Intervention de Frédéric Petit

Réunion du mardi 19 mars 2019 à 17h00
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrédéric Petit :

Je vais être bref, car je partage tout à fait certaines des questions qui ont déjà été posées.

Habitant Varsovie, je suis également un grand utilisateur de vos médias, et je suis le rapporteur budgétaire de cette commission sur la diplomatie d'influence. Je vous remercie d'être venus devant nous et d'avoir fait ces interventions. Pour moi, et mes collègues ne seront pas surpris, car c'est un de mes dadas, il manque toutefois un acteur, à savoir France Télévisions.

Ma question porte sur la notion de frontière audiovisuelle, que je ne comprends pas. Je n'ai pas le droit de regarder France Télévisions à Varsovie, même sur internet : il existe des blocages qui ne sont pas budgétaires, car il n'y a pas de coût, mais qui résultent de sombres histoires de droits commerciaux – j'ai fini par comprendre de quoi il s'agissait, mais je n'ai pas le temps de développer. On pourrait quand même agir : il y a 10 milliards d'euros de fonds publics qui financent quelque chose qui s'arrête au Rhin, et va encore moins jusqu'au Sahel. Nous avons pourtant de la création…

Dans le cadre de ces 10 milliards d'euros, on se demande comment internationaliser les séries, car il faut le faire maintenant, mais ce n'est pas à vous que l'on s'adresse. Il existe un hiatus complet que je ne comprends pas. Pourquoi ces frontières dans l'audiovisuel ? Il ne s'agit pas juste que je puisse, égoïstement, rapprocher ma famille de la France, même si c'est une question : il y a des familles qui ont perdu le contact avec notre pays, des familles de binationaux qui ne peuvent pas regarder nos chaînes sur Internet, alors qu'on peut le faire en France sans payer la redevance. Mais c'est surtout dans l'autre sens que cela joue, et j'en ai d'ailleurs beaucoup parlé avec Mme Saragosse : je trouve que la qualité de vos travaux devrait permettre de féconder, dans bien des domaines, ce que France Télévisions réalise. Il me paraît totalement absurde qu'il y ait une telle qualité dans ce que fait Arte, du côté de l'information, de la création et des documentaires, et que cela ne soit pas suffisamment repris voire, à la limite, que cela ne fasse pas réaliser des économies – il y a, en effet, des doublons avec ce que l'on fait dans le cadre du budget de France Télévisions qui est, je le rappelle, de l'ordre de 2,5 ou 3 milliards d'euros, alors que vous vous battez avec des budgets d'une centaine de millions d'euros, pour des audiences complètement différentes.

J'ai beaucoup aimé ce que vous avez dit à propos des enjeux de la confiance. J'avoue que je ne comprends pas ce que fait cette frontière au milieu de l'audiovisuel. La décision l'on pourrait prendre ne serait pas coûteuse, mais uniquement administrative et commerciale. Je conçois qu'elle serait compliquée, mais elle nous donnerait immédiatement une influence décuplée, voire centuplée sur l'ensemble de la planète. Aujourd'hui, tout est bloqué.

Je ne vais pas reprendre ce qu'a dit Michel Herbillon à propos de France 24. Cette chaîne est présente dans beaucoup d'hôtels, mais il est vrai que l'on y trouve, comme sur internet, 50 000 chaînes turques, chinoises ou anglaises. Quand on a de la chance, et c'est de plus en plus souvent le cas, on a France 24 et TV5 Monde, mais cela ne suffit pas pour que l'on puisse parler d'influence. Or il n'est pas question de coûts, je le répète : c'est l'État – l'administration – qui est organisé en silos. J'aimerais que vous m'expliquiez le sens de cette frontière entre l'audiovisuel intérieur et l'audiovisuel extérieur. Je ne pense pas que l'on fasse de même pour la littérature, par exemple.

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