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Intervention de Olivier Métais

Réunion du jeudi 4 avril 2019 à 9h15
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Olivier Métais, président de la Société hydrotechnique de France (SHF), professeur des universités à l'Institut polytechnique de Grenoble :

Madame la présidente, mesdames et messieurs les députés, beaucoup de choses ont déjà été dites, que je vais m'efforcer de ne pas répéter : mon propos portera donc sur des aspects complémentaires.

De par son statut de société savante, la Société hydrotechnique de France (SHF) peut se prévaloir d'une parfaite neutralité. Notre rôle consiste à promouvoir le partage de la connaissance et l'innovation et, au-delà, l'aide à la prospective. Rassemblant environ 600 membres, notre société présente l'avantage de compter en son sein des profils très divers, puisqu'on y trouve des industriels, des bureaux d'études, des universitaires, des centres de recherche publics et privés, et des acteurs publics.

L'une de nos divisions est dédiée à l'hydroélectricité et, à ce titre, nous organisons chaque année un colloque sur ce thème, Hydro energy and Sustainability, dont les dernières éditions reprenaient exactement ce qui vient d'être dit sur les enjeux et les verrous associés à l'hydroélectricité. En 2011, ce colloque portait sur le thème « Les stations de pompage hydraulique, défis et opportunités » ; en 2014, sur la rénovation des centrales hydroélectriques ; en 2016, sur le thème « Environnement et hydroélectricité » ; et en 2019 – la dernière édition, à laquelle vous nous avez fait l'honneur de participer –, sur le thème « Quel avenir voulons-nous pour l'hydroélectricité en France et en Europe ? »

Notre société organise un certain nombre de groupes de travail chargés de rassembler des données objectives, de réfléchir et de faire des propositions d'actions sur des questions concrètes liées à l'ingénierie de l'eau. Au passage, je veux rappeler que l'hydroélectricité, ce n'est pas seulement les barrages, les retenues et le fil de l'eau, mais aussi l'énergie marine, un domaine dans lequel la France a un atout majeur à jouer – sur ce thème, nous avons récemment édité un dossier intitulé Un nouveau regard sur l'énergie des marées, dont je vous communiquerai un exemplaire.

À mon sens, on ne peut parler des freins au développement de l'hydroélectrique sans évoquer, à l'inverse, les points nécessaires à la réussite d'un projet dans ce secteur, qui constituent quatre piliers principaux, à savoir l'intégration territoriale, la viabilité économique, l'intégration environnementale et la faisabilité technique, que l'on doit s'efforcer de concilier de façon harmonieuse.

En matière de réglementation, les principaux freins sont l'inflation normative et le foisonnement des réglementations, ce qui apparaît clairement dans le Livre blanc de l'hydroélectricité. J'estime qu'en France, nous ne laissons pas suffisamment de place à l'expérimentation, contrairement à ce qui se fait dans d'autres pays, notamment au Royaume-Uni.

Pour ce qui est de la viabilité économique, si on parle souvent de production d'énergie, on évoque plus rarement les autres volets que sont la gestion optimisée de la ressource en eau et les multi-usages de l'eau, dont l'extrême importance doit être reconnue et qui doivent bénéficier, à ce titre, d'une fiscalité adaptée – ce qui n'est pas le cas actuellement.

J'en viens à la faisabilité technique, qui passe par l'innovation. Depuis des années, je me bats pour qu'on cesse d'affirmer que l'hydraulique et l'hydroélectricité constituent une science nature : en réalité, le développement de ce secteur nécessite encore énormément d'innovation.

Pour ce qui est de la fonction de stockage de l'hydraulique, certains font valoir que d'autres moyens de stockage sont en train de se développer. En réalité, chaque moyen de stockage a ses particularités et, pour ce qui est de l'hydraulique, elle permet de stocker de grandes quantités d'énergie sur une longue période et de les restituer, de façon presque instantanée, c'est-à-dire en quelques secondes. Cela dit, l'innovation doit désormais permettre le couplage entre les différentes sources de stockage, en particulier les batteries. Nous devons également concevoir la turbine hydraulique du futur – c'est l'un des points sur lesquels je travaille –, c'est-à-dire la turbine hydraulique flexible.

La Société hydrotechnique de France veut insister sur le fait que l'effort d'innovation se doit d'être soutenu et encouragé aux niveaux national et européen par une feuille de route clairement définie : en d'autres termes, il faut définir des programmes de recherche et d'innovation cohérents. À cet égard, je mentionnerai l'initiative HydroPower Europe, financée par l'Union européenne, qui interroge tous les acteurs de l'hydroélectricité afin de définir des axes stratégiques de recherche et une feuille de route cohérente.

En tant que professeur, je suis sollicité pour participer à l'élaboration de la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche, et je pense que toutes les actions mises en oeuvre dans le cadre des stratégies de la recherche doivent inclure très clairement l'hydraulique et l'hydroélectricité en tant que telles qui, je le répète, ne sont pas une science ringarde.

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