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Intervention de Jean-Luc Mélenchon

Réunion du mercredi 15 janvier 2020 à 16h05
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Luc Mélenchon :

Monsieur le ministre, je vous remercie pour ce tour d'horizon. Il est impossible de vous interpeller sur tous les sujets que vous avez évoqués dans les trois minutes dont je dispose, c'est pourquoi je me concentrerai sur le moment de crise ouverte que représente la situation entre l'Iran et les États-Unis d'Amérique. Pour ma part, je considère que la politique de M. Trump est cohérente et n'a jamais été celle d'un homme qui dit ou fait n'importe quoi : cette politique est construite et ses objectifs se voient très clairement. Évidemment, ces objectifs ne sont pas les nôtres, nous y sommes hostiles, mais nous devons faire avec et, si possible, tirer parti des désordres qu'occasionne la politique de M. Trump. Puisqu'il n'y a plus aucune stabilité dans la région, c'est peut-être le moment pour nous d'avancer nos pions, afin d'avoir une chance de voir un jour la situation se stabiliser à nouveau dans un état correspondant à ce que nous souhaitons. Or, cela n'est pas possible si nous donnons le sentiment que, quoi que disent et fassent les États-Unis d'Amérique, nous sommes d'accord avec eux. Je ne dis pas cela par a priori, mais simplement parce qu'une telle attitude vous ferme les oreilles et vous empêche à la fois d'écouter les autres et d'intervenir.

Je veux évoquer quatre sujets importants qui pourraient être débloqués précisément en raison du désordre actuel. Premièrement, je veux insister sur le fait que la diplomatie française a joué un rôle essentiel dans l'accord de Vienne, portant sur le programme nucléaire de l'Iran. Les États-Unis d'Amérique ont décidé unilatéralement de s'en retirer et, bien que nous n'en ayons pas fait de même, nous nous alignons sur leurs autres demandes. Si les États-Unis disent qu'ils ont quitté l'accord parce qu'ils ont présenté d'autres demandes qui ne sont pas satisfaites, de son côté, la France ne peut pas soutenir à la fois l'accord de Vienne et les autres demandes.

J'ajoute que si la question du nucléaire est posée – elle l'est, à l'évidence –, elle doit l'être globalement : l'objectif de la France, c'est la dénucléarisation de toute la zone. De même, nous sommes contre la prolifération nucléaire et le recours à l'arme nucléaire, quel que soit le pays concerné : peu importe que nous soyons nous-mêmes une puissance nucléaire, nous n'avons jamais dit que le monde irait mieux si les autres le devenaient aussi. La responsabilité des États-Unis est donc totale dans la situation actuelle. Nous ne devons pas nous aligner sur eux et ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons avancer.

Pour autant, il n'y a pas lieu de donner un blanc-seing à l'Iran. Premièrement, parce que c'est un régime anti-démocratique : même si on y vote, on ne peut y être candidat qu'à la condition d'être approuvé par les prêtres, ce qui ne répond pas aux conditions d'une élection démocratique. Deuxièmement, parce que l'Iran a pour objectif la destruction de l'État d'Israël, ce qui n'est pas une proposition acceptable par notre pays ou par quelque peuple civilisé que ce soit dans le monde. Par conséquent, la crise constitue peut-être une occasion de s'engager sur la voie de la dénucléarisation.

J'en viens à mon deuxième sujet. Les États-Unis d'Amérique critiquent le programme balistique des missiles iraniens. Fort bien, parlons-en, mais en mettant toutes les cartes sur la table ! Les États-Unis d'Amérique se sont eux-mêmes retirés de l'accord qu'ils avaient conclu avec les Soviétiques, prenant ainsi la responsabilité de mettre fin à un accord qui interdisait les missiles de portée intermédiaire, c'est-à-dire jusqu'à 5 000 kilomètres. Le résultat, c'est que les Russes ont pu procéder à des tirs sur la Syrie depuis la mer Noire…

Sur ces deux points – je n'aurai malheureusement pas le temps d'en évoquer d'autres –, il me semble que la situation nous permet de remettre les sujets sur la table dans le sens qui nous intéresse, nous les Français. J'appelle votre attention sur le fait que cette histoire de missiles nous concerne aussi, car le prochain théâtre sur lequel ils pourraient être déployés, ce n'est pas l'Iran et l'Irak : c'est l'Europe !

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