Intervention de Maud Petit

Séance en hémicycle du mercredi 22 novembre 2017 à 15h00
Questions au gouvernement — Violences éducatives ordinaires

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMaud Petit :

Ma question s'adresse à Mme la garde des sceaux. Le 16 octobre, Mme la secrétaire d'État Marlène Schiappa a annoncé l'examen d'un projet de loi destiné à combattre les violences sexistes et sexuelles. Le texte devrait notamment allonger la prescription des crimes sexuels sur mineur et créer une présomption de non-consentement pour les enfants.

Nous pourrions profiter de ce formidable élan pour finaliser un autre pan de la protection des enfants face à la violence : les violences éducatives ordinaires, dites VEO, communément nommées « droit de correction ». Ces modes d'éducation usant de tapes, fessées, gifles ou autres propos dépréciatifs, pratiqués par certains parents et tolérés par la société sous couvert d'un « Cela n'a jamais fait de mal à personne », ont, nous le savons maintenant, maints effets négatifs sur le développement de l'enfant. Une claque, une fessée, si légère puisse-t-elle paraître, n'est jamais anodine. En compromettant sa confiance en lui, elles ont des conséquences durables sur l'adulte qu'il deviendra.

Cinquante-deux pays, dont vingt-deux de l'Union européenne, ont voté, sous des formes diverses, des lois d'interdiction des punitions corporelles envers les enfants. En France, cependant, il est encore possible d'avoir recours à des pratiques faisant appel à de la violence physique ou mentale, sans aucune conséquence judiciaire pour les auteurs puisqu'un droit de correction jurisprudentiel, remontant à 1819, sans aucun fondement légal, la banalise. Ces agissements sont acceptés parce qu'« infligés pour le bien de l'enfant ».

Nos enfants ne sont donc pas assez protégés par la loi en ce domaine ; ils sont pourtant les plus vulnérables. Une éducation sans coup, sans mot blessant, sans chantage est possible et ne signifie aucunement l'avènement de l'enfant roi. Il est de notre devoir de protéger nos enfants. Une législation condamnant les VEO permettrait une prise de conscience importante qu'un autre chemin d'éducation est possible. Elle pose la question, au-delà de la loi, d'un vaste changement des mentalités.

1 commentaire :

Le 24/11/2017 à 09:18, Laïc1 a dit :

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"Une éducation sans coup, sans mot blessant, sans chantage est possible et ne signifie aucunement l'avènement de l'enfant roi. Il est de notre devoir de protéger nos enfants."

Il est certes du devoir des parents de protéger les enfants, mais une éducation faite uniquement de douceur et de calins me paraît de la plus haute utopie. Toute personne qui a des enfants a pu s'apercevoir qu'à un moment donné, et même très souvent, l'enfant va chercher le rapport de force avec ses parents. Par exemple, si l'enfant joue sur l'ordinateur de la maison, et que le parent veut le prendre, cela va être l'affrontement. S'il veut une friandise supplémentaire à celle qu'il déjà reçue et qu'on ose lui dire non, ça va être encore l'affrontement. Pareil si on lui dit de faire ses devoirs et qu'il préfère ne rien faire ou regarder la télé. On peut même dire que l'éducation n'est qu'une suite d'affrontement entre l'enfant et l'autorité parentale. Pour l'enfant, comme le titre d'un ouvrage célèbre de de Closets, c'est "toujours plus", et de là naît l'affrontement obligatoire.

Ce n'est pas pour cela qu'il faut se laisser aller à la violence, mais ne pas répondre à la violence par la violence lorsqu'on est fatigué par une journée de travail harassante (par exemple) ou par les demandes réitérées et violentes elles-mêmes de l'enfant est parfois difficile.

Et ce n'est certainement pas en niant les problèmes qu'on les résoudra.

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