Intervention de Jean-Paul Lecoq

Séance en hémicycle du vendredi 29 mars 2019 à 15h00
Coopération en matière de défense avec le nigéria — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Paul Lecoq :

Nous sommes bien loin de tout cela en France. Il est regrettable que bien trop peu de députés s'investissent pour renforcer la transparence en ce domaine, notamment à la suite du massacre des populations civiles par l'Arabie Saoudite au Yémen, potentiellement avec des armes françaises.

Il serait en effet fondamental et très instructif de pouvoir enfin lancer la commission d'enquête proposée par notre collègue Sébastien Nadot au sujet des ventes d'armes au Yémen. Hélas, cette demande n'a toujours pas abouti – c'est peut-être un silence coupable.

L'exportation d'armements en direction du Sahel devra être beaucoup plus stricte et contrôlée, pour que nous évitions le drame libyen, dont je vous ai parlé tout à l'heure – des groupes armés aujourd'hui totalement incontrôlables ont bénéficié des armes françaises parachutées par Sarkozy pour faire tomber le régime de Kadhafi.

La représentation nationale devra se montrer extrêmement vigilante avec les armes que notre pays exporte dans la zone de l'Afrique de l'Ouest. Je souhaite également que nous engagions une réflexion pour réformer la politique d'exportation d'armements de la France en contraignant l'exécutif à être plus transparent et à se soumettre au contrôle de la représentation nationale.

La majorité n'a que le mot de « contrôle » à la bouche lorsqu'il s'agit du rôle du Parlement, feignant d'ignorer que le pouvoir législatif que nous tenons du peuple devrait être mis en avant. Vous avez là un véritable cas pratique, qui serait loin d'être cosmétique !

Par ailleurs, la France devrait s'engager avec plus de détermination en faveur d'un autre axe, tout aussi stratégique que l'exportation d'armements, celui de l'écologie.

Le phénomène du dérèglement climatique qui s'intensifie sous nos yeux, parce qu'il est de nature à aggraver les inégalités sur terre, doit être combattu partout, sans cesse, car il frappe toujours les populations les plus fragiles.

Le premier engagement pour la paix de la France devrait donc être le respect de ses propres engagements issus de l'accord de Paris, et la limitation du réchauffement climatique.

Ce phénomène ne connaît pas de frontières et les dégâts provoqués par l'industrialisation massive des pays occidentaux depuis plus d'un siècle ont profondément bouleversé les équilibres climatiques sans que l'Afrique ou qui que ce soit d'autre n'ait eu son mot à dire.

Ainsi, la désertification des terres au Mali en est une conséquence directe, et ses effets sont dramatiques puisqu'il a provoqué des mouvements de populations ainsi que leur appauvrissement. En migrant, ces populations sont entrées en concurrence pour l'usage des sols, notamment entre pastoralisme et agriculture, ce qui a occasionné des tensions, comme la semaine dernière au Mali.

La situation du lac Tchad est similaire, alors que ce bassin fournit de l'eau à près de 30 millions d'habitants des quatre pays bordant les rives de ce lac.

Du fait du dérèglement de cet écosystème, les risques d'appauvrissement des populations en lien avec les problèmes d'approvisionnement en eau, notamment dans l'agriculture, sont importants.

Lorsque des conflits d'usage s'implantent dans une zone aussi appauvrie, les risques de recrutement au sein de groupes criminels augmentent, comme en témoigne le cas de Boko Haram qui tient un véritable bastion idéologique, se nourrissant de la misère des gens, autour du lac Tchad. Ce groupe est maintenant actif dans plusieurs pays du Sahel, comme le Tchad ou le Niger.

Cet accord de coopération militaire avec le Nigéria est donc d'une portée limitée et peut s'avérer dangereux. Il permettra peut-être d'améliorer la lutte contre les attaques de pirates dans le golfe de Guinée ou sur les rives du lac Tchad, ce qui est déjà bien, mais il ne permettra jamais de résoudre les vraies causes du mal.

Il ne répond pas, en revanche, aux grands problèmes de fond, ceux qui mériteraient de mobiliser toute l'énergie de notre diplomatie – le réchauffement climatique, les instances multilatérales, le monopole de certains produits de consommation locale, les services publics, l'agroalimentaire et la reconquête de leurs graines par les paysans.

Pour conclure, trois éléments conduiront le groupe de la Gauche démocrate et républicaine à s'abstenir lors du vote de ce texte : les violations des droits de l'homme perpétrées par l'armée nigériane depuis plusieurs années dans le cadre du conflit avec Boko Haram, le doute quant aux réelles motivations qui sous-tendent cet accord, dont nous espérons qu'elles ne se bornent pas à l'exportation d'armes, et enfin la sécurisation juridique et judiciaire des rapports entre nos deux armées, qui coopèrent déjà sur le terrain.

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