Intervention de Joachim Son-Forget

Séance en hémicycle du vendredi 7 juin 2019 à 9h30
Débarquement de normandie — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJoachim Son-Forget :

C'est avec émotion que nous avons célébré hier le soixante-quinzième anniversaire du débarquement allié sur les plages de Normandie. Le temps s'écoule, les années défilent et pourtant l'émotion demeure toujours aussi forte. Chaque année, nous saluons la bravoure, l'abnégation et le sacrifice de ces hommes qui se sont battus pour que nous puissions vivre libres dans un monde en paix.

Dans cette perspective, il nous est proposé aujourd'hui d'adopter une proposition de résolution du président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, visant à exprimer la gratitude et la reconnaissance de l'Assemblée à l'égard des forces armées alliées ayant pris part au débarquement en Normandie le 6 juin 1944.

Avant de poursuivre cette discussion, je tenais à saluer et à remercier chaleureusement notre collègue Philippe Gosselin, député de la Manche, qui avait déposé une proposition de résolution allant dans le même sens.

Par ces initiatives, nous perpétuons ce qu'a entrepris notre Assemblée le 6 mai 2014 en adoptant de manière unanime une proposition de résolution de notre collègue Laurence Dumont, déposée à l'occasion du soixante-dixième anniversaire du Débarquement et également votée par le Congrès américain. À l'époque, M. Léon Gautier, vétéran du commando Kieffer, monument d'histoire et d'humilité, était présent dans les tribunes. Il était encore hier aux côtés de ceux qui lui ont succédé au sein des commandos de la marine nationale, alors que quatorze nouveaux marins étaient brevetés.

Préparée avec minutie afin de réduire au maximum les imprévus et les caprices du hasard, l'opération Overlord, initialement prévue en mai 1944 sur les côtes normandes, aura finalement lieu un mois plus tard. Parallèlement, l'opération Fortitude, fantastique campagne de désinformation, permettra de tromper avec succès les forces de l'Axe. Comme le dira Winston Churchill, « en temps de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle doit être escortée par une garde de mensonges ». Par son travail de sape et de harcèlement, la Résistance, armée de l'ombre, jouera également un rôle décisif avant le jour J.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, entre minuit et deux heures et demie du matin, l'opération commencera par le largage de 21 000 parachutistes dans le bocage normand, derrière les premières lignes de défense. À l'aube, après avoir été bombardée par l'aviation, la côte sera à son tour pilonnée par les navires. Puis 132 000 soldats, pour la grande majorité américains, canadiens et britanniques, prendront la direction de cinq points de débarquement sur les plages de Normandie à bord de 4 266 barges. Les Américains ont pour objectif de prendre Utah et Omaha, tandis que les Anglo-Canadiens doivent prendre Gold, Juno et Sword. Cent soixante dix-sept soldats français, membres du premier bataillon de fusiliers marins commandé par le capitaine de corvette Philippe Kieffer, débarqueront les premiers sur le sol français de Sword Beach, aux côtés des forces britanniques. Ce commando s'illustrera notamment en s'emparant du casino de Riva Bella à Ouistreham, transformé en bunker par les Allemands.

Si les débarquements sur les autres plages se déroulent plutôt bien, ceux d'Omaha tourneront vite au carnage et les soldats américains y découvriront l'enfer. Au soir du 6 juin 1944, les pertes alliées s'élèvent à 10 000 victimes, dont 5 000 soldats sur les plages – l'état-major en attendait 25 000.

L'opération Neptune n'est qu'une première étape et sera rapidement suivie par la dure bataille de Normandie, sanglante, traumatisante. Ces opérations constitueront les premiers jalons permettant à l'offensive alliée de défaire, moins de douze mois plus tard, les forces de l'Axe et de libérer l'Europe.

Le récit commun de cette opération hors norme vise simplement à témoigner une nouvelle fois de l'héroïsme déployé par ces hommes, qui ont permis à nos peuples de retrouver leur liberté et de rétablir la paix en Europe.

Ces legs ont pu être préservés grâce aux convictions et à la détermination de grands hommes politiques, à l'instar de Charles de Gaulle, de Konrad Adenauer, de François Mitterrand et de Helmut Kohl, qui sont parvenus à mettre de côté leurs rancunes, leurs colères et leurs passions, pour que les ennemis d'hier soient aujourd'hui unis.

Alors que les années emportent les derniers témoins des conflits les plus meurtriers de l'histoire, il est de notre devoir de transmettre le flambeau du souvenir aux jeunes générations afin que ceux qui se sont battus pour leur liberté ne tombent jamais dans l'oubli. N'ayons pas peur de leur dire que regarder en arrière ne révèle en rien une crainte de l'avenir. Au contraire, comme le disait T. S. Eliot, « on ne construit du solide que sur le passé ».

L'Union européenne et les Nations unies sont nées des ruines de la guerre et de l'évidence que de telles catastrophes ne devaient plus jamais advenir, tant et si bien que dans nos sociétés, la paix et la liberté semblent être acquises pour toujours. Or, le terrorisme, la poussée des populismes, la prolifération des armes nucléaires, les pressions migratoires et les changements climatiques sont autant de menaces qui pèsent sur nos peuples et remettent en cause ce pour quoi ces héros se sont battus.

À l'évidence, face à de tels dangers, des actions désunies ou désorganisées n'engendreront que le chaos. Seul le multilatéralisme, comme l'affirme cette proposition de résolution, nous permettra de résoudre durablement les conflits mondiaux.

Pour toutes ces raisons, le groupe UDI-Agir et indépendants apporte son soutien à cette initiative et votera la proposition de résolution.

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