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Intervention de Sylvain Maillard

Séance en hémicycle du mardi 3 décembre 2019 à 15h00
Lutte contre l'antisémitisme — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaSylvain Maillard :

L'antisémitisme est une haine caractérisée par trois éléments : elle est multiséculaire, génocidaire, mais aussi protéiforme. Parce qu'elle se réinvente sans cesse, il faut constamment trouver de nouveaux moyens de la combattre. Or les nouvelles expressions de l'antisémitisme ont toutes un point commun : elles avancent à force de dissimulation, prétendant utiliser d'autres mots et d'autres concepts – tout comme, autrefois, l'antisémite se disait « antidreyfusard ».

Comment lutter contre un fléau qu'on ne peut nommer ni définir avec précision ? Les mots ont un pouvoir décisif : c'est en nommant les choses qu'on est capable de s'y confronter. Aussi devons-nous répondre à une question essentielle : qu'est-ce que l'antisémitisme au XXIe siècle ?

Tel est l'objet de notre proposition de résolution. Elle vise à adopter la définition de l'antisémitisme retenue par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'holocauste, l'IHRA, en excluant les exemples cités par l'IHRA à titre d'illustration. Cette définition a été votée par le Parlement européen en 2017 et endossée par le Conseil de l'Union européenne en 2018. Depuis, seize États membres l'ont adoptée. La France a d'ailleurs voté en sa faveur en 2016, lorsque cette définition a été discutée à l'IHRA. Enfin, le Président de la République l'a officiellement endossée, le 20 février dernier, lors du dîner du CRIF – Conseil représentatif des institutions juives de France.

Cette définition, la voici : « L'antisémitisme est une certaine perception des juifs qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l'antisémitisme visent des individus juifs ou non etou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte. »

Notre résolution n'est pas contraignante juridiquement, et n'a pas vocation à l'être : il n'est pas question de modifier le code pénal, ni la loi de 1881 sur la liberté de la presse. En apportant une définition de l'antisémitisme, elle vise à raffermir les pratiques des forces de l'ordre, des magistrats et des enseignants, et à leur permettre de mieux appréhender un antisémitisme qui prend parfois, aussi, les traits de l'antisionisme.

Qui ne comprend ce que signifie le terme « sioniste » dans la bouche des pourvoyeurs de haine, dans la rue ou sur les réseaux sociaux ? Chacun en conviendra, lorsqu'Alain Finkielkraut est traité de « sioniste de merde » et sommé de « rentrer chez lui à Tel-Aviv », ce ne sont pas ses positions politiques qui sont visées, mais ce qu'il est : juif. Nous ne pouvons pas nous permettre que l'inacceptable se banalise. Comme l'écrivait Charles Péguy, « il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. »

Demain, grâce à ce texte, il sera possible de mieux qualifier les attaques antisionistes motivées par une haine des juifs, sans pour autant empêcher les critiques à l'égard des politiques menées par l'État d'Israël. Le discernement doit nous permettre d'exercer une libre critique face aux politiques conduites par les gouvernements israéliens, tout en refusant les reproches adressés à l'État d'Israël sous le seul prétexte qu'il serait juif. Le discernement impose aussi d'en appeler au nécessaire respect du droit international, tout en refusant de rendre les juifs collectivement responsables des politiques menées par les autorités israéliennes.

3 commentaires :

Le 09/12/2019 à 12:22, Laïc1 a dit :

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"En 1990, la loi tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, dite loi Gayssot, a condamné la négation des crimes contre l'humanité, preuve de l'engagement de la France dans ce combat qui l'honore."

Il faut aussi reconnaître les génocides contre les Ukrainiens, les Cambodgiens, les Tutsis, les koulaks, il faut être vigilant et condamner partout dans le monde où l'on sait que des crimes contre l'humanité ont eut lieu.

Pourquoi la France s'obstine-t-elle à ne pas reconnaître le génocide ukrainien et les crimes contre l'humanité contre les koulaks ? A-t-elle la conscience si pure que cela dans la dénonciation des génocides ?

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Le 23/05/2020 à 13:17, Laïc1 a dit :

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On ne peut pas ne pas reconnaître les génocides, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre perpétrés par l'union soviétique et autres régimes communistes à seule fin de ne pas déplaire au PCF et à leurs sympathisants, ce serait comme si on se refusait à ne pas reconnaître le génocide juif ou arménien à seule fin de ne pas déplaire à l'Allemagne ou à la Turquie.

Le devoir de mémoire est un devoir de vérité et d'objectivité apolitique.

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Le 23/05/2020 à 13:24, Laïc1 a dit :

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... c'est comme si on se refusait à reconnaître....

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