Intervention de Claude Goasguen

Réunion du mardi 12 février 2019 à 17h05
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaClaude Goasguen :

Je ne vois pas comment je pourrais voter ce traité, dont je me demande d'emblée s'il était véritablement nécessaire.

Si j'en comprends la nécessité politique, pour ne pas dire politicienne, à la veille des élections européennes, quelle autre utilité peut-il avoir, sachant qu'il s'inscrit dans un climat politique radicalement différent de celui sous lequel a été signé le traité précédent par le général de Gaulle ? Le traité de l'Élysée s'inscrivait avant tout dans une démarche européenne : ce n'est pas le cas de celui-ci, qui est même, dans une certaine mesure, anti-européen, puisqu'il exclut les autres fondateurs de l'Europe pour ne plus garder que le couple franco-allemand.

De plus, la position de la France par rapport à l'Allemagne n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était en 1963 : à l'époque, la France signait avec l'Allemagne un accord semblable au foedus iniquum qui liait Rome aux cités qu'elle tenait sous son hégémonie ; c'est aujourd'hui exactement le contraire. J'ai été élu pour défendre la Nation, or la nation française est maltraitée.

Fallait-il réellement un traité international pour organiser les relations entre les collectivités territoriales de part et d'autre du Rhin ? Les collectivités peuvent parfaitement négocier entre elles, les universités peuvent coopérer – elles le font déjà.

Quant à la question de la langue, il me semble que l'allemand est, contrairement au français, une langue en déclin. Pourtant, l'article 15 pose le principe du bilinguisme, ce qui, dans un traité national me paraît à tout le moins douteux juridiquement, voire dangereux : si on s'amuse à faire des traités sur le bilinguisme avec tous nos voisins européens, on risque d'avoir quelques petites surprises, notamment du côté du sud de la France…

J'aimerais enfin que vous m'éclairiez sur ce que ce texte apporte à la France. J'ai beau avoir lu attentivement tous les articles, si je vois bien quels sont les intérêts de l'Allemagne, qu'en est-il pour notre pays ? On a évoqué notamment la question méditerranéenne et africaine, que je connais parfaitement : qu'on puisse prétendre que les Allemands ont l'intention de travailler avec les Français en Afrique et tout autour de la Méditerranée me fait sourire car, s'ils travaillent avec les Français, c'est pour les remplacer – les chiffres parlent d'eux-mêmes. De plus, permettez-moi de vous rappeler que l'Union de la Méditerranée, que nous avions créée, a été délibérément cassée par l'Allemagne, qui considère que le problème de la Méditerranée et de l'Afrique est le problème de l'Allemagne, pas le problème de l'Europe, encore moins celui de la France.

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