Intervention de Ludovic Pajot

Séance en hémicycle du mardi 10 septembre 2019 à 15h00
Mobilités — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaLudovic Pajot :

On ne peut aborder un débat relatif aux mobilités sans poser la problématique des inégalités de traitement dont font l'objet les territoires ruraux d'un côté, et les grands ensembles métropolitains de l'autre.

Je ne clouerai pas au pilori les métropoles et les agglomérations qui ont leur utilité, ne serait-ce qu'en étant sources de dynamisme économique. Je veux simplement pointer une réalité à laquelle nous sommes chaque jour confrontés sur le terrain : la disproportion insupportable entre les moyens attribués à nos concitoyens des zones urbaines et ceux des zones rurales.

Au-delà du cas emblématique de la politique de la ville, qui a souvent conduit à déverser des milliards dans des quartiers sans que cette manne leur permette de se développer, l'espoir de mobilité se révèle bien souvent comme une pure chimère à celui qui parcourt nos villes et villages. Comment faire de la mobilité une réalité pour celui qui vit dans une zone où la petite ligne SNCF, faute d'être rentable, vient d'être supprimée ? Ce débat peut être difficile à comprendre pour certains élus métropolitains hors-sol, mais il est une réalité quotidienne pour nos compatriotes vivant dans des zones reculées.

Ces fractures territoriales, qui font tant de mal à notre cohésion nationale en creusant injustement les inégalités entre les Français selon leur lieu de résidence, ne se régleront pas à coup de belles déclarations péremptoires auxquelles nous sommes hélas habitués. L'action du Gouvernement, dans ce domaine comme dans bien d'autres, n'est pas à la hauteur des véritables enjeux. Surtout, on ne retient pas les outils qui permettraient de résoudre ces problèmes.

Prenons l'objectif de décarbonation d'ici 2050 et d'arrêt de vente des véhicules à énergie fossile d'ici 2040. Outre le fait qu'une politique d'aides fiscales a largement incité les Français, durant de nombreuses années, à privilégier les véhicules diesel qui sont aujourd'hui bannis, l'arrêt de la vente de ce type de véhicules doit s'inscrire dans une logique globale de conversion effective de notre parc automobile, notamment vers l'hydrogène, ce qui est très loin d'être acquis.

Le plan de 100 millions d'euros annoncé par l'éphémère ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot n'était évidemment pas à la hauteur, au regard de la Chine qui prévoit d'investir près de 8 milliards de dollars en dix ans ou, plus près de chez nous, de l'Allemagne qui décide un plan de 250 millions d'euros, accompagné d'un investissement annuel de 25 millions d'euros. Dans ce domaine aussi, rien ne vous interdit d'être ambitieux.

Il me semble en effet difficile d'expliquer aux habitants de ma circonscription, dont le pouvoir d'achat a encore été fragilisé ces derniers mois, qu'ils devront soit se passer de leurs voitures, soit investir plusieurs milliers d'euros supplémentaires pour répondre aux nouvelles normes écologiques. J'entends déjà certains nous vanter les mérites de la voiture électrique mais il est évident que ce moyen de locomotion n'est pas aussi écologique qu'on le prétend, ne serait-ce qu'en raison de la production de l'électricité qui a parfois pour origine des combustibles fossiles.

Par ailleurs, la production et le recyclage des batteries soulèvent de nombreuses questions, sans compter les conséquences pour l'environnement, qui sont loin d'être neutres.

Le vélo peut être un moyen de transport intéressant mais, aussi bénéfique soit-il, il ne saurait se substituer en toutes circonstances à l'automobile.

L'écologie doit être au coeur de nos politiques publiques. C'est une demande forte de nos concitoyens mais elle doit cesser d'être punitive et idéologique. L'urgence, que j'avais déjà soulevée en première lecture, est de désenclaver nos zones rurales. Comment redynamiser ces territoires si on accepte de laisser les services publics disparaître les uns après les autres ? Nous devons casser au plus vite ce cercle vicieux : diminution des moyens de transport, disparition des services publics, désertification médicale.

L'offre de services ne peut être intégralement numérique comme cela tend à se généraliser. Nous vous invitons par conséquent à tirer les leçons de ces derniers mois de tensions. Les Français vous ont envoyé des messages clairs : une fiscalité plus juste, l'amélioration de l'accès aux services publics de l'État et de la prise en compte des spécificités territoriales. Si ce projet de loi comporte certaines améliorations à la marge, il ne permettra pas de régler durablement les problèmes évoqués. Nous nous abstiendrons donc.

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