⚠️ Attention : du fait de profonds changements sur le site de l'Assemblée, les compte-rendus des commission
ne peuvent plus être intégrés depuis avril 2020. Notre équipe de bénévoles travaille à trouver des palliatifs à cette situation.
Par ailleurs depuis la pandémie, l'Assemblée ne publie plus les présences aux réunions de commissions.

Intervention de Amiral Christophe Prazuck

Réunion du jeudi 3 octobre 2019 à 9h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la marine :

Un million et demi de spectateurs sont allés voir Le Chant du loup : c'est une réussite pour ce premier film, un film d'action sur les sous-marins. Pour ce qui me concerne, je suis entré dans la marine parce que j'avais vu Le Crabe Tambour. Il est donc probable que le Chant du loup ait suscité la vocation de petits Prazuck… Cela dit, le recrutement, c'est de la chimie lente, un engagement mérite d'être mûri. Ce film est un des éléments qui contribueront au recrutement ; comme c'est un bon et beau film, qui met en scène des individus fiers de ce qu'ils font, impliqués et animés par un esprit d'exigence mais aussi de camaraderie et d'amitié, je pense qu'il fera son chemin et qu'il nous aidera à recruter.

Avons-nous briefé Antonin Baudry sur les procédures de mise en oeuvre de l'arme nucléaire les plus secrètes de la République ? Non. A-t-il pu, en tant qu'artiste, laisser libre cours à son imagination ? Oui.

Nous avons accueilli dans nos sous-marins Antonin Baudry et les acteurs, qui ont rencontré des sous-mariniers et ont pu parler avec eux. C'est ainsi, par infusion, que nous avons pu influer sur ce film, mais la part de fiction est évidemment majeure. En tout état de cause, je le répète, l'auteur n'a pas été briefé sur les procédures de la dissuasion.

Madame Gipson, le Suffren aura-t-il un équipage féminisé ? C'est mon souhait et c'est l'objectif affiché par la marine depuis 2014. Pour l'instant, son équipage ne compte pas de femmes, car il est composé de marins – environ 90, ils ne seront par la suite qu'une soixantaine – qui ont déjà roulé leur bosse sur les SNA et ont une expérience des sous-marins. Mais, dès que les essais seront terminés, nous ouvrirons bien sûr le Suffren aux femmes.

Lorsque nous avons ouvert les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) aux femmes, je pensais qu'elles seraient beaucoup plus nombreuses à se porter candidates. Nous avons embarqué les quatre premières il y a deux ans, et nous en embarquons actuellement deux autres. Il faudra probablement qu'elles témoignent, qu'elles expliquent ce qu'elles ont vécu et ce qu'elles ont fait, qu'elles apaisent d'éventuelles craintes pour que les femmes soient plus nombreuses, comme c'est le cas dans la marine américaine ou britannique sans que cela ne produise la moindre difficulté. Notre objectif est donc de rallier ces modèles, qui ont fait et font leurs preuves. Sur les SNLE, cela se fait à un rythme moins rapide que celui que j'espérais mais cela va venir !

Le renforcement de la mixité dans la marine est un de mes chevaux de bataille. Je suis assisté, dans ce domaine, par une équipe de réservistes citoyens qui s'intitule « Tous les talents » et qui me fait des propositions. Elle a ainsi suggéré que nous nous adressions aux clubs sportifs féminins, que nous modifiions nos parcours de carrière. J'observe que, cette année, onze femmes sont entrées à l'école navale, contre cinq les années précédentes. C'est très encourageant.

Monsieur de La Verpillière, en ce qui concerne les nouveaux porte-avions, le travail se poursuit dans la perspective du rendez-vous fixé en 2020, qui doit nous permettre de définir les grandes options. Si nous voulons couvrir des besoins opérationnels qui vont des frappes contre la terre au contrôle d'espaces aéromaritimes et à la dissuasion, il nous faut déterminer comment on le fera, avec quels avions, en particulier le NGF (New Generation Fighter), combien d'avions, quelle taille de bateau. En partant de la taille de l'avion, vous obtenez la taille du pont et, à partir de la taille du pont, vous avez une idée des dispositifs de catapultage et de récupération, qui seront très vraisemblablement américains et à énergie électromagnétique. Grâce à ces éléments, vous calculez assez rapidement le tonnage, dont vous pouvez déduire les différentes options de propulsion. Cela demande des études, qui sont en cours et qui sont financées par la DGA, à hauteur d'une trentaine de millions d'euros en 2020.

