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Intervention de Philippe Wahl

Réunion du mercredi 29 janvier 2020 à 9h30
Commission des affaires économiques

Philippe Wahl, président-directeur général de La Poste :

Je serai concis et convaincant !

Pour revenir à la première question, relative à l'opération entre La Poste, la Caisse des dépôts et consignations, la Banque postale et CNP Assurances, je tiens d'abord à rappeler que ce projet a été décidé par le Gouvernement, porté par notre ministre, celui de l'économie et des finances, M. Bruno Le Maire, soutenu par la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations, dont je salue la présidente ici présente, et par le directeur général de la Caisse. Enfin, cette opération a été permise par le Parlement, puisque vous avez amendé la « loi Estrosi » en ce sens. J'observerai, ensuite, qu'il s'agit d'une opération de cohérence et de force stratégique. Tous les groupes bancaires français, à l'exception de la Banque postale, avaient une banque assurance complète. Grâce à cette opération, CNP Assurances se rapproche de la Banque postale dont le dispositif sera le même que celui de ses cinq concurrents. Le marché financier s'est prononcé sur cette opération : il n'y a eu aucune opposition – j'ai bien dit aucune opposition – d'aucun actionnaire. L'opération a donc été validée par le marché financier, puisque la CNP Assurances est cotée et nous renforce. Où en sommes-nous du processus concernant les autorités réglementaires ? Nous attendons encore le retour des autorités réglementaires italienne et russe. Dès qu'elles nous auront fait savoir leur accord, nous déclencherons l'ensemble de l'opération. Nous en sommes à quelques semaines.

Notre activité numérique a connu un vrai succès avec la certification de l'identité numérique de La Poste, la semaine dernière. Nous sommes les premiers à avoir été certifiés. Il s'agit là d'une identité substantielle moins forte que l'identité régalienne. Ce sera l'identité de tous les jours, de la vie quotidienne. La carte d'identité, avec une identité renforcée, sortira plus tard. D'ici là, il nous semble très utile que les Français puissent disposer d'une première protection. C'est le rôle de La Poste, tiers de confiance neutre et universel, de le permettre.

S'agissant des MSAP et de leur transformation progressive, j'observe que nos discussions avec l'Association des maires de France ont permis d'aboutir à un cinquième contrat triennal, que nous devrions signer la semaine prochaine avec Mme Jacqueline Gourault et M. François Baroin. Évidemment, vous le savez car vous participez à nos travaux, nous allons chercher à être plus précis quant aux différents indicateurs de fréquentation des MSAP et des maisons France Service.

Nous sommes très attachés à la présence postale et vous avez raison de dire que cette présence a muté. Dans la moitié des situations, cette présence est assurée par des bureaux de poste. Dans l'autre moitié, elle l'est par des points partenariaux. Je crois qu'il faut ici apporter deux précisions. La première, c'est que nous avons, à la demande de l'Autorité des marchés financiers, accru le montant du versement et de la récolte de cash qui peuvent être effectués dans nos bureaux de poste – le plafond passera ainsi, à la demande des élus, de 350 à 500 euros, ce qui est un véritable effort – et ouvert ce recueil de cash aux associations et à leurs responsables.

La seconde précision, c'est qu'avec ce dispositif, le service de conseil bancaire diminue effectivement, et nous n'y pouvons rien : par définition, ni un commerçant, ni son salarié, ni un employé municipal, ni un maire ne peut donner un conseil financier. Il faut donc renvoyer la personne intéressée vers le bureau de poste le plus proche. C'est une réalité.

En revanche, très souvent, les mairies et surtout les commerces ont une amplitude horaire bien plus importante que celle des bureaux de poste. C'est la raison pour laquelle cette solution est intéressante. En général, d'ailleurs, les maires et les habitants en sont très satisfaits. Nous avons désormais l'expérience de 6 500 cas. Le numérique et la possibilité de délivrer le conseil bancaire en visiophonie apporteront peut-être une solution au problème que vous décrivez. En tout état de cause, je l'ai précisé dans ma présentation, notre présence est stratégique : nous voulons rester au coeur des territoires. Nous devons trouver, avec les collectivités locales, les bonnes voies pour le faire. Je suis très confiant.

Enfin, je pense que l'essentiel de notre effort de réorganisation des bureaux de poste ne portera pas sur les chefs-lieux de canton : nous le concentrerons sur les grandes villes et les métropoles. À titre d'exemple, il y avait à Paris 200 bureaux de poste pour 2 millions d'habitants. Nous réduirons progressivement ce nombre à 130. Du fait de la densité de la ville, qui est l'une des plus fortes du monde, nous n'avons en effet pas besoin de ces 200 bureaux. Qui plus est, l'intervention de commerces peut permettre d'étendre les horaires.

S'agissant de la distribution de la presse, la situation est simple : cette activité nous coûte 170 millions d'euros, même une fois que nous avons reçu la compensation de l'État. Ainsi, pour le dire autrement et aussi poliment que possible, la Commission européenne estime que cette mission n'est pas surcompensée : c'est un euphémisme ! La marge est négative de 170 millions d'euros… Cette activité nous coûte extrêmement cher, mais nous l'assurons. Vous observerez d'ailleurs que je ne m'exprime jamais à ce sujet : c'est en réponse à votre question que je le fais maintenant. Cette activité nous coûte beaucoup d'argent.

