Intervention de Bertrand Pancher

Séance en hémicycle du lundi 21 septembre 2020 à 16h00
Programmation de la recherche — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBertrand Pancher :

Au moment où nous allons débattre du projet de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030, je veux d'abord avoir une pensée pour l'ensemble des chercheurs de notre pays, les remercier pour leur engagement et leur altruisme, et leur dire que nous avons vraiment besoin d'eux. J'ai également une pensée pour tous les chercheurs français qui, au fil des années, ont tant apporté à la civilisation occidentale. Sur les soixante-cinq prix Nobel que des Français se sont vu décerner à ce jour, une grande partie concernait le domaine scientifique – la physique, la chimie, la médecine et l'économie. Le monde ne serait pas tel qu'il est actuellement s'il n'y avait pas eu ces chercheurs français.

Ceux-ci ont toujours été animés par le désir de partager leurs connaissances pour le bien de l'humanité plutôt que par la soif de profits à court terme. Aujourd'hui, ce projet de loi traite de l'accompagnement financier de la recherche et, si cet aspect n'est pas sans importance, car nous ne pouvons rien faire sans moyens, nous devons également nous efforcer de réconcilier âme et argent, et nous interroger sur le sens de la science et les raisons nous poussant à développer la recherche. À défaut, tout le travail que nous pourrons accomplir sur l'aspect financier sera dénué de sens, et nous ne réussirons pas à attirer dans notre pays les chercheurs étrangers dont nous avons tant besoin.

La question du sens de la recherche doit être posée dans ce projet de loi. Vous avez dit, madame la ministre, que la science n'avait pas d'autres objectifs que de produire des connaissances. Certes, mais que faisons-nous de ces connaissances et pourquoi voulons-nous les développer ? Les projets de recherche dans le domaine de la défense ont-ils le même sens que ceux conduits dans le domaine de la santé ? Les projets de recherche sur le transhumanisme, consistant à faire de l'homme un robot à visage humain, ont-ils autant de sens que ceux portant sur nos interactions avec les écosystèmes ?

Dans une période où nous devons recentrer l'ensemble de nos politiques publiques, il est important que nous portions un message collectif sur le sens de nos recherches – un sens qui, selon moi, doit résider dans la volonté d'entraîner toute l'humanité vers un développement enfin humain, c'est-à-dire non seulement économique, mais aussi social et environnemental. C'est plus que jamais le cas durant les grandes crises semblables à celle que nous traversons actuellement, qui peuvent être l'occasion soit de faire davantage de développement, soit de nous replier sur nous-mêmes.

Pour ma part, je forme le voeu que nous travaillions afin d'exprimer très clairement le sens des moyens publics que notre pays veut consacrer à la recherche, dans l'optique d'un développement avant tout humain. Je souhaite que l'on s'attache à la notion d'efficacité de la recherche : il ne suffit pas de mettre beaucoup de moyens, encore faut-il savoir à quoi ils vont servir et s'ils vont être efficaces. C'est le sens de la réflexion du HCERES, qui estime que les chercheurs doivent rendre compte de leurs résultats non seulement au Gouvernement et au Parlement, mais aussi au grand public – car, à défaut, nous risquons d'assister à un rejet croissant de la science.

La question du bien-être des chercheurs et des étudiants doit également se poser, car nous ne ferons rien sans eux. Si notre groupe constate avec satisfaction que ce projet de loi comporte une programmation pluriannuelle, la présente législature est déjà bien avancée et sans doute faudrait-il prévoir qu'à côté des engagements ambitieux à long terme, on en trouve d'autres pris à plus brève échéance.

Nous souhaitons également que les réflexions et les réformes portant sur la recherche soient menées de façon consensuelle, avec le concours de l'ensemble des chercheurs de notre pays.

Je conclus en évoquant brièvement l'insuffisance actuelle en matière de sécurisation des carrières, un point sur lequel nous portons un regard critique, car nous ne devons pas décevoir nos chercheurs – ni nos citoyens, qui souhaitent que la science soit au service du développement.

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