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Intervention de Mathilde Panot

Séance en hémicycle du lundi 28 septembre 2020 à 16h00
Accélération et simplification de l'action publique — Motion de rejet préalable

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMathilde Panot :

« Simplifions, ubérisons, détruisons ! » : telle devrait être la devise de votre politique économique, mesdames les ministres, chers collègues de la majorité. Aux universités d'été du Mouvement des entreprises de France – MEDEF – , le Premier ministre s'en glorifiait : « Beaucoup de mesures de simplification ont été adoptées pendant la crise sanitaire par ordonnance. C'est aussi une des vertus de la crise. Eh bien, je vous indique aujourd'hui que ces dispositions seront prolongées, amplifiées et si possible pérennisées ». Les chefs des grandes entreprises exultaient. Emmanuel Macron n'a pas été en reste. Au troisième sommet Choose France à Versailles, devant deux cents patrons étrangers, il expliquait : « On a mis en place beaucoup de dispositifs pour permettre de simplifier les choses et le couple, si je puis dire, ordonnances travail et loi PACTE a permis de supprimer beaucoup de seuils, a permis de simplifier les structures dans l'entreprise et en même temps de simplifier. ».

La formule magique – simplifier, simplification – a été prononcée vingt et une fois durant ce discours, comme pour délivrer un message limpide : industriels, licenciez, polluez, nous ne vous inquiéterons pas. Il est vrai qu'en matière de simplification, vous avez fait vos preuves.

Le code du travail est trop complexe pour les grands patrons, trop protecteur des salariés ? Simplifions, ubérisons, détruisons ! Voilà les ordonnances travail, la suppression de plusieurs critères de pénibilité, la loi PACTE du 22 mai 2019, des ordonnances encore qui, en pleine crise sanitaire, détruisent en un claquement de doigts ce qui avait été patiemment conquis : liberté des congés payés, réduction du temps de travail – RTT – , durée de travail et repos hebdomadaire.

Les normes ralentissent ou entravent des projets industriels polluants ? Simplifions, ubérisons, détruisons ! Vous assouplissez les règles en matière de construction et vous détricotez le droit de l'environnement.

La fiscalité est trop lourde ? Simplifions, ubérisons, détruisons ! Vous faites bénéficier les fraudeurs d'un droit à l'erreur ; vous conservez le CICE, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, qui ne nous a pas valu 1 million d'emplois, mais bien coûté 1 million d'euros d'argent public par emploi créé.

Des parts de marché échappent au privé ? Simplifions, ubérisons, détruisons ! Après la scandaleuse privatisation de nos autoroutes, vous ouvrez la voie à celle des routes nationales. Vous détruisez la SNCF, vous cédez les aéroports de Paris à vos amis, sans parler de la Française des jeux. Vous permettez la mainmise de Veolia sur un bien commun essentiel à la vie : l'eau.

Pourtant, vous prenez bien garde aux mots utilisés ; pas de « privatisation », de « dérégulation » ou autre terme risquant de laisser entrevoir le principe qui inspire depuis ses débuts votre action gouvernementale : la haine de la puissance publique. Vous préférez la simplification, la modernisation, la flexibilité, l'adaptation des normes, la libération des énergies. Qui s'y opposerait ? Si vous étiez fidèles à la vérité, vous n'auriez pas intitulé votre texte « projet de loi d'accélération et de simplification de l'action publique », mais « projet de loi d'accélération de la liquidation de l'action publique ».

Au fond, ce qui est incroyable, avec vous, c'est que vous avez une mémoire de poisson rouge. Vous appliquez toujours les mêmes recettes ; elles entraînent toujours les mêmes échecs, mais vous recommencez. Vous ne tirez aucune leçon des événements que nous traversons. On aurait pu croire que la crise sanitaire, sociale et écologique qui secoue le monde entier allait calmer vos ardeurs libérales, mais non ! Elle n'a pas suffi à vous faire réévaluer votre logiciel, alors même qu'elle a constitué un formidable révélateur de l'impuissance du marché à répondre à nos besoins essentiels, et par conséquent de la nécessité d'un État fort.

Au lieu de vous remettre en question, vous nous embobinez. Vous faites mine d'avoir des doutes, vous promettez un acte II, puis un acte III du quinquennat. Vous simulez des virages, un tournant vert ; vous affectez de changer, vous feignez sans cesse de vouloir vous réinventer.

1 commentaire :

Le 01/10/2020 à 11:54, Laïc1 a dit :

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"Au fond, ce qui est incroyable, avec vous, c'est que vous avez une mémoire de poisson rouge. Vous appliquez toujours les mêmes recettes ; elles entraînent toujours les mêmes échecs, mais vous recommencez. Vous ne tirez aucune leçon des événements que nous traversons. On aurait pu croire que la crise sanitaire, sociale et écologique qui secoue le monde entier allait calmer vos ardeurs libérales, mais non ! Elle n'a pas suffi à vous faire réévaluer votre logiciel, alors même qu'elle a constitué un formidable révélateur de l'impuissance du marché à répondre à nos besoins essentiels, et par conséquent de la nécessité d'un État fort."

Quand le communisme a été essayé, ça a fait des millions de morts et destruction systématique des libertés fondamentales. Donc vive le libéralisme.

L'extrême gauche, elle, ne tire jamais aucune leçon de ses échecs, et ne s'excuse même pas.

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