Intervention de Frédérique Dumas

Séance en hémicycle du mardi 28 mai 2019 à 15h00
Questions au gouvernement — Accord sur le nucléaire iranien

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrédérique Dumas :

Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en 2015 à Vienne, était signé un accord historique de désarmement avec l'Iran. Téhéran s'engageait à ne jamais chercher à se doter de l'arme atomique en échange de la levée des sanctions économiques. Depuis 2017, l'Agence internationale de l'énergie atomique n'a cessé de confirmer que l'Iran respectait ses obligations.

Pourtant, trois ans après, Donald Trump annonçait le retrait unilatéral des États-Unis de cet accord. En août 2018, une première salve de sanctions visait notamment les secteurs de l'aviation civile et de l'automobile. En novembre 2018, une seconde vague de sanctions conduisait à l'embargo sur le pétrole iranien.

En raison de l'exterritorialité de la loi américaine, ces sanctions affectaient lourdement l'économie iranienne et les entreprises, notamment françaises, qui avaient investi en Iran. Pendant des mois, les pays européens signataires de l'accord ont cherché à contourner ces sanctions, sans succès. Français, Britanniques et Allemands ont en effet annoncé qu'ils mettaient en place un outil baptisé Instex, une sorte de mécanisme de troc. Ce dispositif est au point mort.

Le 2 mai dernier, une troisième vague de sanctions était décidée par Trump, mettant fin aux dérogations accordées à huit pays pour importer du brut iranien. En réponse, Téhéran annonçait, le 8 mai, suspendre les restrictions consenties sur le degré d'enrichissement de l'uranium et la mise en sommeil du réacteur à eau lourde d'Arak, décision prise dans le respect de l'accord de Vienne, comme le prévoient les articles 26 et 36.

L'Iran donnait soixante jours à ses partenaires pour rendre opérationnels leurs engagements, sous peine de ne plus respecter d'autres clauses de l'accord. Le message du président Hassan Rohani était clair : « Cette décision est réversible à tout moment. Cette opération a pour but de sauver l'accord, pas de le détruire. »

Les Américains ont déployé porte-avions et bombardiers B52 dans le Golfe persique. Ils viennent d'annoncer l'envoi de 1 500 hommes supplémentaires à titre de mesure préventive. Dans un climat de tension sécuritaire accru sur les terrains minés que sont la Syrie, la Libye, le Liban, l'Irak et le Yémen, les risques de dérapage accidentels sont nombreux. Nous sommes au lendemain des élections européennes. Beaucoup de promesses ont été faites. Quelles actions entreprendrez-vous pour que, en premier lieu, la France, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Union européenne respectent leurs engagements ? La crédibilité de l'Union européenne est en jeu.

3 commentaires :

Le 04/06/2019 à 23:27, chb17 a dit :

Avatar par défaut

 « La crédibilité de l'Union européenne est en jeu ».

Problème : les USA ne veulent de l'UE que comme girouette pour indiquer le vent atlantiste, comme caniche, comme mercenaire... ou si possible les trois à la fois.

L'ostensible mépris de Trump pour le droit, pour la parole donnée et pour tout ce qui n'est pas ''America first'' va amener encore un conflit d'intérêt entre Bruxelles-Berlin et Washington. Tout le monde rentrera dans le rang la queue entre les jambes, ou l'OTAN finira au fossé. La deuxième hypothèse est pitoyable aussi, mais inévitable à long terme.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Le 07/06/2019 à 21:34, chb17 a dit :

Avatar par défaut

Qu'est-ce qu'une Europe des nations ferait dans le dossier iranien ?

Rien, j'espère, puisque les relations multilatérales sous tutelle US n'auraient plus cours.

Alors que deviendraient les sanctions contre l'Iran et contre tous les pays qui se permettent de commercer avec Téhéran ?

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Inscription
ou
Connexion