Intervention de Véronique Cayla

Réunion du mardi 19 mars 2019 à 17h00
Commission des affaires étrangères

Véronique Cayla, présidente d'Arte France :

Arte est une chaîne à part dans l'audiovisuel public, une chaîne politique dans le meilleur sens du terme, voulue par le chancelier Kohl et le président François Mitterrand il y a près de trente ans, au cours d'un sommet franco-allemand. Il s'agissait de rapprocher nos deux pays qui se sont beaucoup affrontés au cours du vingtième siècle.

Arte n'est pas une chaîne allemande – tout le monde le sait –, mais ce n'est pas non plus une chaîne française – tout le monde ne le sait pas toujours en France. C'est une chaîne franco-allemande, dotée d'une mission européenne de rapprochement des peuples d'Europe par la culture. Cette mission est clairement décrite dans le traité interétatique signé par le président français avec les seize Länder allemands en 1990.

Arte est une création politique très originale qui n'a pas d'équivalent dans le monde et, de ce fait, elle a dû inventer son fonctionnement : celui d'une chaîne à cheval sur deux pays, deux cultures, deux langues, mais avec une seule mission claire, qui la dépasse : l'Europe.

Arte est un groupe qui repose sur trois pôles : Arte Deutschland, Arte France et Arte Groupement européen d'intérêt économique (GEIE), soit deux pôles de production et un pôle de diffusion et de coordination – le GEIE à Strasbourg – qui abrite la rédaction des journaux et qui fabrique, au quotidien, le franco-allemand.

Dès le départ, Arte a fait de la constitution d'une mémoire commune entre la France et l'Allemagne une priorité, grâce au documentaire – toujours majoritaire – et aux coproductions, d'abord entre la France et l'Allemagne, puis avec leurs voisins. Ce travail autour des documentaires nous a permis de réunir une dizaine de chaînes publiques européennes partenaires, dotées chacune d'un fonds de coproduction.

Une fois cette mémoire créée, nous avons voulu construire un regard commun sur l'avenir de nos sociétés européennes, grâce à la fiction, vecteur puissant d'expression de l'imaginaire de chacun. C'est pourquoi nous ne diffusons pas de fictions américaines, mais uniquement des séries européennes contemporaines, voire d'anticipation.

Nous avons également développé un pôle d'information, avec une rédaction paritaire – vingt-cinq Français, vingt-cinq Allemands – tournée vers l'Europe et le monde, sans faits divers ni « chiens écrasés », mais au contraire avec de multiples regards croisés. Cela nous a permis de construire une information bien spécifique, fondée sur le recul, la réflexion, à l'inverse de beaucoup de chaînes d'information – mais pas toutes !

Après la mémoire – grâce au documentaire –, l'imaginaire – grâce à la fiction – et le présent – grâce à l'information –, le temps était venu de nous transformer en chaîne européenne : grâce à internet, nos programmes européens sont désormais diffusés dans toute l'Europe, gratuitement et de façon délinéarisée ; grâce au Parlement et à la Commission européenne qui ont accepté de financer le sous-titrage de nos programmes en quatre nouvelles langues – l'espagnol, l'anglais, le polonais et l'italien, désormais, 70 % des Européens reçoivent nos programmes dans leur langue maternelle.

Nos programmes sont européens. C'est ainsi qu'Arte est devenue la chaîne culturelle européenne de référence sur internet. Depuis dix ans, la stratégie d'Arte repose sur une triple priorité : la production européenne, le développement numérique et le développement linguistique. Cette permanence de notre stratégie a porté ses fruits : Arte se porte bien. 2018 a été une année exceptionnelle et nous avons reçu beaucoup de prix à travers le monde : l'Ours d'or à Berlin pour Synonymes, sept Césars, dont trois pour Shéhérazade – un premier film français – et deux pour des courts-métrages de fiction et d'animation. Comme toujours, nous avons obtenu de nombreux prix pour nos créations numériques ; Arte a toujours été un peu en avance dans le secteur du numérique en France.

Nos audiences ont connu une forte hausse en 2018 : celle de l'antenne a augmenté de 9 % en France ; notre offre numérique a progressé de 50 % ; sur Arte Europe le nombre de vidéos vues a été multiplié par trois en un an. Il est difficile de faire mieux et cela ne nous était jamais arrivé !

Par ailleurs, nos collaborations se sont renforcées avec l'audiovisuel public français et allemand. Nous partageons avec France 24 une plateforme commune en espagnol et, bientôt je l'espère, en anglais. Avec TV5 Monde, nous coproduisons depuis longtemps – et de plus en plus – de nombreux documentaires et des fictions francophones.

Si vous le permettez, je souhaiterais donner la parole à Régine Hatchondo, directrice générale d'Arte France, mais aussi vice-présidente d'Arte GEIE, notre atelier de fabrication du franco-allemand à Strasbourg, afin qu'elle vous présente deux grands projets qui nous sont chers.

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