Intervention de Agnès Thill

Séance en hémicycle du mercredi 30 octobre 2019 à 15h00
Condamnation de l'offensive militaire turque dans le nord-est syrien — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAgnès Thill :

La guerre civile syrienne dure depuis plus de huit ans déjà. Elle a fait un demi-million de morts et a provoqué l'exil de 5 à 6 millions de personnes de leur foyer, soit le quart de la population.

Aujourd'hui, nous sommes toujours confrontés au fait qu'un pays, la Turquie, notre partenaire de l'OTAN, a annexé un territoire en violation du droit international et que des populations sont expulsées ; nous ne pouvons pas laisser les choses en l'état. Quant à la création d'une zone de sécurité, elle signe en réalité la fin du rêve d'autonomie du peuple kurde de Syrie.

Assis sur les bancs confortables de cet hémicycle, n'ayant pour la plupart jamais connu de guerre sur notre sol, nous avons du mal à réaliser l'ampleur de ce drame. Nous avons du mal à réaliser la complexité du terrain, des facteurs religieux, ethniques et politiques, des alliances de circonstance. Nous ne réalisons pas l'ampleur du courage de tous ceux qui se sont engagés, les armes à la main, la peur au ventre et le courage au coeur.

Je voudrais commencer par leur rendre hommage. Je voudrais remercier tous les soldats engagés contre l'État islamique. Je voudrais témoigner de mon admiration pour les jeunes soldats français engagés dans ce conflit. Dix jeunes Français viennent de partir lutter contre l'ennemi, dix jeunes héros véritables, capables de s'engager.

Dans ce combat contre l'État islamique, les Kurdes ont souvent été en première ligne. Ils se sont battus pour défendre leur droit à exister en tant que peuple, et ont par là même défendu notre propre sécurité. Ils ont fait front contre ceux qui ensanglantaient notre pays par le terrorisme.

L'offensive turque menace directement ce droit des Kurdes à exister en tant que peuple. Souvenons-nous du génocide qui a exterminé 70 % de la population arménienne de Turquie, et la même proportion de Grecs et de Syriaques.

Assis sur les bancs confortables de cet hémicycle, nous ne pouvons pas nous rendre compte de l'ampleur de ce drame. Mes chers collègues, laisserons-nous l'histoire se répéter ? Nous savons tous ici que l'intérêt de la Turquie, froid et géostratégique, est d'effacer la présence kurde, qu'elle perçoit comme une menace directe.

La Turquie menace le peuple kurde. Fiers d'avoir vaincu, les Kurdes sont cependant usés, épuisés, saignés par la guerre qu'ils ont été les premiers à mener. Et la Turquie veut leur porter le coup de grâce.

Assis sur les bancs confortables de cet hémicycle, nous multiplions les beaux discours. Seulement, mes chers collègues, nous ne sommes pas un concours d'éloquence ! Nous sommes le coeur décisionnel de la cinquième puissance militaire mondiale, en outre moteur de l'Union européenne.

La France a les moyens de défendre une vision politique forte et de faire entendre une voix qui porte dans le monde. Nous avons déjà entendu cette voix par le passé. Souvenons-nous des grandes heures de la diplomatie française, en particulier du discours de 2003 à l'ONU contre la guerre en Irak. Ce jour-là, mes chers collègues, le monde entier a entendu la voix de la France, capable non seulement de parler avec toutes les parties prenantes, mais aussi de prendre des décisions puissantes et véritablement courageuses.

À nouveau, l'histoire nous convoque. Et nous pouvons choisir de faire preuve du même courage. Nous ne devons pas laisser l'histoire se répéter.

Nous devons avoir le courage de demander la suppression des fonds de préadhésion à l'Union européenne. Comment imaginer une seule seconde que cette Turquie-là ait sa place parmi nous ?

Nous devons avoir le courage de nous interroger sur sa présence dans l'OTAN. Le pays qui se dit notre allié doit comprendre la portée de son acte et de ses conséquences.

Nous devons avoir le courage de dénoncer le chantage migratoire que nous impose la Turquie et le double jeu qu'elle mène avec le terrorisme islamiste depuis le début du conflit, qui menace directement la sécurité de nos propres citoyens, sur notre propre sol.

Nous devons avoir le courage de condamner l'offensive militaire turque dans le Nord-Est syrien. Il y va de l'existence même du peuple kurde. Il y va de la sécurité même du peuple français. Il y va de l'image de la France parmi les nations et de notre honneur.

2 commentaires :

Le 30/11/2019 à 02:26, Photini Mitrou a dit :

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Vous avez bien fait de rappeler que le génocide des Arméniens par les Turcs ne s'était pas seulement arrêté aux Arméniens mais qu'il a également touché les Grecs et les Syriaques

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

Le 30/11/2019 à 08:59, Laïc1 a dit :

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Tous les livres d'histoire enseignent que les Kurdes étaient le bras armé de la Turquie dans le génocide contre les Arméniens. Alors jouer les Kurdes contre les Turcs en rappelant ce génocide n'a strictement aucun sens historique.

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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