Intervention de Mathilde Panot

Séance en hémicycle du mardi 7 mai 2019 à 15h00
Jeunes majeurs vulnérables — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMathilde Panot :

Si vous niez ainsi la convention internationale des droits de l'enfant, vous supprimez surtout, ce faisant, les aides sociales obligatoires : par conséquent, vous n'assurez en aucun cas les ressources financières indispensables aux jeunes majeurs issus de l'ASE.

Nous proposions pourtant que la prise en charge dure jusqu'à 25 ans, ce qui correspond à l'âge effectif moyen de prise d'autonomie des jeunes en France.

Comme le rappelle un rapport du Conseil économique, social et environnemental, la situation des jeunes majeurs issus de l'ASE est paradoxale : il leur est demandé plus d'autonomie qu'aux autres jeunes du même âge, alors qu'elles et qu'ils ont moins de ressources familiales, relationnelles, psychologiques, financières et sociales.

C'était donc une mesure de pure raison.

Allons-nous faire pire que l'Allemagne, qui accompagne leurs homologues jusqu'à 27 ans, ou que l'Argentine, qui les accompagne jusqu'à la fin de leur cursus ? Apparemment et malheureusement, oui.

Il serait aussi de bon sens que l'ASE prenne en charge les jeunes concernés jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours, et qu'ils ne soient pas laissés à eux-mêmes le jour de leur anniversaire.

Qu'une telle aberration soit seulement possible en dit long sur le point duquel nous partons : 70 % des jeunes majeurs concernés sortent en effet de leur parcours scolaire sans le baccalauréat.

Le problème doit être pris à bras-le-corps, car vous imaginez toutes et tous très bien qu'après de telles enfances la difficulté à obtenir un diplôme n'arrange en rien tant les perspectives d'avenir que la construction personnelle des intéressés.

C'était tout le sens de notre proposition d'expérimenter une allocation d'autonomie d'un montant de 800 euros par mois qui serait allouée aux jeunes de 18 à 25 ans.

Aujourd'hui, la jeunesse de notre pays se sent à bien des égards privée d'avenir : nous tentons ainsi d'allumer pour l'avenir de ce pays quelques lueurs d'espoir.

J'espérais qu'une partie de la majorité soit frappée par la grâce de la République sociale : oui, je croyais que vous aviez compris ce que République voulait dire, au moins à ce sujet, et que vous aviez compris qu'il était nécessaire, au-delà des logiques budgétaires court-termistes, de dépenser davantage face à des situations sociales injustes et inhumaines.

J'espérais que vous auriez retrouvé une humanité perdue lors de la suppression des contrats aidés, de la baisse des aides personnalisées au logement et de la suppression de l'Impôt de solidarité – oui, de solidarité, vous avez bien entendu : on ne retient trop souvent que l'acronyme ISF – sur la fortune.

Cette humanité, vous l'avez aussi perdue le jour où vous avez affaibli les normes d'accessibilité pour les personnes handicapées dans le secteur du logement, ou lors du vote pour l'enfermement des enfants dans des centres de rétention pendant quatre-vingt dix jours.

La politique sociale doit être étendue à tous les secteurs : hausse des minima sociaux, augmentation des salaires, diminution du temps de travail.

Peut-être que si vous construisez une société meilleure et moins violente, tous les enfants pourront jouir de meilleures conditions de vie.

Il faut financer tout cela, allez-vous me dire : nous avons à ce propos entendu le ministre de l'économie et des finances présenter une réformette fiscale.

Nous aurions en la matière plus d'ambition.

Pour une réelle politique sociale, je crois qu'il faudrait plus qu'une contribution ponctuelle des plus fortunés du pays au Trésor public : il faut les assujettir à la solidarité nationale.

Si j'en finis par là, c'est pour vous demander d'être conséquents : si vous voulez, au moins pour certains d'entre vous, défendre la solidarité, pensez qu'il n'existe pas d'autre moyen de lutter contre les inégalités, la misère et l'injustice que de faire payer ceux qui le doivent.

Je vous le dis pour que vous vous rappeliez des paroles du grand Victor Hugo, aussi vraies aujourd'hui qu'hier : « C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches ».

Pour peu que Bernard Arnault, Xavier Niel ou Gérard Mulliez soient malheureux et fatigués de gérer tant d'argent, nous les délesterions volontiers d'une partie de celui-ci.

Je voulais pour finir vous lire une lettre ouverte magnifique de plusieurs jeunes qui nous a été lue lors d'une audition menée dans le cadre de la mission d'information par M. Joao Bateka : « Je vous prie de bien vouloir me donner le droit d'avoir le droit. Le droit d'avoir le droit de vivre, comme mon camarade de classe qu'est votre enfant, le droit d'avoir le droit d'être vu par tous comme étant comme tout le monde, le droit d'avoir le droit de rêver, mais avant tout donnez-moi le droit, s'il vous plaît, d'avoir le droit à des nuits de sommeil paisibles, même après mes 18 ans.

Aujourd'hui, démuni de tous mes moyens de survie, je me trouve rejeté, abandonné, tel un animal de compagnie, vieux, encombrant et inutile au bord de la route, à 18 ans. Vous trouvez cela injuste et je vous garantis que votre sentiment d'empathie me touche énormément. Mesdames, messieurs, je vous prie de tout mon coeur d'agir et en aucun cas de vous résigner face à l'injustice.

Nul ne vaut plus cher que la dignité d'un homme. Aucun argent au monde ne peut acheter votre humanité. Aucun patron, homme ou céleste, ne peut vous soumettre à commettre des actes ignobles envers vos semblables.

Je n'ai jamais douté, mesdames, messieurs, de votre foi, mais aujourd'hui votre foi a besoin d'être prouvée, car une foi sans action est une foi morte.

Se positionner aujourd'hui, ce n'est pas seulement défendre une minorité d'hommes et de femmes affaiblis et martyrisés, c'est aussi défendre votre foi, vos valeurs, votre dignité en tant que représentants du peuple, de parents et d'êtres humains tout simplement.

Ce n'est pas seulement sauver quelques hommes, femmes et enfants : c'est sauver l'humanité. »

Réfléchissez à ces mots en toute conscience lorsque vous voterez.

1 commentaire :

Le 11/05/2019 à 10:18, Laïc1 a dit :

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"Je vous le dis pour que vous vous rappeliez des paroles du grand Victor Hugo, aussi vraies aujourd'hui qu'hier : « C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches »."

Un plaidoyer contre les jeux d'argent, en ligne ou pas ?

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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