Intervention de Frédéric Petit

Séance en hémicycle du mardi 7 novembre 2017 à 15h00
Projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 - projet de loi de finances pour 2018 — Action extérieure de l'État

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrédéric Petit, rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères :

Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, mesdames, messieurs les rapporteurs spéciaux et pour avis, mes chers collègues, dans ce monde en crise, monde de violence aveugle et d'inégalités criantes, notre diplomatie d'influence est plus importante que jamais. Sans elle disparaîtrait la voix singulière de la France, qui porte nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, notre culture du droit et du service public, le génie reconnu de nos entrepreneurs, notre goût du débat d'idées, du progrès par l'acceptation et non par la confrontation, ou encore le soutien à la création artistique.

Nous sommes « une puissance moyenne », pour reprendre les mots du général de Gaulle, aussi devons-nous avoir une « grande politique », capable, par son influence, d'offrir une voie alternative. Je me félicite donc de la stabilisation des crédits du programme que je rapporte, et surtout de la sanctuarisation du budget de certains de ses opérateurs, en particulier l'AEFE, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. Je souhaite que cette tendance se prolonge dans les années qui viennent.

Toutefois, une simple vision budgétaire ne saurait suffire. Ce qui me semble faire défaut aujourd'hui, c'est la cohérence et l'agilité de notre diplomatie d'influence. Nous disposons d'opérateurs vénérables et d'autres très récents, de co-tutelles et de tutelles d'autres ministères, d'opérateurs de droit public français et d'opérateurs de droit privé local étranger. Cette diversité, fruit de notre histoire, est une richesse, mais notre diplomatie d'influence s'exerce aujourd'hui dans un contexte concurrentiel tout à fait inédit : la Chine ouvre des écoles et des instituts Confucius – désormais au nombre de 1 000 – partout dans le monde ; les médias russes émettent en français ; l'élite africaine va désormais se former en Australie, au Canada, aux États-Unis et dans les États du Golfe. La stabilisation des crédits doit donc nous permettre, à l'aube de cette législature, de travailler en profondeur et dans la durée sur les priorités stratégiques et géographiques que nous voulons nous donner.

J'appellerai votre attention sur quatre sujets. Nous devons, pour commencer, refonder en profondeur notre action autour de la francophonie en distinguant trois notions assez différentes, mais souvent confondues : l'enseignement français ; l'enseignement en français ; la diffusion et l'enseignement du français dans le monde. Dans chacun de ces trois domaines, nous sommes à un tournant de notre histoire. Encore synonyme d'excellence, l'enseignement français, en gestion directe ou conventionnée, et géré par principalement par l'AEFE et la Mission laïque française, n'est désormais plus le seul modèle d'enseignement étranger ; et, comme je l'ai dit, la concurrence est sévère.

S'agissant de l'enseignement en français, le développement des établissements partenaires, des classes bilingues et du « Label FrancÉducation » est encore frileux et ne paraît pas soutenu par la détermination requise. Nous ne pourrons pas multiplier à l'envi des lycées conventionnés ou gérés directement ; c'est donc par ces outils-là qu'il nous faudra répondre au défi de l'enseignement en français et de la francophonie dans les dix années qui viennent.

Plus généralement, pour ce qui est de la diffusion du français, je me réjouis que le Président de la République ait annoncé un plan de relance de la francophonie, car les enjeux sont énormes. Une diplomatie aboutie de la francophonie peut devenir une diplomatie du climat, une diplomatie du développement et une diplomatie de l'éducation, au sens large.

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