarburants et l'usage d'un moteur thermique optimisé pour l'hybridation.

En conclusion, l'IFPEN est engagé dans plusieurs voies de nature à accélérer la transition vers la mobilité propre et économe, en n'oubliant pas que l'énergie la plus propre est celle qu'on n'utilise pas. Par conséquent, toute avancée scientifique et technologique qui permet d'économiser l'énergie dans un véhicule, quelle qu'elle soit, est une priorité des activités de l'IFPEN.

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