Intervention de Christophe Bouillon

Séance en hémicycle du mardi 4 février 2020 à 21h30
Débat sur le financement des retraites

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaChristophe Bouillon :

Incomplet, disais-je, étant donné les vingt-neuf ordonnances programmées, qui font perdre la visibilité d'ensemble. Pour le dire autrement : c'est un texte à trous.

Bâclé aussi, parce que les projections financières transmises restent lacunaires.

Mal fondé enfin, car le régime par points retire aux assurés la visibilité sur le taux de remplacement prévisible qui leur sera appliqué.

Ce n'est pas moi qui emploie ce terme d'impréparation : c'est le Conseil d'État qui l'affirme.

L'étude d'impact manque d'objectivité et de sincérité. Elle est calibrée sur un âge d'équilibre de 65 ans alors que l'article 10 du projet de loi portant réforme des retraites affirme que l'âge d'équilibre évoluera avec l'espérance de vie : dès lors, toutes les simulations sont tronquées.

Pour les enseignants, cela devient particulièrement gênant. Leur début de carrière est simulé à 22 ans alors que, même d'après le ministère de l'éducation, les enseignants commencent à exercer en moyenne aux alentours de 26 ans. Résultat : pour obtenir une pension complète, il leur faudra travailler jusqu'à 67 ans et non 65.

Pour les femmes, il ne leur faudra pas espérer partir avant 65 ans, sauf pour les carrières dites très ascendantes. Ainsi, une salariée au SMIC à temps complet durant toute sa carrière, avec deux enfants, devra travailler jusqu'à 65 ans pour éviter un malus.

Pour les avocats, le montant des cotisations va doubler. Dans le même temps, la pension minimum d'un avocat passera de 1 416 euros à 1 000 euros : cotisez plus, vous aurez moins !

Enfin, en calculant le montant de la pension sur l'ensemble de la carrière et non plus sur les vingt-cinq meilleures années, le projet défendu par le Gouvernement condamne les carrières hachées et les parcours sinueux à la précarité.

Les véritables simulateurs permettant aux Français de faire leurs propres calculs seront mis en place… six mois après l'adoption de la réforme. Vu le niveau d'amateurisme affiché, ils ont raison de s'inquiéter !

Pourquoi cette précipitation dans le brouillard ? Où est l'urgence ?

Dans son avis, le Conseil d'État rappelle la solidité de notre système de retraite actuel, abondant ainsi dans le sens des prévisions du Conseil d'orientation des retraites, qui ne prévoit pas de déficit avant 2025.

Cette précipitation masque sans doute le réel objectif de votre projet : faire travailler toujours plus longtemps les Français, pour réaliser des économies. La preuve, alors même que le nombre de retraités va augmenter, il est prévu une baisse de la part des retraites dans le PIB d'ici 2050.

Le projet, dénué de toute ambition sociale, est aveuglé par des objectifs financiers. La première des inégalités, nous la connaissons tous : un cadre continue à vivre six ans de plus qu'un ouvrier, et une femme cadre trois ans de plus qu'une ouvrière. Ces écarts n'ont pas bougé depuis trente ans.

Quand bien même un système serait universel, la diversité des parcours et des métiers ont pour conséquence des espérances de vie variables, souvent liées à la pénibilité. Pourtant, quatre critères de pénibilité ont été supprimés. Dans le nouveau monde, l'ouvrier qui utilise un marteau-piqueur ne fait pas un travail pénible ; dans le nouveau monde, le salarié en contact avec des produits chimiques ne bénéficiera pas d'un départ anticipé ; dans le nouveau monde, les carreleurs, poseurs, soudeurs, qui travaillent dans des postures pénibles, ne seront pas concernés ; dans le nouveau monde, l'aide-soignante qui porte à longueur de journées des patients ne pourra pas non plus bénéficier d'un départ anticipé.

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