Intervention de Cédric Villani

Réunion du jeudi 6 juin 2019 à 9h00
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaCédric Villani, député, premier vice-président de l'Office :

– L'audition du 23 mai dernier au Sénat dans la salle René Monory a été surprenante et passionnante. Elle a d'ailleurs intéressé bien au-delà de cette salle du Sénat puisqu'aux 268 visionnages de l'audition en direct, se sont ajoutés, jusqu'à aujourd'hui, 581 visionnages en différé.

Le projet de conclusions qui vous a été distribué livre des conclusions synthétiques de cette audition. La première est celle du constat de la grande complexité de la situation, des conséquences du sinistre et des enjeux de restauration, réparation et reconstruction. L'ensemble requiert des moyens à la hauteur des enjeux, pour une conservation entendue au sens large. Les problèmes évoqués incluent des sujets préoccupants et urgents de santé publique. Les autres enjeux concernent l'analyse du sinistre et les réparations. Toutes les sciences se sont invitées dans ce sujet : sciences exactes, sciences humaines, mécanique, physique, chimie, médecine, expertises sur les pierres, bois, métaux, etc.

La reconstruction de Notre-Dame a un grand intérêt lorsqu'on s'interroge sur le passé, et que l'on réfléchit au futur. Le sujet de la préservation stratégique de certaines compétences techniques pointues fait partie du débat, de même que les enjeux de médiation, communication et formation. Nous avons vu que certaines associations scientifiques s'étaient portées parties prenantes pour analyser le sinistre et éclairer la puissance publique. Un processus de mobilisation exemplaire de la science s'est mis en oeuvre, au service de cette restauration.

Une intervention bienvenue du père Yves Combeau nous a également conduits à nous interroger sur l'usage de ce monument et les contraintes inhérentes à celui-ci. Pour notre part, nous avons pointé la difficulté d'une opération se déroulant sous le regard attentif des médias et des réseaux internationaux.

Nous avons entendu un certain nombre d'éléments rassurants et porteurs d'avenir. Nous nous sommes félicités de la très grande compétence technique mise en oeuvre. Nous avons entendu que certaines rumeurs, comme celle des pénuries de bois, étaient totalement fausses. Nous avons compris aussi que toutes sortes d'outils pourraient contribuer à améliorer le processus de reconstruction, grâce à des techniques aussi variées que la numérisation en 2 ou 3 dimensions, les recherches sur le béton ou de nouvelles procédures d'organisation humaine.

Pour l'Office parlementaire, il s'agissait de l'occasion d'aborder, pour une fois, un thème ayant trait aux croyances et à la spiritualité, dans un dialogue quasi-syncrétique avec les sciences et technologies. Il est d'ailleurs très intéressant de parler de ce sujet juste après celui des états modifiés de conscience, qui vient d'être évoqué avec l'IHEST, que nous n'imaginerions pas spontanément avoir à traiter dans notre périmètre.

Je vous propose deux recommandations principales, en conclusion. La première consiste à préconiser de veiller à prendre le temps indispensable au diagnostic et d'en tirer les conséquences qui s'imposent. Certes il faut aller vite, mais pas trop vite. Il y a une urgence impérieuse évoquée par le responsable du chantier pour sécuriser le site, mais il y a aussi le temps des analyses et des enquêtes, pour mieux comprendre ce qui s'est passé. Il y a enfin le temps de la mise en place du projet. Il importe de respecter le temps incompressible du diagnostic, à défaut de quoi nous passerons à côté d'une occasion, unique en son genre, de tirer tous les fruits de ce sinistre.

La deuxième recommandation principale vise à donner à la recherche les moyens financiers et humains, à la hauteur des enjeux. Nous souhaitons que ce projet de reconstruction, emblématique, soit exemplaire de ce point de vue. Nous devons considérer que l'aspect d'analyse technique et scientifique fait partie du chantier de reconstruction et qu'à ce titre, les financements doivent être alloués à toutes les analyses scientifiques et travaux de recherche concernés. En effet, il ne s'agit pas de travaux de recherche faits à côté du chantier, mais de travaux qui participent pleinement à ce chantier. Ce serait un magnifique exemple de coopération et de renforcement mutuel.

Il conviendrait en particulier de prévoir que la notion de « conservation », au sens du projet de loi en cours de discussion parlementaire, après une commission mixte paritaire non conclusive, inclue les travaux de recherche utiles à la reconstruction, de façon à mobiliser à leur profit une partie des fonds collectés dans le cadre de la souscription nationale prévue par ce projet de loi.

Telles sont, mes chers collègues, les conclusions que je vous propose pour cette audition publique si riche d'interventions et d'enseignements.

L'Office autorise, à l'unanimité, la publication du rapport présentant les conclusions et le compte rendu de l'audition publique sur les apports des sciences et technologies à la restauration de Notre-Dame de Paris.

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