Concernant la décarbonation, je veux rappeler ce que nous faisons aujourd'hui en France et à l'international. Pour ses missions de transport comme pour ses centres informatiques et de données, notre groupe est totalement neutre en carbone. Cela ne signifie évidemment pas, à ce stade, que nous n'émettons pas de carbone, mais que tout le carbone émis a été compensé par des programmes de reforestation et d'investissement écologique – et pas simplement en Afrique et en Amérique latine, puisque nous avons récemment investi, dans le cadre du G20 à Biarritz, dans des opérations de reforestation dans les Pyrénées-Atlantiques. Nous finançons de nombreux projets de décarbonation. Nous avons l'intention d'en faire un argument de compétitivité, car nous sommes les seuls à être neutres en carbone. À la limite, les jeunes générations devraient refuser tout colis qui n'est pas transporté par La Poste, puisqu'il est alors carboné. Je dis bien « à la limite » !

Vous m'avez également demandé ce que je pensais du fait que la FDJ ait remporté le marché de la perception des impôts : je ne peux pas commenter une décision de l'État, dont j'ai pris acte.

Le postier que je suis se souvient qu'il a été banquier – c'est utile quand on dirige une compagnie d'assurances avec 700 milliards de bilan bancaire et assurantiel. Mais je suis postier.

Plusieurs d'entre vous ont évoqué les réorganisations de notre implantation. Au fur et à mesure des réorganisations, elles deviennent plus complexes. Quand vous passez de 18 milliards à 15 milliards d'objets, ce n'est pas très compliqué. Mais quand vous commencez à descendre à 9 milliards d'objets, puis quand vous devez réduire encore ce nombre à 5 milliards, cela le devient. Nous y sommes très attentifs. J'ajoute que notre présence sur le terrain n'est pas seulement celle des postières et des postiers, c'est aussi la mienne et celle des postiers qui dirigent La Poste. Je suis d'ailleurs aujourd'hui accompagné par trois éminents postiers – deux postières et un postier : la directrice générale adjointe en charge de la branche numérique et de la communication, Mme Nathalie Collin, qui protège les données de millions de Français, M. Yannick Imbert, ancien préfet, responsable des relations avec les territoires, et Mme Smara Lungu, qui travaille avec les élus. Je suis très souvent présent sur le terrain. Vendredi dernier, j'étais à Vesoul où j'ai rencontré M. Yves Krattinger, président du département. Je serai, vendredi prochain, à Chambéry. Je ne vous détaillerai pas tout mon carnet de bal pour l'année, mais cette présence sur le terrain est importante. C'est un engagement concret. Mon déplacement à Vesoul était le 115e sur le terrain – dont 100 pour des réunions avec les syndicats locaux ! Nous sommes investis dans le territoire, comme tous les dirigeants du groupe.

Madame Battistel, vous m'avez interrogé à propos du développement des services, notamment dans la silver économie. La situation est assez simple. Nous pensons qu'un marché est appelé à fortement se développer du fait du vieillissement de la population : celui de la livraison des repas à domicile. Nous venons de remporter un appel d'offres très compétitif lancé par la ville de Nice, où 12 tournées supplémentaires seront intégralement destinées à la livraison à des anciens. La France comptera 1,3 million de nonagénaires en 2030 et 10 millions de personnes âgées de plus de 70 ans en 2040. Qui peut imaginer un seul instant que la société n'en sera pas complètement bouleversée ? Nous proposons également l'installation d'équipements médicaux à domicile. La très bonne nouvelle pour nous, je vous l'ai indiqué, est que des partenaires extérieurs à La Poste – professeurs de médecine, responsables de gérontologie, responsables de départements – affirment avoir besoin de nous. Cela témoigne que nous avons fait nos preuves dans ce domaine au cours des dernières années. Vous me demandez si notre chiffre d'affaires est conforme à nos attentes. Il s'est établi à 494 millions d'euros en 2019. Je n'ai rien contre plusieurs milliards d'euros ! Mais il faut aller les chercher. C'est toute la difficulté.

Concernant les tournées, vous avez raison d'observer que la situation est compliquée. Je rappelle que nous effectuons 46 000 tournées tout-terrain. Nous sommes très attentifs à vos remontées en la matière.

S'agissant de l'autonomie à domicile, nous pensons vraiment que nous pouvons participer aux politiques publiques que l'État, les collectivités locales et notre futur premier actionnaire – la Caisse des dépôts et consignations – mettront en avant. La Poste est une « entreprise solution », parce que les postières et les postiers ont la confiance de millions de personnes, absolument partout. Et nous pensons pouvoir être très utiles dans la stratégie de maintien à domicile que notre pays a choisie, car les Françaises et les Français nous accueillent chez eux. Il existe d'ailleurs, entre les factrices, les facteurs et leurs clients, des arrangements que je ne veux même pas connaître ! Il faut laisser les postières et les postiers s'adapter à la complexité territoriale française.

Enfin, s'agissant des maisons France Service, nous avons la volonté de poursuivre la transformation des MSAP, que vous connaissez bien, Madame Pinel. En effet, c'est grâce à vous et à votre stimulation que nous en avons développées 500 en 2017. Nous sommes conscients que nous devons améliorer leur qualité et que ce que nous faisons n'est pas toujours parfait. Lorsque nous sommes critiqués, nous le reconnaissons et nous essayons d'apporter une réponse aux reproches qui nous sont faits.

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