Intervention de Annie Chapelier

Réunion du mercredi 18 septembre 2019 à 9h40
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAnnie Chapelier :

Je voudrais évoquer quelque chose dont vous avez peu parlé, hormis vous, madame Escudé. Nous ne cessons de répéter que les pôles, et surtout l'Arctique, aiguisent les ambitions des puissances mondiales et excitent leur convoitise pour exploiter des ressources jusqu'alors inaccessibles, sans que jamais le prix à payer de l'enjeu environnemental, climatique, et humain ne soit évoqué. Nous en parlons comme si ces terres étaient à la disposition de tous, car inhabitées, en observateur absolument détaché. Finalement, il n'y a pas que les oursins qui deviennent des espèces invasives. Nous oublions vite que ces zones inhospitalières sont peuplées depuis la nuit des temps par des populations qui ont réussi à vivre dans cet environnement hostile en respectant les équilibres environnementaux. La France a eu deux grands explorateurs qui étaient également anthropologues, Paul-Émile Victor, qui a donné son nom au centre de recherche, et Jean Malaurie, qui a créé la collection Terre Humaine, que j'ai eu la chance de rencontrer très récemment et avec lequel j'ai pu discuter longuement. Ces peuples indigènes, Inuits, Iakoutes, ou Sâmes, pour les plus connus, sont au nombre de dix-neuf ethnies. De l'Ouest à l'Est – c'est vous qui donnez les noms – Sâmes, Nénetses, Mansis, Selkoupes, Énetses, Khantys, Kètes, Nganassanes, Dolganes, Évenks, Évènes, Youkaghirs, Tchouvantses, Tchouktches, Kéreks, Alioutors, Koriaks, Aléoutes, Inuits. Je tenais vraiment à les nommer parce que je pense que nous l'avons rarement fait, que ce soit ici ou même dans d'autres salles de l'Assemblée nationale.

La fonte des glaces a pour conséquence de modifier complètement leur mode de vie traditionnel. Elle accélère l'acculturation par une nouvelle forme de migration du Sud vers le Nord. Elle les exproprie de leurs territoires ancestraux, l'intérêt économique prévalant sur toute chose. Ils sont pourtant partie intégrante de notre biodiversité humaine. Leur disparition n'est que l'un des reflets supplémentaires de celle de la biodiversité tout court. La coopération régionale dans les États arctiques les associe parfois, comme dans le cadre du Conseil de l'Arctique créé en 1996, et largement évoqué par vous, madame Escudé. Malheureusement, les pouvoirs de ce Conseil sont limités et jamais contraignants. Jean Malaurie ne cesse de répéter que, sans les peuples autochtones, nous ne pourrons jamais envisager un avenir pérenne de l'Arctique, car leurs connaissances intrinsèques de tous ces écosystèmes sont uniques. L'homme a su, plus qu'il ne sait. Ma question a vocation de plaidoyer pour parler d'eux et rappeler leur existence. Mesdames et messieurs, pourriez-vous m'éclairer sur la place et le poids réel de ces peuples face aux États ? Ont-ils une voix réelle au chapitre, et comment pourrait-on les inclure vraiment dans les processus décisionnels, dans des organisations déjà existantes, ou dans de nouvelles à concevoir ?

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