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Intervention de Cédric Philibert

Réunion du jeudi 7 mars 2019 à 11h05
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Cédric Philibert, analyste à la Renewable energy division de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) :

Nous vivons un moment paradoxal, puisque nous assistons en même temps à une forte progression des énergies renouvelables dans le monde, à une baisse de leurs coûts remarquable et, après trois ans de stagnation, à une remontée continue des émissions mondiales de CO2 liées au secteur de l'énergie. Sur la base de l'Accord de Paris, nous ne sommes pas sur une trajectoire soutenable à même de limiter le changement climatique à 2 degrés, encore mois à 2,5 degrés.

À notre sens, un scénario soutenable doit prévoir la réduction de la pollution dans les villes et dans les habitats, ainsi que l'accès universel à l'électricité, les trois objectifs n'étant nullement incompatibles. Nous en séparent essentiellement une progression bien plus rapide de l'efficacité énergétique – je rejoins Yves Marignac sur ce point – et un développement bien plus soutenu des énergies renouvelables. Tels sont les deux piliers de la transition énergétique.

Nous assistons aujourd'hui à une progression forte de l'électricité d'origine renouvelable, notamment le solaire et l'éolien, dont les coûts sont devenus très compétitifs dans de nombreuses régions du monde et continuent à baisser.

Dans nos scénarios à long terme, dominent trois technologies : l'hydroélectricité, le solaire et l'éolien, suivies par le nucléaire et le gaz, tandis que la production à partir du charbon s'effondre, élément indispensable dans les scénarios compatibles avec la limitation du changement climatique à un niveau supportable.

L'électricité représente aujourd'hui 20 % de la demande finale d'énergie et 40 % de la demande primaire d'énergie, donc des émissions de CO2 liées au secteur énergétique. Au rythme actuel, l'électrification, plus la décarbonation de l'électricité si nous sommes capables de l'accélérer, réduira environ de moitié les émissions mondiales de CO2. C'est bien, mais insuffisant, puisqu'il faut aller vers la neutralité carbone, vers zéro émission net à échéance de 2050-2060.

Restent la mobilité et la chaleur dans les bâtiments et dans l'industrie. Nous pensons avoir identifié, au-delà de l'efficacité énergétique, un certain nombre de solutions dans lesquelles les énergies renouvelables peuvent jouer à nouveau un rôle prédominant, en allant les chercher là où elles sont surabondantes, donc pas chères, et en les apportant dans les zones de forte consommation, probablement sous forme de molécules plutôt que sous forme d'électrons. Avec du solaire, du vent et de l'hydroélectricité, on peut fabriquer de l'hydrogène et le transformer immédiatement dans des formes plus commodes, correspondant à ses usages finaux. Il s'agit aussi de l'ammoniac, dans ses usages industriels actuels et comme combustible dans les centrales électriques qui resteront nécessaires pour les périodes sans vent ni solaire dans nos régions. Il s'agit d'une série de combustibles allant du gaz renouvelable à des liquides renouvelables : jetfuel, essence, ou méthanol pour la chimie. Ces produits seront fabriqués sur place par un mélange de carbone extrait de l'air par la biomasse, car la réserve de biomasse est importante mais son énergie ne l'est pas. Il s'agit de profiter de tout le carbone extrait dans l'air par la biomasse pour fabriquer des carburants de synthèse avec de l'hydrogène produit avec du solaire, du vent et de l'hydroélectricité, afin d'obtenir des produits faciles à stocker, faciles à transporter d'une région à l'autre.

L'Australie, la Patagonie, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord ont des ressources considérables comparées à leurs besoins, tandis que d'autres régions ont des besoins plus importants que leurs ressources raisonnablement exploitables. C'est le cas du Japon, de la Corée, d'une bonne partie de l'Europe. Un certain nombre de pays membres ont d'ailleurs admis qu'ils auraient besoin d'importer de l'énergie renouvelable comme ils importent aujourd'hui massivement des produits pétroliers et du gaz. Avec les renouvelables, on va vers plus d'indépendance énergétique, mais on ne va pas vers l'autarcie énergétique partout, parce que les ressources sont très inégalement distribuées sur la planète. Il faudra trouver des formules permettant d'échanger des produits faciles à stocker, faciles à transporter, faciles à mettre à bord de véhicules, pour certains ne contenant pas de carbone - ce sera notamment le cas de l'ammoniac - et pour d'autres, contenant du carbone extrait de l'atmosphère.

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