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Intervention de François Ruffin

Séance en hémicycle du jeudi 22 octobre 2020 à 15h00
Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021 — Article 16

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

On nous dit que c'est la CNSA qui va guider le métier d'auxiliaire de vie ; je tente donc de poser des principes à l'article 16, qui lui est consacré, d'autant que je refuse que l'attractivité soit le critère dominant, car ce choix reflète une vision économiste de ces métiers. Qu'on se demande plutôt comment ces femmes – et demain, nous l'espérons, ces hommes – vont pouvoir occuper des emplois dignes et en vivre dignement.

Nous savons que le métier d'auxiliaire de vie sociale est le plus accidentogène des métiers, avant ceux du bâtiment, maçonnerie comprise. Le sous-amendement no 2707 vise donc à instituer des audits du domicile des bénéficiaires. Ces habitats privés sont le lieu de travail des aides à domicile ; or, bien souvent, l'emplacement de la gazinière ou du lit, la présence d'un chien et d'autres choses encore ne les rendent pas facilement praticables. Il s'agit d'établir un audit en amont pour sécuriser les interventions des aides à domicile. Il faut éviter qu'elles finissent toutes ou presque par être déclarées inaptes, les épaules usées, les talons usés, les genoux usés, les hanches usées.

De même, pendant la crise du covid-19, les auxiliaires de vie sociale ont continué de travailler sans masque, sans gel, sans blouse et sans surblouse, et sans que le caractère prioritaire de leur profession soit reconnu, raison pour laquelle ces équipements leur ont été refusés tant par les pharmacies que par les préfectures et les ARS. Or elles doivent selon nous avoir accès aux équipements de protection sanitaire.

L'une des clés du métier, c'est la formation. Notre collègue Bruno Bonnell et moi pensons que cette profession doit rester ouverte et accepter ceux qui souhaitent l'essayer, vérifier si elle leur plaît, s'ils sont ou non faits pour elle. En revanche, dès la première année de métier, il doit y avoir une qualification et un suivi, sous forme de tutorat par exemple, et une formation permettant de doter l'intéressé de toutes les compétences d'une véritable auxiliaire de vie sociale – dès la première année, encore une fois. Or ce n'est pas le cas aujourd'hui ; c'est pourquoi nous souhaitons par le sous-amendement no 2709 prévoir dans la loi que des efforts sont déployés en matière de formation.

Enfin, le sous-amendement no 2720 incite les associations à adopter une organisation du travail en tournée. Les auxiliaires de vie sociale travaillent souvent tôt le matin : elles vont ouvrir les volets et servir le petit-déjeuner puis lever la personne. Elles ont parfois le temps de prendre un déjeuner le midi avant de revenir le soir pour fermer les volets ; autrement dit, l'amplitude horaire est énorme.

Les services d'aide à domicile – les SAD – ont résolu ce problème en organisant le travail en tournée, avec une équipe du matin et une équipe de l'après-midi. Pour avoir interrogé plusieurs organismes, je pense qu'il s'agit là d'une évolution possible du métier qui permettrait de préserver l'autonomie de la personne âgée sans lui imposer de se lever à telle ou telle heure le matin.

Toutes les questions que nous soulevons sont au coeur de la fuite permanente des auxiliaires de vie sociale. Interrogées sur les motifs qui les incitent à quitter le métier – qu'elles quittent massivement, souvent à peine y sont-elles entrées – , 35 % d'entre elles citent l'insuffisance de la rémunération, 23 % l'organisation du temps de travail, 15 % le temps partiel subi – qui reprend les deux motifs précédents – et d'autres encore la pénibilité physique et psychique. Voilà les enjeux à relever !

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