Intervention de Loïc Prud'homme

Séance en hémicycle du lundi 9 novembre 2020 à 15h00
Projet de loi de finances pour 2021 — Écologie développement et mobilité durables

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaLoïc Prud'homme :

La prime à la conversion est un échec, le malus à la pollution est trop faible et son plafond bien trop bas pour être incitatif s'agissant de ce genre de véhicules. Seul un tiers des véhicules neufs y sont soumis ; 5 % seulement souffrent d'un malus de plus de 1 000 euros. Vous proposez, pour y remédier, un « malus poids » pour les voitures de plus de 1 800 kilos : un enfumage de première classe quand on sait que parmi les vingt SUV les plus vendus en France, aucun ne franchit ce poids. Les citoyens de la convention citoyenne pour le climat avaient proposé un seuil à 1 400 kilos ; ils apprécieront votre mesure.

De manière plus générale, le trafic routier augmente encore et toujours, alors que le fluvial et le ferroviaire reculent. C'est normal, l'État se désengage à tous points de vue : l'outil industriel est bradé, les petites lignes et le fret ferroviaire sont abandonnés au profit du tout camion. Nous avons perdu la moitié de nos lignes depuis 1950 et le fret ferroviaire ne représente plus que 9 % du transport de marchandises contre 89 % pour la route.

Pourtant, je n'ai cessé de le répéter dans cet hémicycle, le ferroviaire est le mode de transport le plus écologique : il transporte 11 % des passagers et 9 % des marchandises pour seulement 0,3 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. Mais vous refusez obstinément de mettre fin aux distorsions de concurrence que vous et vos amis libéraux n'arrêtez pas de créer en faveur du camion. Passage de 38 à 44 tonnes – paf, 15 % de distorsion en plus ! Vous avez rejeté tous les amendements à la loi LOM qui proposaient de revenir sur ce changement. Investissements publics massifs dans les infrastructures routières, six fois plus importants que dans le réseau ferroviaire. Faiblesse du péage routier pour les camions, quand le transport ferroviaire doit payer ses sillons à chaque passage. Absence de paiement pour les dommages causés à l'environnement – la pollution de l'air – alors que ces externalités négatives causent aujourd'hui plus de 48 000 morts prématurées chaque année.

Disons-le : votre discours sur la concurrence libre et non faussée, c'est du flan ! D'autant que ce que vous appelez plan de relance pour le ferroviaire est un véritable trompe-l'oeil couvrant à peine les pertes subies pendant la crise sanitaire par la SNCF. C'est bien sûr indispensable, mais complètement insuffisant au regard des besoins en investissement pour la régénération du réseau ferré, sa modernisation et le renouvellement du matériel roulant, de jour comme de nuit. Sans bifurcation urgente, 40 % des petites lignes sont menacées de fermeture dans les prochaines années.

Un exemple illustre parfaitement et concrètement l'inefficacité de votre politique pour agir sur la modification de la part modale du fret : je parle bien sûr de la ligne Perpignan-Rungis qui permettait autrefois d'acheminer 400 000 tonnes de fruits et légumes vers le marché de Rungis et que vous avez abandonnée au profit des transporteurs routiers. Malgré vos promesses, qui n'engagent que ceux qui y croient, elle est aujourd'hui fermée et ce sont des milliers de camions qui transportent ces fruits et légumes. Vous n'avez rien fait pour l'empêcher, et vous ne proposez rien pour y remédier, à court ou moyen terme.

Nous proposerons, pendant les débats, à contre-courant de votre politique, un nouveau plan d'investissement dans les petites lignes, conformément aux recommandations de la convention citoyenne pour le climat et du Réseau action climat, le redéploiement des trains de nuit, mais aussi l'augmentation du fonds vélo. Il est en effet urgent de sortir de notre société et de votre politique du tout voiture : quand on sait que 60 % de nos déplacements en voiture font moins de cinq kilomètres, il faut réduire la place de ce mode de transport, cesser le leurre de l'électrification massive et agir urgemment pour développer les modes de transport écologiques et populaires – accessibles et tendant à réduire les inégalités territoriales.

Votre écologie c'est la bonne conscience des discours creux, des mesurettes, des non-décisions. Celle que je défends est en rupture avec le modèle de croissance infinie, celui des besoins artificiels. Il est temps d'initier une politique du suffisant et une écologie populaire !

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