Pourquoi le coût de mon carburant risque-t-il d'augmenter ? Parce que dès lors que les carburants de la marine de commerce seront davantage raffinés qu'ils ne le sont aujourd'hui, je vais me retrouver en compétition avec elle sur le marché du raffinage. Alors qu'auparavant, seules les marines de l'OTAN utilisaient exclusivement du diesel léger peu soufré, produit par des usines quasiment dédiées à notre seul usage, il va désormais nous falloir partager cette capacité de production avec la marine de commerce, qui utilise du diesel marine dont le taux de soufre, jusqu'ici toléré jusqu'à 1,5%, va devoir descendre à 0,5% en application d'une norme internationale, ce qui entraînera probablement une augmentation du coût du carburant.

Monsieur Lainé, le logement est mère de toutes les batailles, en tout cas pour ce qui est de la fidélisation des personnels. Nous attendons avec impatience les conclusions de votre rapport. Compte tenu de l'augmentation continue des loyers et du coût de l'immobilier dans des villes telles que Paris ou Toulon, nous avons de plus en plus de mal à trouver des volontaires. En ce qui concerne l'hébergement, nous disposerons, pour les plus jeunes, de 20 millions d'euros en 2020 pour rénover les casernements de la base aéronautique navale d'Hyères, qui sont en très mauvais état, ainsi que des hébergements sur la base FUSCO (Fusiliers et commandos) de Lorient, à La Réunion et au pôle Écoles Méditerranée de Saint-Mandrier. Dans chaque port, nous poursuivons notre oeuvre de régénération de l'hébergement.

En ce qui concerne les compétences, je comprends votre question. Pour moi, un marin, c'est quelqu'un qui navigue et qui fait partie d'une unité opérationnelle. S'il s'agit de recruter quelqu'un qui, à aucun moment au cours de sa carrière, ne mettra les pieds dans une unité opérationnelle, comme un spécialiste de cyberdéfense ou de logistique il n'est pas nécessaire qu'il soit marin.

Enfin, s'agissant de la question de l'attribution des logements, je ne recherche pas forcément de poste de marin spécialisé au sein des bureaux des logements, mais je pense que la conscience des contraintes de la vie militaire – mobilité, plans annuels de mutation, – est utile dans le cadre de l'attribution des logements.

Monsieur Le Gac, la marine se trouve dans trois types de situation face au risque « cyber ».

Tout d'abord, les « vieilles bailles », les bateaux anciens, les patrouilleurs de haute mer – les P400 – sont peu pourvus en informatique : ils sont donc évidemment parfaitement étanches à la cybermenace.

Pour les bateaux de demain, les FDI (Frégates de défense et d'intervention), Naval Group prévoit la création d'un data center. Ils seront donc nativement protégés contre les cyberattaques. Des améliorations devront certainement être apportées, mais ce risque est pris en compte dès le départ.

C'est au milieu que se retrouvent les cas les plus difficiles, c'est-à-dire des bateaux équipés de beaucoup d'informatique, conçus dans les années 2000 alors que nous n'avions aucune notion de ce qu'est une cybermenace. C'est donc sur ces navires que nous concentrons actuellement nos efforts. La refonte du Charles-de-Gaulle, par exemple, a consisté en partie à le doter d'un PC de cyberdéfense, qui n'existait pas.

Comment nous organisons-nous ? En matière de menace cyber, le moment que nous estimons le plus délicat n'est pas celui où le bateau est à la mer ou dans une zone de combat ; c'est pendant sa période d'entretien. Durant cette phase, des centaines de personnes montent à bord, notamment des sous-traitants, qui, par manque de vigilance ou d‘expérience peuvent infecter nos systèmes informatiques. Il s'agit donc d'un point de vigilance important. Au-delà du travail avec les industriels sur la maintenance du bateau, nous devons nous assurer de nos capacités autonomes de réponse dans l'urgence. Nous avons donc créé, à cette fin, deux centres de soutien en cyberdéfense – l'un à Toulon, l'autre à Brest –, capables de réagir à chaque alerte. Heureusement, les véritables alertes sont rares. Pour l'instant, ils n'ont réagi qu'à de fausses alertes. J'ajoute que nos exercices les plus complexes incluent désormais une dimension cyber.

Quel est notre lien avec le monde civil ? Pour l'instant, il consiste dans des passerelles. Le Centre de sécurité maritime que ne nous avons créé à Brest, le MICA Center (Maritime information cooperation and awareness) est le point de contact de tous les armateurs français : lorsqu'ils ont un doute, ils appellent ce centre. Par la suite, nous pouvons leur apporter une expertise interne ponctuelle, mais la déclaration d'agression, le relevé des éléments qui la constituent et le traitement relèvent de la gendarmerie et des forces de sécurité intérieure. De même que nous sommes le point de contact unique en matière de sécurité maritime pour les bateaux qui se rendent dans le Détroit de Malacca, au large de la Somalie ou dans le Golfe de Guinée, nous sommes le point de contact unique pour les armateurs qui pensent être victime d'une attaque cyber.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion