Intervention de Guy Teissier

Réunion du mercredi 23 octobre 2019 à 9h30
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaGuy Teissier, rapporteur pour avis :

Cela n'a strictement rien de militaire. L'établissement pour l'insertion dans l'emploi (EPIDE) créé par Michèle Alliot-Marie à l'époque où je présidais de la commission de la défense a un squelette reposant sur les armées et présente une tendance à la militarité. Les plus humbles d'entre les nôtres, ceux qui n'ont aucun bagage, ont ainsi la possibilité de suivre une formation pendant six mois, renouvelables six mois. Dans les EPIDE, le taux moyen d'intégration dans l'emploi des jeunes filles et des jeunes hommes, tous français, est d'environ 50 %, ce qui me paraît tout à fait extraordinaire lorsqu'on sait qu'un certain nombre d'entre eux ne savent quasiment pas écrire et parler le français.

Aucun crédit n'est prévu dans le projet de budget de la défense pour le SNU. Il est financé par le ministère des sports. Il y a peut-être une tentation de le faire financer par les armées, je n'en disconviens pas. Soyons donc vigilants.

Monsieur Joncour, l'OTAN est un des piliers de la solidarité transatlantique. Je rappellerai qu'en 1966, lorsque le général De Gaulle quitte à grand fracas le commandement intégré de l'OTAN, les Américains se déchaînent, ont des mots très durs à notre endroit et le président américain a cette formule : « Avec les Français, on peut être les meilleurs ennemis en temps de paix et des alliés en temps de guerre. » Cela résume ce que pourrait être l'OTAN, aujourd'hui. Cela étant, la tendance actuelle de l'OTAN laisse à penser que nous avons plus de difficulté partout où elle est que là où elle n'est pas. Je reviendrai sur le cas emblématique de la Turquie, difficile et douloureux.

La relation avec l'OTAN devrait être faite de partage et équilibre. Or, les États-Unis essaient d'envelopper l'Europe. Il faut savoir qu'il existe dans l'OTAN un bureau « renseignement » ouvert aux alliés et un bureau « renseignement » américain inaccessible aux alliés. Ce qui prouve bien une double action à l'intérieur de l'OTAN, que nous ne sommes pas, les uns et les autres, considérés à égalité dans ce pacte et qu'il y a une relation hégémonique de l'OTAN dans le système de défense européen d'aujourd'hui.

Monsieur David, nous peinons à mettre en place le G5 Sahel, comprenant les cinq pays du Sahel, pour leur laisser la main dans l'opération. Les problèmes qui se posent à nous pour constituer un état-major européen se posent pareillement à nos voisins et amis africains. Ils ne parviennent pas à s'accorder sur la nationalité du général qui pourrait en prendre le commandement. J'ai rencontré un général mauritanien d'excellente qualité qui ferait un excellent chef d'état-major, mais il est récusé par d'autres. Faute d'état-major et faute de chef, nous n'arrivons pas à le mettre en place.

S'agissant des jeunes, vous avez raison, mon cher collègue, la quasi-majorité de ceux qui ont embrassé le métier des armes sont des contractuels, ce qui pose d'importants problèmes de vie. Mais compte tenu de la spécificité du métier des armes, on ne peut professionnaliser immédiatement, avant un premier contrat d'une durée de cinq ans, des jeunes hommes ou des jeunes femmes qui ne connaissent pas ce métier et qui pourraient vouloir le quitter au bout de quelques années. Un système permet de passer du statut de contractuel à celui de sous-officier sous contrat (SOC), mais il n'est ouvert qu'aux sous-officiers. Pour sortir de cette précarité, les hommes du rang ont la possibilité, soit d'intégrer l'école des sous-officiers d'active, soit d'accéder au rang de sergent. Certains officiers servent aussi d'une manière contractuelle : les officiers sous contrat, limités au grade de capitaine et à vingt-deux ans de service.

Notre collègue M. Naegelen a posé la douloureuse question des soldats qui meurent en service. Ainsi, huit légionnaires ont récemment perdu la vie, emportés par une avalanche. On ne peut pas considérer que les soldats morts en entraînement sont morts au combat. Cette distinction a toujours existé et il me paraît normal de la faire. Je ne crois pas que les familles ne soient pas soutenues. Pour en avoir connu plusieurs exemples, je dirai même qu'ils font l'objet d'une attention particulière et qu'un soutien psychologique est apporté aux familles et aux blessés. Au grand hôpital militaire de Marseille, l'hôpital Laveran, j'ai pu apprécier la qualité des soins et l'environnement familial apportés à nos jeunes soldats traumatisés par des accidents graves.

Madame Dumas, c'est le fondement de nos armées de faire du civilo-militaire. Depuis toujours, nos armées ont eu le souci d'apporter de l'eau, de soigner les gens, etc. Je pourrais citer des exemples à n'en plus finir mais je n'en retiendrai qu'un, joli. À Djibouti, après des heures de route en plein désert, j'ai vu, au milieu de rien, ce qu'on appelle en Afrique un kéké, c'est-à-dire un petit épineux auprès duquel les trouvaient deux véhicules de la légion étrangère, dont un véhicule d'évacuation sanitaire. Nos soldats, médecins, infirmiers, recevaient des gens qui avaient cheminé à pied depuis des jours et des nuits pour venir se faire soigner. Cela se fait depuis toujours, mais vous m'accorderez qu'il est plus difficile de faire du civilo-militaire dans les zones hostiles du Sahel que dans des endroits où l'on est en relative sécurité. Il est plus difficile d'aller au-devant des populations qui vous jettent des pierres que de celles qui font la queue devant nos camps à partir de 6 heures du matin pour se faire soigner ou faire soigner leurs enfants, comme je l'ai vu au Tchad. Cela fait la grandeur de notre service de santé, mais pas seulement. Nos militaires apportent aide et assistance aux populations chaque fois qu'ils peuvent le faire dans le temps du service qui leur est imparti.

M. Mélenchon a fait un grand exposé à sa façon que nous apprécions. Vous condamnez l'OTAN d'une manière irréversible en demandant à quoi sert ce budget si ce n'est d'atteindre le niveau de 2 % imposé par l'OTAN aux pays européens ? Vous n'avez pas tort car c'est la norme demandée par l'OTAN. Mais vous êtes dans une forme de contradiction, car plus l'Europe sera puissante, plus elle pourra se défendre elle-même, mieux ce sera et moins nous aurons besoin de l'OTAN. Notre collègue a remarqué que seuls sept pays ont atteint ce pourcentage, dont la Grèce à un niveau extraordinaire…

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