Intervention de Luc Carvounas

Séance en hémicycle du mercredi 3 avril 2019 à 15h00
Débat sur la démocratie et la citoyenneté

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaLuc Carvounas :

Aujourd'hui, c'est le président du Sénat qui soutient cette idée. Très bien ! En 2014, j'ai modestement avancé l'idée d'organiser, à mi-mandat législatif, de grandes conférences nationales de prospective. Aujourd'hui – il a également quitté le Gouvernement – , c'est Mounir Mahjoubi qui la défend. Tant mieux ! Je ne suis pas propriétaire de ces propositions.

Si, au terme de ce grand débat, vous vous décidiez finalement à appliquer nos idées, nous ne pourrions que nous en satisfaire. Mais, mes chers collègues, ne feignons pas de manquer dans ce débat la préoccupation majeure qui doit être la nôtre : l'état très préoccupant de notre démocratie, car, pour parvenir à ces évolutions institutionnelles, encore faut-il que notre démocratie soit solide et ne soit pas remise en cause dans son principe même.

Pourtant, le tableau est bien sombre. Seuls 43 % des Français considèrent que la démocratie fonctionne bien, dont seulement 33 % des ouvriers et des employés de notre pays, et 19 % des gilets jaunes seulement ! De plus, un récent sondage révèle que 40 % des Français ne seraient pas insensibles à la tentation de l'établissement d'un régime autoritaire, ou encore que 21 % des Français semblent adhérer à cinq thèses complotistes ; pas une, cinq ! Sentez bien l'air du temps : il est lourd et orageux. L'heure n'est plus aux signaux d'alerte ; il faut tirer le signal d'alarme. Nous avons vu, il y a quelques jours, comment s'était ouverte une chasse aux populations Roms, à cause de rumeurs virales et infondées, propagées sur les réseaux sociaux.

C'est encore un groupuscule fasciste qui a mené, en fin de semaine dernière, une odieuse action anti-immigration à la caisse d'allocations familiales de Bobigny. Comme le professait Bernanos, ce n'est pas nous qui revenons sur le passé, c'est le passé qui menace de revenir sur nous. La stratégie du bouc émissaire et la défiance des Français les uns envers les autres, les fausses nouvelles, le complotisme et la manipulation de l'opinion, le désamour pour la démocratie, on sait bien où tout cela nous mène. Si l'histoire est cyclique, elle est aussi tragique.

Regardez cet ancien ministre, ami du Président Macron, qui devient un pamphlétaire à succès. Il se place en tête des ventes en expliquant, dans son dernier opus, que la construction européenne serait le fruit mal intentionné de la CIA.

1 commentaire :

Le 09/04/2019 à 20:53, Laïc1 a dit :

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"Si l'histoire est cyclique, elle est aussi tragique."

Moins il y a de référendums, et plus elle est tragique.

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