Intervention de Éric Coquerel

Séance en hémicycle du jeudi 19 décembre 2019 à 9h00
Projet de loi de finances pour 2020 — Motion de rejet préalable

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaÉric Coquerel :

Mais il y a bien des retraites spéciales que vous avez choisi de défendre : celles des policiers – et je ne suis pas contre – , tant votre régime ne tient plus que grâce à eux ; d'autres dont on parle moins, comme les retraites par capitalisation, auxquelles vous avez accordé maintes exonérations dans la loi PACTE – relative à la croissance et la transformation des entreprises – ou comme les retraites chapeaux, que votre projet n'évoque même pas. Et pour cause ! Derrière ces choix, c'est le moteur même de votre politique qui se cache et qu'il faut dénoncer.

Ce pays ne souffre pas d'avoir accordé trop de cadeaux aux salariés, aux travailleurs ; il souffre du fait que la rente capitaliste versée aux actionnaires pèse de plus en plus lourd. Il y a trente ans, un salarié travaillait neuf jours pour les actionnaires ; aujourd'hui, c'est quarante-cinq jours.

Vous continuez d'accroître ces avantages accordés aux plus riches, au prétexte qu'ils finiront par rejaillir sur toute l'économie, mais on voit que ce n'est pas le cas. C'est l'essence même de votre politique, qui entraîne inévitablement les inégalités. Oh, je le sais bien, je n'arriverai pas à vous convaincre, pas plus que je n'arriverai à convaincre la sphère sociale que vous défendez, celle qui prévaut, celle qui pense qu'il faut nommer des DRH au Gouvernement pour régler les conflits sociaux, celle qui a, l'an dernier, fait passer 400 000 Français supplémentaires sous le seuil de pauvreté, pendant que vous distribuiez 400 millions d'euros de plus aux 60 000 plus riches de nos concitoyens.

Tout est là : pour donner aux plus riches, vous devez prendre à l'ensemble de la société, notamment, de manière inique, aux 10 % les plus pauvres. Il faut bien compenser les exonérations, sans même parler de ces 20 milliards de CICE – crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi – , dont on sait qu'ils ne créent pas un seul emploi. Alors vous attaquez les retraites. Vous attaquez les chômeurs : avec la réforme que vous appliquez depuis quelques mois, vous allez entraîner dans la pauvreté, l'an prochain, plus d'1 million d'entre eux, privés d'indemnités. Vous attaquez les APL, les aides personnalisées au logement. Vous attaquez l'AME, l'aide médicale d'État, destinée aux plus défavorisés.

Voilà le mouvement que ce PLF prolonge car l'impôt que vous réduisez, c'est l'impôt redistributif par excellence, car vous supprimez la taxe d'habitation pour les plus riches, car vous ne touchez pas aux cadeaux que vous leur avez offerts depuis trois ans, en supprimant l'ISF – impôt de solidarité sur la fortune – ou en abaissant l'impôt sur les sociétés, pour un coût de 30 milliards !

Et comme vous compensez ces baisses de recettes par des baisses de dépenses publiques, avec des objectifs comptables dont nul ne comprend plus les raisons, ce sont toutes les missions publiques que vous attaquez, avec des diminutions de budget pour des ministères aussi essentiels que ceux de la santé, du travail, des finances, etc.

Au fond, en menant cette politique de casse de l'État social tel qu'il a été construit après la Libération et renforcé par de grandes luttes sociales, notamment en 1968 puis dans les années 1980, vous affaiblissez tous les mécanismes d'égalité et de solidarité de notre pays. Vous mettez le pays en tension, toujours au profit des mêmes. Vous menez une politique si inégalitaire que vous aurez beau appuyer sur le couvercle autant que vous voudrez, la cocotte-minute finira par exploser, je vous le dis !

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