Intervention de Sabine Rubin

Séance en hémicycle du mardi 30 avril 2019 à 15h00
Déclaration du gouvernement sur le projet de programme de stabilité pour les années 2019-2022

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaSabine Rubin :

Monsieur le ministre, permettez-moi tout d'abord de corriger votre affirmation selon laquelle les Français travailleraient moins que les Allemands. L'OCDE affirme qu'en 2017 un travailleur français travaillait 1 500 heures, contre 1 356 heures pour un travailleur allemand.

Élève docile de l'Europe de l'austérité, vous vous apprêtez, avec ce nouveau programme de stabilité, à rendre votre copie. En guise de préalable, permettez-moi de souligner que c'est là un exercice bien curieux pour une République démocratique que de devoir, sous couvert de coordination et de surveillance multilatérale, rendre des comptes à un organisme non élu. Ce faisant, on corsète la souveraineté budgétaire de notre nation et on courbe le genou devant les injonctions de l'Union européenne : toujours plus de baisse des dépenses publiques, toujours moins de recettes pour développer nos services publics. Cette potion amère nourrit partout en Europe une défiance croissante des classes moyennes et populaires, hélas capitalisée par des droites extrêmes qui progressent dangereusement.

De gouvernement en gouvernement, l'idée européenne a été défigurée ; vous finirez par la faire haïr.

Mais venons-en au coeur de ce programme de stabilité, qui couvre la période 2019-2020, et les perspectives pour 2022.

C'est d'abord un aveu d'échec : la croissance reste désespérément atone. Alors que celle-ci se hissait à 2,3 % en 2017, elle n'était plus que de 1,6 % l'année dernière, dissipant toute illusion en ce qui concerne un prétendu ruissellement de vos multiples cadeaux aux plus fortunés.

Vous pouvez fanfaronner sur les retombées économiques de vos réformes mais, Zola le rappelait à juste titre, « les opinions pèsent peu devant la toute-puissance des faits ».

À y regarder de plus près, il s'avère en effet que le mérite en revient au mouvement des gilets jaunes car, selon l'INSEE, les mesures arrachées en décembre ont permis une embellie de 0,3 point, ce qui prouve bien que c'est en stimulant la demande et le pouvoir d'achat, et non en rabotant tous azimuts, que l'on relancera l'activité économique du pays.

Grâce à cette lutte inédite des citoyens, le Gouvernement aura reculé sur au moins deux points : la hausse de la CSG pour les retraités et l'annulation de l'inique taxe carbone. En revanche, la baisse du chômage s'avère moins importante que prévue, ce qui est inquiétant.

Surtout, de frictionnel il se fait de plus en plus structurel : alors que le chômage de longue durée n'affectait que 30 % des demandeurs d'emploi en 2009, ce chiffre a bondi à près de 47 % aujourd'hui. Non seulement votre majorité se fait le petit répétiteur de la Commission européenne, mais elle poursuit avec zèle sa logique néolibérale : précariser davantage la fonction publique en recourant aux contractuels, brimer notre démocratie sociale, contenir les salaires.

L'annexe 1 du programme national de réforme est à cet égard édifiante : le Gouvernement, par votre voix, monsieur le ministre, se targue « d'une progression des salaires réels inférieure aux gains de productivité », et se félicite même du fait que « le salaire minimum ait été nettement moins dynamique en France que chez ses principaux partenaires économiques ».

Alors qu'on ne cesse de comparer notre modèle social à celui de nos voisins, en général pour culpabiliser les salariés français et leur faire admettre la nécessité de briser les conditions de travail, on se félicite à présent qu'en France les salaires progressent moins vite qu'en Allemagne ou au Royaume-Uni !

Nous contestons la logique même de votre politique économique, inefficace pour stimuler l'activité, mais cruelle pour les salariés et les citoyens. Votre obsession du déficit budgétaire vous mène en effet dans une impasse. En prévoyant qu'il se stabiliserait à 2 % en 2020 et en vous interdisant d'augmenter les recettes par l'impôt, vous serez inexorablement conduits à raboter encore un peu plus les dépenses publiques.

Il y aura encore moins de fonctionnaires et de services publics, alors que la contestation portée par les gilets jaunes devrait alerter la représentation nationale quant à l'état de délabrement de notre cohésion sociale.

En outre, ce chemin du Golgotha austéritaire ne permettra ni d'investir massivement dans notre tissu de PME-TPE, ni de relever les prestations sociales pour réduire les inégalités. Il servira d'abord à réduire le stock de la dette.

Pire encore : le fléchage budgétaire des économies ainsi réalisées n'ira prioritairement ni à l'éducation, ni à la lutte contre la pauvreté ou à la réduction des inégalités, ni à l'urgence climatique. Il permettra surtout de faire baisser de quelques points le stock de la dette sans même parvenir à réaliser votre objectif.

Inefficace sur un plan économique, anti-démocratique, attentatoire aux droits sociaux et aux services publics, ce programme de stabilité n'augure décidément rien de bon.

1 commentaire :

Le 11/05/2019 à 09:14, Laïc1 a dit :

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"L'OCDE affirme qu'en 2017 un travailleur français travaillait 1 500 heures, contre 1 356 heures pour un travailleur allemand."

Ce qui compte, de toute façon, c'est la productivité horaire, ce ne sont pas les heures passées au bureau à ne rien faire, ou à faire des tâches inutiles.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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